Parachutage__lectoral

Philippe Randa

Par Philippe Randa le 22/12/2011

À chaque consultation électorale, son lot de drames. À l’UMP, Les deux ténors de la Sarkozie Rachida Dati et François Fillon montrent les crocs pour décrocher l’investiture d’une circonscription parisienne estimée « imperdable » pour un candidat estampillé « pas à gauche » : on juge ainsi à sa juste valeur la témérité des intéressés à se jeter dans l’arène électorale…

Au Parti socialiste, l'inénarable Jack Lang a bien du souci… Rappelons qu’ancien Maire de Blois onze années durant, mais également député du Loir-et-Cher à trois reprises, il a été ensuite se faire élire dans le Pas-de-Calais en 2002… En homme de fidélité à son auguste personne davantage qu’à ses chers électeurs – Comme dirait John Bright : « C’est un self-made man et il adore son créateur » – il est désormais à la recherche d’une troisième circonscription d’accueil. Il a en effet refusé de se soumettre au vote des militants à Boulogne-sur-Mer, par étourderie ou jugeant sans doute qu’il n’avait pas à s’abaisser à une telle formalité…

À moins qu’il n’ait estimé celle-ci trop dangereuse : le militant socialiste, la sale bête, est parfois imprévisible.

L’ancien « Ministre à vie de la culture », tel que le brocarde l’humoriste Laurent Gerra, n’a donc pas été automatiquement ré-investi par le PS pour les prochains législatives. Une autre candidate locale lui a été préféré. Mais qu’à cela ne tienne, le Parti à la rose cherche à lui trouver un autre point de chute. Un de plus. Envisagé un temps dans la Somme, les socialistes locaux n’ont semble-t-il pas manifesté un enthousiasme excessif… L’intéressé assure depuis avec son légendaire aplomb que deux autres circonscriptions lui ont fait savoir qu’elles n’attendaient que lui…

C’était sans compter sans un facétieux élu Europe Écologie-Les Verts qui n’a pu s’empêcher de publier une petite annonce dans la rubrique « messages personnels » du quotidien Libération : « URGENT ! JH, 72 ans, tjs fringant, noctambule festif tous les 21 juin, recherche activement circonscription accueillante et tolérante. Dispose parachute si besoin. »

Et le malheureux septuagénaire au brunshing toujours impeccable d’être depuis lors la risée des médias et d’une grande partie de la classe politique.

Les parachutages d’un Fillon ou d’un Lang illustrent aujourd’hui, comme naguère ceux de Philippe Seguin, Philippe Douste-Blazy, Élisabeth Guigou, Lionel Jospin, Alain Juppé(1) – on en passe et des dizaines et des dizaines d’autres – la conception quelque peu particulière qu’ont les honorables représentants du peuple français de la représentation parlementaire.

Ils sont toujours prêts à faire don de leur personne, sinon à la France, du moins plus sûrement à ce « Job » électoral si sonnant et trébuchant, pour lequel bien peu aspirent à prendre leur retraite… de leur vivant, en tout cas !

Note

(1) Philippe Seguin : élu Maire d’Épinal quinze ans durant avant de se porter candidat à la mairie de Paris, Philippe Douste-Blazy : Maire de Lourdes pendant onze ans, deux fois député de des Hautes-Pyrénées avant d’être élu maire de Toulouse et Député de la Haute-Garonne, Élisabeth Guigou : députée du Vaucluse en 1997, puis de Seine-Saint-Denis depuis 2002, Lionel Jospin : député de Paris, puis de Haute-Garonne, Alain Juppé : adjoint au Maire et député de Paris avant d’être maire de Bordeaux et député de Gironde, etc.