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Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle de 2012, intervenait au 66e Congrès de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, à Montpellier  le 29/03/2012:

Je tiens tout d’abord à remercier les élus et les représentants de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs pour cette invitation.

J’ai lu avec attention les documents que vous m’avez fait parvenir. Je ne peux que vous féliciter pour la pertinence des thèmes retenus.

L’emploi et la formation d’abord : je ne peux qu’encourager la démarche qui est la vôtre. A condition bien sûr de permettre aux jeunes exploitants de pouvoir s’installer. Pour cela, il faut cesser de liquider 25% des exploitations agricole tous les dix ans, sans quoi vous ne pourrez que proposer aux jeunes qui sortent des filières agricoles des emplois précaires et sous-payés dont ils ne voudront pas et dont je ne veux pas non plus pour eux !

« Economie et territoires » : je ferai tout pour lutter contre la fracture territoriale dont souffre la ruralité. Concernant la compétitivité de notre agriculture, vous pouvez me faire confiance : pour reprendre votre formulation, je ne « tomberai jamais dans le moins disant social ». Une majorité de salariés agricoles et d’exploitants ne parviennent pas à vivre décemment de leur labeur. Je ne leur prendrai pas un seul euro sous prétexte de compétitivité. Il y a d’autres manières, autrement plus justes et plus efficaces, de lutter contre « les distorsions de concurrence » que vous dénoncez.

Relever le « défi alimentaire » d’un monde de plus en plus peuplé : qui serait contre ? Je ne pense pas que le libre-échange imposé de manière non démocratique par l’OMC aille dans ce sens. J’affirme même que ce libre-échange est vecteur de chaos aussi bien pour les pays du Sud que pour ceux du Nord, et entend donc protéger nos producteurs de ses méfaits.

« Le développement durable » : là encore, qui serait contre ? Je suis certaine que la course aux profits prônée par l’OMC et l’Union Européenne est aussi nocive pour notre environnement qu’elle l’est pour notre société. Et ce ne sont pas les trois coups de peinture verte passés sur la nouvelle PAC pour en camoufler l’ultra-libéralisme qui me convaincront du contraire.

Dernier thème enfin, « la recherche et l’innovation » : je suis fière de l’excellence de la recherche agronomique française et ferai tout pour qu’elle reste l’une des meilleures du monde. Je m’oppose par contre formellement au racket des producteurs organisé par les semenciers et récemment imposé à l’Assemblée nationale par un lobbying sournois. Je trouve de la même manière tout à fait scandaleux que les mêmes utilisent le prétexte de la recherche et de l’innovation pour essayer d’imposer des OGM dont les Français ne veulent pas.

Ne me demandez pas comment je compte parachever la Loi de Modernisation de l’Agriculture voulue par MM. Le Maire et Sarkozy. Ma réponse est simple : je l’abrogerai immédiatement ! Les cinq thèmes évoqués ne peuvent être envisagés sérieusement sans une politique agricole apte à en assurer la pérennité.

A ce sujet, permettez-moi de m’attarder un instant sur un cas qui me tient à cœur, celui des producteurs de légumes à la rencontre desquels je suis allée lors du salon de l’agriculture et que je croise lors de mes déplacements dans le sud de la France (Château-Renard pour les salades, Languedoc Roussillon pour les tomates et les concombres). Ces producteurs sont tous dans une situation dramatique. Au rythme actuel, plus de la moitié d’entre eux auront disparu d’ici deux ans malgré leur courage, leur savoir-faire et leur amour du travail.

La contractualisation magique vendue par M. Le Maire ne peut rien contre l’effondrement des prix. Nous connaissons tous la cause de cette crise : l’abolition des droits de douanes sur les importations. Dernière dérégulation en date : la diminution de 70% des droits de douanes sur les importations agricoles en provenance du Maroc. Députés européens PS, UMP et Modem (ces partis qui ne chantent le « produire français » que le temps de la campagne), ont voté en faveur de cet accord il y a à peine un mois sans que cela n’émeuve personne !

Les mêmes pyromanes expliquent aujourd’hui que seule une baisse du coût de la main d’œuvre agricole permettra de rétablir la situation. Qui est assez naïf, qui est assez cynique pour laisser croire que quelques euros de moins sur une fiche de paye suffiront à rivaliser avec le Maroc qui paye ses salariés agricoles 5 euros la journée ?

Les seuls à qui profitent la casse (peut être devrais-je dire le casse) sont les actionnaires de la grande distribution et de l’industrie qui pourront continuer à imposer des marges toujours plus scandaleuses.

Elue des Français, je me dois de défendre d’abord les intérêts des maraîchers français, pas ceux des maraîchers marocains. Elue des français, je me dois de défendre les producteurs et les consommateurs français et non la grande distribution pour qui la France n’est qu’un marché où réaliser toujours plus de profits.

Là où les autres préfèrent baisser les bras ou profiter des largesses des prédateurs, je ne vois qu’une seule solution : le protectionnisme.

Le protectionnisme ne menace pas nos exportations

Non, le protectionnisme n’est pas un gros mot. A ceux qui n’ont plus assez d’indépendance d’esprit pour énoncer une proposition non validée par l’OMC, je réponds que seule une politique agricole nationale et protectionniste peut garantir à la fois les intérêts des producteurs et des consommateurs français.

La vulgate ultra libérale assène que rétablir des droits de douane, c’est condamner ses exportations. Durant 50 ans, la France a été l’un des premiers pays exportateurs de matières premières agricoles tout en contrôlant ses importations. Où était le problème ? A l’heure des dérégulations imposées, notre balance commerciale flanche et notre agriculture, jusqu’alors structurée, s’effondre par pans entiers au profit des pays concurrents (fruits et légumes, porcs, volaille, viande, soja pour l’alimentation du bétail, huiles aujourd’hui ; lait et maïs demain). Des concurrents qui, pour la plupart, sont membres de l’Union Européenne. Cette Union Européenne qui ne protège rien, ces institutions qui se comportent en simple chambre d’enregistrement des diktats de l’OMC n’ont aucun intérêt pour les Français.

Une Europe agricole ? Oui, mais sûrement pas celle-là ! Je souhaite une Europe agricole qui ne se comporte pas en valet de l’OMC, une Europe agricole qui ne soit pas celle du dumping et du chantage permanent, mais celle des négociations justes qui permettent à chaque pays de protéger ses producteurs et ses consommateurs, mais aussi ses traditions, ses terroirs et ses savoir-faire.

Cette Europe-là passe par la renationalisation des aides agricoles que je suis la seule à défendre en France. Nous devons être capables de soutenir efficacement et rapidement nos producteurs sans avoir à demander pour cela l’avis de pays tiers qui n’ont ni les mêmes contraintes, ni les mêmes traditions, ni les mêmes normes sociales. Quel exploitant, quel salarié français souhaiterait s’aligner sur les coûts de productions des pays de l’Est basés sur des salaires minimum mensuels qui vont de 123 euros pour la Roumanie à 349 euros pour la Pologne (chiffre 2011 de l’Observatoire des inégalités).

Protectionnisme et nationalisation des aides agricoles forment un socle qui doit être renforcé par un système efficace de régulation des volumes produits mais aussi de leur qualité.

On me demande ce que je pense de l’harmonisation des DPU (droit à paiement unique, les nouvelles subventions découplées) au niveau européen. Ma réponse est très simple : je n’en pense rien puisque je suis contre le principe même des DPU, à savoir des subventions découplées. Les seules subventions efficaces, tant pour les producteurs que pour les consommateurs qui sont également les contribuables qui financent ces subventions, sont les subventions couplées à la quantité et à la qualité. Les DPU renchérissent les terres, créent des rentes injustifiées et, pire encore, ne permettent pas de piloter une politique agricole ambitieuse et réactive. Les aides aux éleveurs laitiers seront totalement découplées d’ici moins de deux ans quand celles des céréaliers continueront à être discrètement recouplées. Pourquoi imposer aux uns ce qui ne marche pas pour les autres ? Le gouvernement de Nicolas Sarkozy estime sûrement qu’il reste trop d’éleveurs laitiers dans notre pays et que ces subventions au chaos que sont les DPU permettront d’en faire encore disparaître une bonne partie… Eleveurs laitiers, renseignez-vous avant d’aller voter, il en va de votre avenir…

 

Protéger

Si producteurs et consommateurs sont les grands perdants du système, distributeurs, financiers et industriels en sont les gagnants. Je veux protéger les Français de la tyrannie de ces prédateurs.

Je veux protéger notre peuple en restaurant notre souveraineté alimentaire mise à mal par trois décennies d’accords suicidaires.

Je veux protéger le pouvoir d’achat, la santé et la liberté de choix des consommateurs français.

Je veux protéger la restauration et notre patrimoine culinaire mis en coupe réglée par les industriels et les distributeurs spécialisés (Metro, Davigel, Pommona, EDNA, etc.).

Je veux protéger les revenus et les libertés des producteurs mis à mal par la contractualisation obligatoire et les dérégulations.

Je veux protéger le modèle économique de notre agriculture basé sur l’exploitation familiale. Exploitations familiales qui ont toujours su tirer le meilleur des terres exploitées ; exploitations familiales qui ont fait de notre pays une grande puissance agricole. Je ne cèderai jamais au collectivisme, qui aujourd’hui n’est plus rouge mais ultra libéral, et qui entend capter les meilleurs terres au profit des seuls financiers et industriels. L’agriculture ne sera jamais un business parmi d’autres.

Je veux protéger ce patrimoine unique qui est aussi notre avenir et fait notre réputation dans le monde entier : notre terroir ! Il n’est pas question de brader nos Appellations d’Origine Contrôlée pour les ersatz bruxellois que sont les Appellations d’Origine Protégées et qui permettraient aux industriels de faire main basse sur nos terroirs. Ces industriels qui, comme Lactalis ou Bongrain, se livrent déjà à une contrefaçon éhontée des fromages AOC et viennent d’être traînés devant les tribunaux par les derniers producteurs normands de fromage au lait crus. Mr Besnier, vous dirigez peut-être Lactalis, le premier groupe laitier mondial, mais vous n’aurez jamais la peau de ce patrimoine unique !

 

Je m’opposerai frontalement aux principaux responsables et bénéficiaires de ce système suicidaire.

Aux politiques, j’interdirai de faire subir à l’agriculture française le sort qu’ils ont fait à notre industrie textile ou métallurgique. Je ne les laisserai pas faire le jeu des délocalisations. Oui, au 21ème siècle, les productions agricoles ça se délocalise. Depuis 1998, le volailler Doux ferme des sites en France : quinze au total, dont trois pour la seule année 2008. De la même manière, des investisseurs français ferment aujourd’hui des sites de production de tomates dans notre pays pour en ouvrir en Espagne et au Maroc. Demain, si rien n’est fait, la production de lait prendra le chemin de l’Europe de l’Est.

Aux financiers, je me ferai un plaisir d’expliquer la différence entre investisseur et prédateur. La France ne sera jamais l’Ukraine ou le Brésil. Brésil où le groupe français Louis Dreyfus loue 340 000 hectares (oui, 340 000 hectares, soit l’équivalent d’un demi département français !) pour produire du soja qui est ensuite imposé à nos éleveurs. Brésil qui accuse le groupe Louis Dreyfus d’avoir recours au travail forcé… Je ne laisserai aucun financier capter les meilleures terres françaises au profit de leurs seuls actionnaires ni faire revenir nos agriculteurs à l’époque du servage comme cela se pratique désormais dans une majorité de pays.

Il y deux ans, Mr Jérôme Bédier osait affirmer, en tant que président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (Fcd), que « la valeur ajoutée, ça ne se partage pas ! ». Je ferai mentir M. Jérôme Bédier et avec lui tous les patrons de la grande distribution qu’il représentait !

Aux agroindustriels qui se permettent tout au nom des économies d’échelle et de la mondialisation, je demanderai des comptes :

- J’obligerai les géants de la viande Charal, Soviba et Socopa à s’expliquer au sujet de leurs abattoirs, responsables de vagues d’empoisonnement à E-coli sans précédent. Aux mêmes, j’interdirai d’avoir recours aux importations massives de vaches de réforme qui maintiennent les prix et la qualité de la viande au plus bas et ruine nos éleveurs. Je ferai également interdire les procédés à base d’enzymes, d’ammoniaque et d’autres poisons qui permettent d’écouler les déchets d’abattoirs dans les rayons des supermarchés.

- A Mr Besnier, de Lactalis (encore lui !), et à tous ceux qui, de manière plus discrète, se livrent au même petit jeu sordide, je montrerai ce qu’il en coûte d’imposer à des producteurs indépendants des contrats léonins.

- A tous ceux qui ont usé et abusé du lobbying au niveau européen pour imposer des lois dont les Français ne veulent pas, j’imposerai la seule loi qui vaille, la loi française ! Viticulteurs français, souvenez-vous que des alcooliers français comme Pernod Ricard, Listel ou Patriarche, ont, par un lobbying intense, poussé à la suppression des droits de plantation au niveau européen.

Vous-même, élus et représentants de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, savez que la donne est en train de changer. La Loi de Modernisation de l’Agriculture ne répond pas à vos attentes. Jamais les agriculteurs n’ont été aussi divisés quant à l’avenir qu’ils souhaitent pour leur profession. Vous le savez aussi bien que moi, la cogestion a vécu. Pourtant, le défi des années à venir est immense. Si elle n’est pas rapidement mise hors d’état de nuire, la nouvelle PAC ruinera à court terme la majorité des agriculteurs et donc des pans entiers de notre agriculture. La nouvelle PAC est un machin ultra-libéral mal repeint en vert. La nouvelle PAC ne sera jamais une politique agricole viable.

Aux agriculteurs français que les cinq années passées laissent exsangues, je tiens à dire que je suis de tout cœur à leurs côtés. A ceux qui pensent s’en être tirés à bon compte, je tiens à dire ceci : malgré la concentration accélérée des exploitations, vous resterez toujours des « petits » de la mondialisation face aux grands propriétaires d’Amérique du Sud ou d’Europe de l’Est. Ne laissez pas mourir les « petits » et les plus « fragiles », ne cautionnez pas le plan social sauvage que subit votre métier et battez-vous pour une juste rémunération de votre travail. Il en va de votre avenir, de celui de vos enfants et de celui de notre pays.

Face à l’OMC, à Bruxelles, à la grande distribution et à l’industrie, je serai toujours à vos côtés. Je le répète, je protègerai ! Je protégerai ce que notre pays nous a légué ! Nous consoliderons cet héritage puis nous le lèguerons à notre tour à nos enfants. Non, protéger n’est pas un gros mot : c’est un devoir et c’est notre fierté !

Je tenais en conclusion à vous dire que j’ai été surprise, en lisant les documents que vous m’avez fait parvenir, de découvrir que l’un des 5 thèmes semblait plus consacré aux intérêts personnels de Xavier Beulin en tant que patron de Sofiprotéol qu’à ceux des agriculteurs dont Xavier Beulin a pourtant accepté le mandat de président de la FNSEA. Je veux parler du thème « Recherche et innovation » plus qu’à moitié consacré à la défense des OGM alors que le mot OGM n’y est même pas écrit une seule fois. Une succession d’euphémismes intéressés pour aboutir à cette formulation que je trouve blessante pour la majorité des Français hostiles à ces OGM, majorité à laquelle j’appartiens. Je cite : « une application parfois abusive du principe de précaution allant au-delà de la pensée de ses concepteurs, aboutit à une déconnexion totale du jugement politique et sociétal par rapport à l’avis scientifique » … M. Beulin, quand vous invitez des candidats à l’élection présidentielle et que ces derniers se donnent la peine de répondre à cette invitation, ne leur servez pas cette prose de mauvais lobbyistes. Vous êtes favorable aux OGM ? Vous espérez augmenter vos marges en les imposants aux Français ? C’est votre droit mais osez au moins le dire franchement ! »