UERSS

Bruno Gollnisch

La situation serait moins dramatique on pourrait presque en rire: les dirigeants européens se sont de nouveau réunis lundi pour un sommet de la « dernière chance » à Bruxelles…nous avons renoncé à les compter. Les pays de l’UE, hormis la Grande-Bretagne et la République tchèque, ont adopté  un nouveau traité renforçant leur discipline budgétaire, avec l’introduction prévue de règles d’or sur l’équilibre. Le site de TF1 qui précise que la situation économique du Portugal s’est dégradée, indique que « les dirigeants européens ont dû se pencher une nouvelle fois sur la situation de la Grèce, engluée dans la récession et plus que jamais sous perfusion financière de l’extérieur (…).  L’enjeu n’est pas mince : il s’agit du déblocage du second plan d’aide au pays d’un montant de 130 milliards d’euros, promis par les Européens en octobre dernier. Cette aide est vitale pour la Grèce qui doit rembourser 14,5 milliards d’euros de prêts le 20 mars, faute de quoi elle sera en cessation de paiements. »

« Berlin a jeté un pavé dans la mare rappelle le site de la chaîne, en proposant de placer Athènes sous stricte tutelle: un commissaire européen disposerait d’un droit de veto sur les décisions budgétaires du gouvernement. Cette idée a été rejetée catégoriquement par la France. Une « solution » rejetée pour l’instant, notamment par la France, M Sarkozy étant peu désireux à moins de cent jours du premier tour de la présidentielle d’apparaître comme le complice de la liquidation de la souveraineté nationale d’un pays de l’UE…

Libération rapporte de son côté les propos du le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn: «Attention à ne pas blesser plus que nécessaire le peuple grec. Sans rejeter l’idée d’une mise sous tutelle d’un pays qui sort durablement des clous, son Premier ministre Jean-Claude Juncker a dit ne pas trouver «très heureux de le faire uniquement pour la Grèce».

Pour autant, la Grèce est déjà sous la tutelle des créanciers internationaux -voir notre article en date du 23 janvier; « de facto, confirme Libération, la Grèce est déjà placée sous tutelle partielle de ses créanciers publics qui évaluent avant tout nouveau déboursement de prêts le respect de ses engagements en matière d’économies budgétaires »

Au lendemain plan anti-crise adopté le 26 octobre dernier pour sauver l’euro, de nombreux économistes avançaient qu’en cas de refus de la Grèce d’une mise sous tutelle monétaire renforcée, le gouvernement ne pourra faire autrement que de faire un défaut unilatéral sur sa dette. Il était même envisagé qu’Athènes négocie sa sortie de la zone euro…

Quant à l’économiste eurosceptique socialiste Jacques Sapir, il notait –voir notre édition du 2 novembre- que la réduction partielle de la dette grecque « à 120% en 2012 », était « très insuffisant pour sortir le pays du drame dans lequel il est plongé ». Il notait que si le Fonds européen de stabilité financière (FESF) va se transformer en « fonds de garantie », « la capacité de 1000 milliards d’emprunts » dont il dispose réellement ne pourra sauver les  pays de l’Euroland en train de sombrer   : « Barroso avait déclaré qu’il fallait 2200 milliards et mes calculs donnaient 1750 milliards pour les besoins de la  Grèce (avant restructuration) du Portugal et de l‘Espagne. Cet aspect de l’accord manque totalement de crédibilité. »

D’autant que le FESF, même recapitalisé, n’est toujours pas en mesure de faire face à un défaut de paiement de l’Italie qui se profile. Nous l’évoquions le 25 octobre, citant un article de La tribune, « à 1.900 milliards d’euros, l’endettement accumulé par les autorités publiques transalpines n’est pas gérable à coups de FESF, même plus efficient».

Enfin comme Bruno Gollnisch, Alain Dumait notait déjà il ya deux ans que cette situation catastrophique aurait pu être évitée si le peuple avait eu son mot à dire…par le biais du referendum d’initiative populaire. « Celui-ci doit permettre notamment « de censurer une loi votée à Paris ou à Bruxelles »

« Si les pays européens étaient dotés d’un tel système, leurs gouvernements seraient un peu moins dans les mains de l’oligarchie et un peu plus en phase avec leurs opinions. Comme en Suisse… »

« Aurions nous eu l’euro ? » s’interrogeait-il encore, sachant que « nous n’aurions eu ni la  Constitution européenne (rejetée en France, aux Pays-Bas en 2005, NDLR), ni le traité de Lisbonne (adopté en 2007, dans le dos du peuple).Nous n’aurions pas eu à soutenir la Grèce. Les contribuables auraient été en mesure d’imposer, depuis longtemps, des décisions de bonne gestion (comme en Suisse). »

Sachant plus largement, qu’ « au-delà de la sortie de l’euro, se profile une autre interrogation, autrement plus angoissante : combien de temps les déficits de la sphère publique peuvent-ils encore durer ? Et, quand ils seront devenus insupportables – c’est à dire impossibles à financer – quelles seront les conséquences pratiques pour les individus ? »

gollnisch.com le 31/01/2012