Par R. P. le 10/02/2012

Et si Marine Le Pen ne pouvait se présenter à la présidentielle, faute d'avoir recueilli les 500 signatures nécessaires ?  La candidate FN bluffe-t-elle en disant s'inquiéter de ne pas pouvoir les obtenir ? A droite, on affirme ne pas s'en préoccuper mais on réfléchit bien sûr aux conséquences d'une absence du FN dans la campagne. En réalité, que Marine Le Pen soit ou non au 1er tour, l'Elysée a arrêté sa stratégie depuis des semaines. Le futur candidat fait le pari risqué d'une campagne à droite toute sur l'immigration et les sujets sociétaux pour s'attirer les faveurs de l'électorat FN, au risque de se couper de la sensibilité centriste de sa majorité. Recours accru au référendum, un thème de campagne de Marine Le Pen, refus du mariage homosexuel et du droit de vote des étrangers hors UE, durcissement des règles sur les titres de séjour et les demandeurs d'asile...

Le chef de l'Etat a multiplié les clins d'oeil en direction de la droite de la droite dans un entretien au Figaro Magazine à paraître samedi. "Il veut reprendre pied dans l'électorat de 2007 qui a été déçu et récupérer 5 ou 6 points pour retrouver les 31% du premier tour il y a cinq ans. Il s'inscrit clairement dans une stratégie compatible avec l'éventuelle absence de Marine Le Pen de la présidentielle", décrypte un haut responsable de l'UMP, très sceptique sur ce virage. "Il s'inscrit même à rebours de ce qu'il a fait pendant le quinquennat... Sarkozy a vanté le dialogue social et il squeezé les partenaires sociaux en annonçant un référendum sur l'indemnisation du chômage", déplore cet élu.

Une stratégie efficace ?
 
A l'inverse, la Droite populaire, l'aile droite de l'UMP, se réjouit, tel Christian Vanneste, de ce "retour aux fondamentaux de la droite traditionnelle" après des "flottements". Sur le refus du mariage homosexuel notamment, "il fait le bon choix. Dommage qu'on ait fait tous ces clins d'oeil au lobby gay pendant le quinquennat...", note-t-il. "C'est le retour aux valeurs", approuve le ministre des Transports, Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire.
 
Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, l'interview de Nicolas Sarkozy prouve qu'il "semble prendre très au sérieux la menace du FN". "Il veut couper l'herbe sous le pied du Front national". A ses yeux, ce n'est pas un hasard si le chef de l'Etat prend l'exemple des "cantines scolaires halal" et des "piscines réservées aux femmes" pour mettre en garde contre le droit de vote des étrangers. "Il parle d'une immigration extra-communautaire bien précise".
 
Est-ce une stratégie efficace ? "Si Marine Le Pen n'a pas ses parrainages, ça peut marcher. Si elle les a, elle risque de les obtenir avec un coup de pouce ou ric-rac, et elle sera un peu fragilisée. Sa stature de présidentiable en sera affaiblie", juge M. Camus. Le pari tenté par le président inquiète certains à droite. "Ce référendum sur le droit des étrangers est une faute contre l'éthique républicaine et la morale chrétienne. C'est diviser les Français, remettre en cause le bien-vivre ensemble", dénonce un proche de François Fillon, Etienne Pinte (UMP), qui ne se prononcera pour la présidentielle qu'après avoir "pris connaissance du programme" de M. Sarkozy. "Attention ! A trop chasser sur les terres populistes, ce sera la rupture avec l'électorat centriste humaniste", a aussitôt tweeté l'ex porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, qui a rallié le Parti radical de Jean-Louis Borloo. "Ce n'est pas un projet de société mais un virage très dangereux", a-t-il dit à l'AFP. "