Marine_meeting

Reuters

Par Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser le 27/04/2012

Paris (Reuters) - Marine Le Pen s'est réjouie vendredi de l'influence de son projet sur la bataille du second tour de l'élection présidentielle tout en continuant à ménager le suspense sur sa position envers les deux finalistes, qu'elle dévoilera le 1er mai.

La présidente du Front national, qui ne voit pour l'instant que des tentatives de "récupération", menace Nicolas Sarkozy de lui appliquer la consigne que lui-même préconise pour les législatives en cas de duel PS-FN : un vote blanc, nul ou socialiste.

Marine Le Pen tente de peser sur l'entre-deux tours pour aborder en position de force les élections législatives de juin et ironise sur la forte coloration "bleu Marine" des propos du président sortant ces derniers jours.

"Ils veulent nos voix mais manifestement ils ne veulent pas (...) les gueules des électeurs marinistes", a-t-elle dit sur France Info.

Troisième du premier tour de l'élection présidentielle, dimanche dernier, avec 17,9% des suffrages, Marine Le Pen fait figure d'arbitre du scrutin, même si elle reconnaît ne pas être propriétaire des voix de ses électeurs.

"vote d'adhésion"

La chef de file du FN, qui a déjà lancé la campagne de son "Rassemblement bleu marine" pour le scrutin de juin, a testé la cohésion du parti présidentiel en sommant Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, le "patron" de l'UMP, de donner leur position en cas de duels PS-FN en juin.

Le chef de l'Etat ayant répondu que l'UMP verrait "la qualité du candidat socialiste, au cas par cas", et qu'il déciderait "à ce moment-là l'abstention ou le vote blanc, Marine Le Pen a prévenu que cette attitude risquait de se retourner contre lui le 6 mai.

"Ça veut dire que le candidat-président est en train d'essayer de faire les poches, pour des raisons électoralistes, de mon programme", a-t-elle dit.

"Eh ben ça, les électeurs marinistes, ils vont s'en souvenir parce que socialiste, ou blanc, ou abstention, c'est cette consigne-là que le président-candidat a donnée hier aux électeurs en cas de duels PS-FN?", a-t-elle poursuivi. "Mais qu'il se méfie que les électeurs marinistes n'appliquent pas cette consigne dans dix jours".

Jean-François Copé avait auparavant répété que "jamais" le parti présidentiel ne scellerait d'alliance avec le Front national. "Ni alliance, ni négociations, ni discussions", a-t-il dit sur Canal+.

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac, s'est dit "effrayé" de la campagne à droite, jugeant que "les lignes rouges républicaines sont franchies une à une" dans "le débauchage sans vergogne des voix extrémistes".

Le chef de file du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a accusé Nicolas Sarkozy d'emprunter au vocabulaire de la Collaboration et d'"extrême-droitiser la droite" en France.

Marine Le Pen a adressé jeudi une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy et à son adversaire socialiste François Hollande pour s'indigner de leur "quête illégitime" des voix FN.

La présidente du FN, qui ne parle plus de vote FN mais "mariniste", ne voit que du "mépris" dans leur façon de présenter le choix de ses électeurs comme un "cri", un vote "de crise", "de souffrance" ou un vote "d'extrême droite" ou "xénophobe".

"Le vote en ma faveur a été un vote réfléchi, construit, un vote d'espérance, de soutien, en somme un véritable vote d'adhésion", estime-t-elle en se basant sur plusieurs sondages.

"victoire idéologique"

La dirigeante du FN n'a pas semblé se satisfaire de la réponse de Nicolas Sarkozy qui, jeudi soir sur France 2, a concédé du bout des lèvres : "Ils ont émis un vote de crise ou d'adhésion pour certaines des idées qui sont proposées."

Elle avait obtenu jeudi une autre "victoire idéologique" en écoutant le président-candidat reprendre sa proposition d'introduire une présomption de légitime défense pour les policiers, à la suite de l'émoi provoqué chez les fonctionnaires par la mise en examen d'un des leurs pour homicide volontaire.

Elle a rappelé vendredi que le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, avait rejeté sans appel sa proposition il y a trois mois.

Au soir du premier tour, Marine Le Pen s'était posée en chef de l'opposition, prédisant la défaite de Nicolas Sarkozy et jugeant qu'au lendemain du 6 mai, le parti majoritaire ne serait plus qu'un "champ de ruines" miné par une "guerre des chefs."

Elle a toutefois nié sur France Info miser à tout prix une victoire de François Hollande.

"Ca ne m'arrangerait pas, parce que la politique socialiste est une politique épouvantable mais je remarque que c'est celle qui a été appliquée par Nicolas Sarkozy pendant cinq ans", a-t-elle dit. "C'est ça mon problème, c'est que la droite a été complètement contaminée par la gauche".