Sondage_henin

Le Figaro

Par Sophie de Ravinel le 07/06/2012

Coup de tonnerre à Hénin-Beaumont! Un sondage OpinionWay - Fiducial pour Le Figaro et LCI réalisé les 4 et 5 juin par téléphone donne Marine Le Pen en tête avec 32% des intentions de vote. Mais la présidente du FN, candidate dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, est suivie par le candidat PS Philippe Kemel (25%) et non plus comme dans les précédents sondages, par son adversaire du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon (24%). En quatrième position, le MoDem Jean Urbaniak, associé à l'UMP Nesrédine Ramdani, recueille 15%.

Au second tour, Kemel l'emporterait contre Le Pen, à 53% contre 47%. Score plus serré si c'est Mélenchon: 51% contre 49% à la candidate FN. En outre, seuls 27% des sondés n'expriment pas d'intention de vote dans un duel Kemel-Le Pen contre 38% dans un duel Mélenchon-Le Pen. Le sondage est à prendre avec précaution étant donné l'échantillon limité à 561 personnes et la marge d'incertitude inhérente de 2 à 4 points. Le jeu s'annonce donc très serré dimanche entre les deux candidats de la gauche.

Directeur des études de l'institut OpinionWay, Bruno Jeanbart «observe une poussée nationale du PS. Une expression du vote utile qui s'exprime jusque dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon…» Le candidat de la gauche radicale à la présidentielle, dont le score de 11,1% a été en deçà de ses espérances, affirme avoir déjà souffert du vote utile. Mais le candidat socialiste et maire de Carvin Philippe Kemel est formel: «J'ai toujours eu le sentiment, depuis le début de cette campagne, que je serais en tête de la gauche.» Selon lui, «les électeurs ont pu se laisser prendre par les extrêmes, comme dans un nouveau mauvais tour de la présidentielle. Mais ils savent bien qui pourra concrétiser les projets sur ce territoire…»

Première secrétaire du PS et maire de Lille, Martine Aubry était aux côtés de Kemel le 31 mai. Jeudi, le premier ministre Jean-Marc Ayrault est aussi venu le soutenir. L'enjeu est de taille pour la direction nationale du PS alors que mercredi soir, dans la circonscription voisine, le candidat Jean-Pierre Kucheida, écarté du PS du fait de ses ennuis judiciaires, était en meeting en compagnie du président de Région Daniel Percheron et de la première secrétaire PS du Pas-de-Calais, Catherine Génisson…

C'était «le jour même de la sortie de l'enquête Rose Mafia 2» (Jacob-Duvernet), souligne Jean-Luc Mélenchon. Un chapitre de ce livre coécrit par Martin Leprince et l'ancien maire PS d'Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville, lui-même poursuivi par la justice, est consacré à «La galaxie Kucheida». Mélenchon, qui s'appuie sur ces soupçons de corruption dans sa campagne, note que Marine Le Pen est «en dessous des autres sondages». Un Ifop pour la Voix du Nord la plaçait mercredi à 37%. Un effet selon lui «de sa campagne d'une extrême violence et nauséabonde». Mélenchon prévient en outre qu'en cas de duel Kemel-Le Pen «le report des voix ne sera pas automatique des communistes vers le socialiste car Kemel a gagné Carvin contre le PCF et avec l'aide de la droite».

Campagne «parisienne, brutale, bobo et bruyante»

Marine Le Pen pour sa part, juge l'hypothèse du sondage «très crédible» et assure que la campagne «parisienne, brutale, bobo et bruyante» de son adversaire est «très mal perçue localement». La présidente du FN estime avoir «une chance sérieuse» de l'emporter. «Surtout» en cas de duel avec Mélenchon «puisque sa candidature favorise l'abstention à gauche». Selon le sondage, elle bénéficierait du report d'un quart des voix centristes (idem pour Kemel), ce que Mélenchon met sur le compte de «la campagne de Nicolas Sarkozy». Jean Urbaniak, qui espère pouvoir se maintenir assure lui, que «si la porosité s'accentue avec la dédiabolisation de Marine Le Pen, c'est est une réalité ancienne liée à la faible politisation des électeurs». Candidate écolo, Marine Tondelier est «agacée par l'arrogance croissante du PS qui oublie ses responsabilités dans la montée du FN.»

À Paris, Arnaud Montebourg, ministre PS du Redressement productif observe le duel: «le seul avantage de cette histoire, dit-il, c'est qu'on aura l'un ou l'autre au Parlement, ou aucun des deux, mais en aucun cas les deux...»