Gen_ve_Suisse

Le Matin

Article d'Elisabeth Eckert publié le 13 août 2011

«Pour information, est-il écrit sur le mail interne à l’intention de l’ensemble du personnel de l’ONU à Genève et signé par Roland L’Allier, l’un des responsables du service de sécurité de l’organisation internationale, il s’agit là de la plus grave agression qu’ait dû subir, ces dernières années, une personne en lien avec les Nations Unies.» Et tout le monde, y compris la police genevoise, s’accorde à dire «que le jeune homme agressé a eu une chance folle d’en sortir vivant».

Après l’agression, en juillet dernier d’Adrien Genecand, conseiller municipal genevois, cette nouvelle affaire circule en sous-main à Genève. Et notamment au sein du Département de la sécurité, de la police et de l’environnement (DSPE), dirigé par la libérale Isabel Rochat. «L’affaire est effectivement très grave», confie Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise au «Matin Dimanche», au point que l’ONU est intervenue à plusieurs reprises auprès du Département et des forces de l’ordre pour être sûre que cette agression ne restera pas sans suite.

Que s’est-il passé en cette nuit du 17 juillet dernier ? Le fils d’un diplomate de l’ONU, âgé de 21 ans et venant de New York visiter sa famille à Genève, quitte un ami devant le cinq-étoiles Mandarin Oriental. Il poursuit seul et à pied sa route, direction Confédération Centre, pour rentrer chez lui.

Sur le pont de l’Ile, qui traverse le Rhône, il est soudain interpellé par trois jeunes gens: «D’où viens-tu ?» lui demandent-ils. «De New York», répond ce dernier, qui se voit immédiatement répliquer: «Sale Américain !» Non seulement les trois jeunes se mettent à le battre, mais l’Américain voit débarquer neuf autres personnes. A douze, ils se mettent à le rouer de coups, puis tentent de le tuer en le jetant, par-dessus le parapet du pont, dans le Rhône. Le fils du diplomate ne doit sa survie qu’à l’arrivée à vélo d’un Genevois, qui alerte immédiatement la police et dont la seule présence – visiblement – a fait fuir les voyous.

Grièvement blessé, le jeune homme souffre de nombreuses fractures et contusions, mais qui ne sont rien au regard de ce qui aurait pu lui arriver: «C’est un miracle qu’il soit encore vivant si l’on considère le nombre de jeunes qui l’ont agressé. Gratuitement», reconnaît Jean-Philippe Brandt, qui dit tout ignorer de l’identité des agresseurs. Genève comparée au Bronx ? Toujours est-il que Roland L’Allier a immédiatement recommandé à tous les employés genevois de l’ONU, surtout les Américains, la plus grande prudence: «C’est un rappel certes malheureux, mais néanmoins nécessaire: personne, nous répétons bien, personne ne doit se déplacer seul tard dans la nuit, au centre de Genève.»

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’ampleur mondiale qu’avait prise, en août 2009, l’agression, sur les bords du lac, d’un touriste saoudien qui resta alors dix jours dans le coma. La télévision Al-Arabiya (plus de 10 millions de téléspectateurs) avait relayé les propos du consul général d’Arabie saoudite en Suisse, Nabil Mohamed al-Saleh: «Genève est devenue une destination dangereuse pour les touristes saoudiens.» Très remonté, le consul dénonçait l’incapacité des autorités cantonales à faire face à l’augmentation des vols, des agressions et des harcèlements que subiraient ses concitoyens.

Cette image déplorable de Genève, véhiculée par Al-Arabiya il y a exactement deux ans, a peut-être poussé la police et le Département d’Isabel Rochat à tenir ce fait divers violent secret.