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L'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 27.06.2012

Vous avez remarqué ? Je n’ai pas écrit une ligne sur la débâcle française au championnat d’Europe de football. Je n’ai pas pris le clavier pour fustiger les gosses mal élevés qui portaient les couleurs françaises du côté de Kiev et de Donetsk. Je ne vous mentirai pas, je n’avais guère le temps. Mais je reconnais aussi que je manquais de motivation. Quel intérêt de revenir fustiger au milieu de tant d’articles du même tonneau ces gamins dont on souhaite absolument qu’il soient dépositaires d’une exemplarité dont ils ne sont pas capables ?

Samir Nasri a mal parlé à deux journalistes. Jérémy Ménez a fait de même avec l’arbitre1 et son capitaine. Ils font honte à leur maillot, ils n’en sont pas dignes, a-t-on répété sur toutes les ondes, y compris Elisabeth Lévy sur RTL lundi soir. Je suis le premier à reconnaître que la formation des joueurs ne devrait pas se cantonner aux seuls aspects techniques, physiques et tactiques mais aussi s’accompagner d’une certaine éducation, y compris dans la manière de s’exprimer et de se comporter2.

Mais certaines personnalités, qui n’ont pas quitté l’école à 16 ans pour jouer au foot, peuvent elles aussi se comporter en malpolis. Il y en a même certains qui sont diplômés de l’Ecole Nationale d’Administration ou de Polytechnique et qui ont été plusieurs fois ministres. Jean-François Copé, François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet, par exemple. Mardi, ils votaient pour élire le nouveau président de l’Assemblée Nationale. Et lorsqu’ils sont montés à la tribune pour déposer leur bulletin dans l’urne, ils n’ont pas, contrairement à leurs collègues Christian Jacob et Henri Guaino3, pris la peine de saluer la benjamine de l’Assemblée Nationale, Marion Le Pen-Maréchal, qui tenait le rôle d’assesseur. Copé a fait piteusement semblant de ne pas la voir, a salué le doyen d’âge Scellier et a passé son chemin. Quant à NKM, elle a effectué une feinte de corps que n’auraient pas reniée Ménez ou Nasri afin d’éviter la présence et le regard de la députée du Vaucluse.

On peut admettre d’une personne qu’elle ne serre pas la main de quelqu’un avec qui elle est en conflit personnel. Si la députée FN avait volé le petit ami de NKM, par exemple, ou si elle avait vendu une voiture d’occasion nantie de vices cachés à Jean-François Copé, l’attitude de ces derniers pourrait réclamer quelque indulgence. Mais d’après mes informations, il ne semble pas que ce soit le cas. Si Marion Le Pen-Maréchal n’a pas été saluée par un grand nombre de ses collègues, c’est tout simplement parce qu’elle est Marion Le Pen-Maréchal, qu’elle est considérée comme une galeuse, une pestiférée, une intouchable. Pourtant, elle a reçu, de la même manière que ses 576 collègues, l’onction du suffrage universel. Faut-il avoir si peu de conviction personnelle pour donner à croire que ne pas saluer une adversaire constitue un geste politique, pour croire que le seul contact d’une main pourrait nous “contaminer” ? Dans les années 80, Jean-Marie Le Pen expliquait que le SIDA, après tout, pouvait bien s’attraper ainsi. Copé, Fillon, NKM, et la flopée de députés socialistes, écologistes ou UMP qui les ont imités, croient, pour leur part, qu’un même contact provoque des maladies politiques graves, rappelant les heures les plus sombres de notre histoire. A ridicule, ridicule et demi. Cet évitement malpoli vaut bien les turpitudes de Ménez et Nasri samedi dernier et du grand-père de Marion Le Pen-Maréchal au temps de sa splendeur.

C’est pourquoi, pour rester polis, nous ne félicitons pas Kosciusko-Morizet, Fillon et Copé. Et nous n’accablerons pas davantage Ménez et Nasri. Car la politique, contrairement au football, ce n’est pas qu’un jeu.

  1. Au passage, on n’a pas assez souligné l’indulgence de ce dernier qui n’a sorti qu’un carton jaune alors que de tels mots dans un match amateur valent à leur auteur une expulsion logique et quelques matches de suspension.
  2. On pourrait enseigner les mêmes rudiments dans les écoles de journalisme, puisqu’il semble bien que Nasri, dans l’échange qui a tant fait parler, n’était pas le seul à manquer de la courtoisie la plus élémentaire.
  3. On citera également Bernard Debré, Nicolas Dupont-Aignan et Henri Emmanuelli.