Fillon_lunettes_rougesL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouille le 03/03/2012

Jeudi soir, c’est François Fillon qui était de passage à Besançon dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une belle affluence, à vrai dire, puisque la salle prévue pour 1200 personnes débordait et qu’un écran avait été installé dans les couloirs pour que quelques dizaines de personnes supplémentaires puissent suivre la réunion. Formidable rajeunissement pour ma pomme puisque, si l’on excepte la trentaine de jeunes en ticheurtes placés près de la scène pour mettre l’ambiance, j’avais bien l’impression d’être le moins âgé de la salle.

Avant le Premier ministre, trois députés locaux interviennent brièvement à la tribune dont le sémillant Joyandet, ancien ministre viré pour cause de présence récurrente dans un journal satirique paraissant le mercredi. François Fillon est également accompagné de Jérôme Chartier qui joue le rôle de vedette américaine. Il ne parviendra guère à chauffer la salle avec son admiration devant la réussite de Nicolas Sarkozy en matière d’emploi industriel et la diatribe contre « le haut-fonctionnaire Hollande », « monsieur zéro risque ». Sans doute l’assistance était elle parfaitement au courant des états de services professionnels de François Fillon.

C’est donc autour du Premier Ministre de prendre la parole et qui annonce tout de go un scoop international aux militants UMP de Besançon -lesquels, à vrai dire, ne semblent pas mesurer leur chance : « La monnaie unique est sauvée ». François Fillon poursuit et règle son compte au au premier tour de l’élection présidentielle :«il n’y a que nous et les socialistes. Tout le reste est secondaire. » S’il pointe avec raison l’indécision de François Hollande sur la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, l’orateur fait preuve d’un culot d’acier lorsqu’il frappe d’indignité l’abstention des députés PS sur le mécanisme européen de stabilité. « On peut voter oui ou non mais s’abstenir, on n’a pas le droit ». Afin de poursuivre ce reportage et ne pas être reconduit vers la sortie par un service d’ordre que j’imagine fort  bien organisé, je ne gueulerai pas « 23 juin 1992», date à laquelle François Fillon lui-même s’était abstenu à Versailles sur la révision constitutionnelle préalable à la ratification du Traité de Maastricht.

Fillon revêt ensuite le costume d’Antoine Pinay qui fait horreur à Henri Guaino et nous prévient :«il n’y aura pas de retour à l’âge d’or ». C’est clair : on va en chier. Mais il ajoute, pour rassurer la salle :«je ne prends aucun plaisir à jouer le trouble-fête ». On se prend à en douter. Pas sûr que tout ceci soit bien raccord avec les discours du candidat Sarkozy. Ce qui va suivre ne le sera pas davantage : le chef de gouvernement se lance dans une longue défense du bilan du quinquennat. « Cette page ne soit pas être une parenthèse, nous devons continuer à l’écrire ! » conclut-il. Il est là, l’enseignement principal de cette réunion publique : alors que Nicolas Sarkozy a évité, lors de ses trois premiers meetings, de causer bilan ou en tout cas très peu, Fillon, lui, y consacre l’essentiel de son discours. Alors que le candidat en est à nous proposer de nouvelles ruptures -y compris avec lui-même- son principal « collaborateur » fait quant à lui vibrer la corde de la continuité.

Intrigué par cette double-campagne, je décide donc d’interroger un «jeune pop » le discours terminé. Pourquoi un jeune ? Parce que les autres filent déjà vers leurs voitures et qu’ils sont, en général, beaucoup moins loquaces. Maxime m’explique qu’il ne voit aucune friture sur la ligne Elysée-Matignon. D’après ce jeune militant fort dynamique, « il est logique que le chef du gouvernement défende le bilan de son gouvernement et que le candidat, lui, se projette vers l’avenir ». Que répondre à ce trésor de rhétorique ? Que tout cela se traduise par un manque de lisibilité dans la campagne ? Il ne semble pas être convaincu par l’argument. Du reste, je ne semble pas être tombé -manque d’expérience dans le reportage, très certainement- sur le militant UMP le plus représentatif : après quelques minutes de dialogue, il m’explique que nous sommes « européens avant d’être français ». « Penser le contraire, poursuit-il, c’est du nationalisme ». Je ne suis pourtant ni à une réunion d’Eva Joly ni sortant d’un meeting de Bayrou (lequel, d’ailleurs, ne cause plus beaucoup d’Europe). A près de quatre-cents kilomètres de Paris, j’entends alors Patrick Buisson s’étrangler.

Pendant la réunion, j’apprenais aussi que le sondage quotidien IFOP-Paris-Match montrait que l’écart entre Hollande et Sarkozy était passé à 3.5 points alors que l’entrée en campagne du second avait permis de le réduire à 1 au début de cette semaine. Les fameuses courbes ne se croiseront donc pas dans les prochains jours. Ont-elles seulement une chance de se croiser dans les prochaines semaines ? Ce n’est pas cette soirée bisontine qui nous en convaincra le plus facilement.