Randa

Philippe Randa

Par Philippe Randa le 12/02/2012

Les aura-t-elle, ne les aura-t-elle pas, ces fameux – fichus – parrainages pour se présenter à la prochaine élection présidentielle, cette « Reine des batailles » à laquelle son père, cinq fois de suite, avait réussi à participer… mais de justesse, d’après ses dires ?

Si nous étions anglais – les Dieux nous en préservent ! — il est certain que la question ferait le plus grand profit des bookmaker… En France, on se contente d’affirmer « qu’elle bluffe » comme son père avant elle qui « faisait le coup à chaque fois  pour faire monter la pression et qu’on parle de lui »… ou bien, à l’unisson de la quasi-totalité de la classe politique, on répond « qu’un courant d’opinion, quel qu’il soit, doit être en mesure d’être présent dans une démocratie » car il ne serait pas normal, n’est-ce pas, que madame Le Pen ne puisse défendre les convictions d’un électorat estimé par la quasi-totalité des instituts de sondage aux environs de + ou – 20 %, soit 1 électeur français sur 5. Au concert des hypocrites, ces grands donneurs de leçons citoyennes battent magnifiquement la mesure. À l’exception de Jean-Luc Mélenchon auquel on reconnaîtra la franchise d’avoir ponctué sa déclaration, identiques aux autres sur le fond, d’un « Je m’en fiche », certes peu élégant, mais plus franc, ajoutant « « Si elle n’est pas candidate, je m’en frotte les mains. Si elle l’est, je m’en frotte les mains aussi. »

Il est clair toutefois que si Marine le Pen ne bluffe pas et qu’elle ne parvienne pas à obtenir les 500 signatures d’élus politiques nécessaires en mars prochain, son absence dans la compétition fera le « buzz » au moins durant quarante-huit heures et que tous ses concurrents entonneront la même complainte chagrinée le temps d’un passage à l’antenne… puis un événement en chassant un autre, on ne parlera plus de l’absence de Marine Le Pen que pour mémoire.

Ce qu’elle et son parti seront en mesure de faire ou de ne pas faire pour se venger ou simplement continuer à exister en attendant les élections législatives suivantes n’intéresseront que très modérément les médias et, soyons juste, la France profonde itou.

Il y a toutefois une hypothèse qui n’a pas été soulevée par les fins observateurs de la vie politique française… L’absence de Marine Le Pen n’est envisagée qu’en fonction de « qui récupérera ses électeurs, sur qui se répartiront-ils de façon significative ? » : Hollande, Sarkozy, Bayrou ou Mélenchon ? Sans doute guère sur Eva Joly ou encore moins sur un candidat de la gauche extrême… Et peu également sur un Nicolas Dupont-Aignan s’il est présent, car trop inconnu…

En revanche, si le diable UMPS tenait à « plomber » durablement l’avenir politique de Marine le Pen et du Front national, il est certain qu’il favoriserait la présence à cette élection de Carl Lang, ancien secrétaire général du mouvement à la flamme tricolore, figure historique de celui-ci et candidat au crû 2012 de la « Reine des bataille », même si sa présence n’est guère évoquée et encore moins connue.

Carl Lang dont le Parti de la France qu’il préside a conclu alliance avec le Mouvement national républicain et la Nouvelle Droite populaire et qui est soutenu par la quasi-totalité des anciens cadres frontistes en délicatesse mariniste… Il ne peut certes espérer, au seul vu du nombre de divisions de ce rassemblement « de la droite de la droite » qu’un score à deux chiffres… après la virgule du 0, mais Marine Le Pen absente et lui présent, le fond électoral du Front national, fidèle depuis plus de trois décennies maintenant à la droite nationale, trouverait ainsi un candidat naturel pour leur suffrage le jour du premier tour de l’élection. Faute d’avoir ce que l’on souhaite, il faut se contenter de ce que l’on a, penseront-ils… D’autant que beaucoup n’y verront guère de différence, n’en déplaisent aux intéressés !

Soit une perspective pour Carl Lang d’atteindre les 5 %, d’être remboursé de ses frais électoraux, de palier à son manque de notoriété nationale et d’attirer un nombre d’adhérent significatif, selon l’adage que le succès va au succès, tout autant que l’argent va à l’argent, ce qui est souvent le cas… et en politique plus qu’ailleurs car ses alliés et lui participeront ensuite aux élections législatives suivantes forts d’une toute nouvelle autant qu’inespéré notoriétée qui leur permettront sans doute de présenter des candidats dans la plupart des circonscriptions… Ses candidats obtenant au moins 1 % des suffrages, ce rassemblement de « la droite de la droite » touchera 1,63 euro par voix obtenue, chaque année pendant cinq ans (montant de 2007, s’il n’est pas augmenté en 2012).

Cela ne signifierait évidemment pas la disparition du Front national et de sa Présidente qui en ont vu d’autres, mais ils devront à l’avenir supporter une réelle concurrence, soit une épine dans le pied  comme le FN en a toujours été une pour la droite parlementaire… ou comme Olivier Besancenot et son NPA aurait pu en être une pour le Parti socialiste si Jean-Luc Mélenchon n’y avait mis bon ordre…

Le meilleur moyen de combattre le Front national ? La concurrence ! Et la loi inique sur les parrainages en offre une occasion rêvée… Oseront-ils ?