Scooter_Kymco_La_Poste

Les jeunes avec Marine

Tribune libre de Gauthier Bouchet, membre de la Direction nationale du FNJ du 25/11/2011

Le choix récemment rendu public par La Poste, pour renouveler sa flotte de scooters, d’acheter trois mille nouveaux véhicules à Taïwan, est tristement révélateur des dérives croissantes actuellement rencontrées au sein de services publics nationaux.

Tout dans cette affaire n’est qu’une somme d’absurdités qui gagneraient à être connues du plus grand nombre : mises bout à bout, elles révéleraient alors combien sont incompréhensibles tant cette décision que le laisser-faire qui y a conduit.

Ne doit-on pas s’étonner, pour commencer, que La Poste ait renoncé pour cette commande à son prestataire historique, le français Peugeot, pour lui préférer le taïwanais Kymco ? Les règles traditionnelles de l’offre et la demande ne devraient pas s’appliquer de manière aussi systématique relativement aux services publics, ces règles devenant alors cyniques et devant dans la mesure du possible se substituer à une véritable préférence nationale : celle des entreprises françaises plutôt que les entreprises étrangères, le cas échéant avec l’aide financière de l’État.

Ce qui n’est de plus qu’un fait divers de l’actualité économique ne le devient plus lorsqu’il affecte les emplois de nos nationaux. C’est précisément le cas ici, puisqu’alors que La Poste choisit l’étranger, son équipementier habituel, Peugeot Scooters, affecté par le récent plan social de PSA Peugeot Citroën, voit une centaine d’emplois être supprimés dans les prochains jours à Mandeure (Doubs), tandis que l’usine de Dannemarie (Haut-Rhin) va purement et simplement fermer. Ces usines travaillaient de longue date avec La Poste, en tant que fournisseurs habituels de ses scooters Peugeot Ludix. N’eut-il pas été envisageable que La Poste leur attribue préférentiellement le marché de ces trois mille nouveaux véhicules ? Cela aurait au moins donné un peu d’air à l’une ou l’autre de ces usines.

Au sujet de cette situation tragique, qui voit la France perdre sur tous les tableaux — en confiance et en image pour La Poste, financièrement pour Peugeot — il convient de s’interroger de l’inaction totale du ministère de l’Industrie, qui n’aura pas su empêcher la perte d’un marché important pour une de nos entreprises nationales. Pour autant l’hypocrisie récente d’un Éric Besson niant en bloc l’actuel plan social chez PSA était déjà un indice probant de ce laisser-faire.

À quoi aura d’ailleurs servi le « Pacte automobile », bidule mis en place en 2009 dans le sillage du ministère d’une fausse « Relance » ? Ce dernier ne restera en tout cas pas dans l’histoire pour avoir préservé la primeur des entreprises françaises quant au développement services publics de l’État, mais bien plus pour ses interrogations grotesques quant à savoir si, oui non, le Pacte automobile « est-il protectionniste ?« , comme s’il s’agissait d’un tabou. Nous savons désormais que non, il n’y a pas même le début d’une volonté de protectionnisme économique au programme du Ministère… Rassurons-nous cependant, le Pacte automobile et les Etats généraux ayant suivi, comme tous les autres bidules du gouvernement, ont bénéficié de leurs propres logos. C’est bien le minimum des priorités d’un gouvernement uniquement porté sur la communication.

On ne s’étonne pas, vu ce qu’elle implique, que cette information ne soit connue des Français que cinq mois après les faits, par les petits entrefilets de la presse régionale. La dernière campagne publicitaire nationale de La Poste, « Parole de clients« , insistant sur l’amélioration de la qualité des services postaux sur des milliers d’affiches et d’écrans, semble avoir bénéficié d’une communication autrement plus ostensible en comparaison. Mais cette amélioration des services fournis comprend-t-elle l’aide indirecte à la destruction de dizaines d’emplois, avec l’aval implicite de l’État ? C’est une bien étrange vision du service public.