Strache FPOValeurs Actuelles

Par Michel Arnaud le 05/07/2012

Mouvement 5 Étoiles, Parti pour la liberté, Vrais Finlandais… de l’Italie à l’Autriche, en passant par les Pays-Bas et la Finlande, le rejet de la monnaie unique et des “diktats” de Bruxelles a gagné du terrain.

Les difficultés économiques des pays de la zone euro, qui regroupe dix-sept des vingt-sept États membres de l’Union européenne, ont rendu plus audibles qu’avant les mouvements politiques ou associatifs qui disent non à l’euro. Tous ne sont pas nationalistes, populistes ou d’extrême droite, comme certains médias voudraient le faire croire. C’est le cas en Italie, où l’humoriste et blogueur-vedette Giuseppe Grillo, dit Beppe, chef de file du Mouvement 5 Étoiles, vient de faire une entrée fracassante sur la scène politique.

Habitué à des scores plutôt confidentiels (1,8 % aux élections régionales en 2010), ce parti “antisystème” fondé en 2009 a créé la surprise en mai lors des municipales, remportant quatre villes, dont Parme (190 000 habitants). Son candidat, Federico Pizzarotti, 38 ans, a obtenu plus de 60 % des voix dans cette ville minée par les affaires de corruption. En Émilie-Romagne, le Mouvement 5 Étoiles dirigera aussi Comacchio (23 000 habitants), et Mira (39 000 habitants) et Sarego (6 500) en Vénétie.

Au total, le Mouvement 5 Étoiles a obtenu 9 % des suffrages dans les 101communes où il était représenté. Il est désormais crédité de 18,5 % des voix, derrière la gauche du Parti démocrate (26,7 %), mais devant la droite du Parti des libertés (17,2 %). C’est un séisme politique, à un an des législatives de mai 2013. Aux dernières élections, en 2008, le groupuscule No Euro avait récolté moins de 0,2 % des voix…

Le Coluche italien, créateur en 2007 du “Vaffanculo Day” (“Journée du va te faire…”) est prix au sérieux. Sa dénonciation de l’affairisme des partis politiques traditionnels et des mesures d’austérité du gouvernement de Mario Monti a fait mouche. Sa proposition de sortir de l’euro pour renouer avec la lire est désormais écoutée. « Ce n’est pas un discours de bar, le système ne fonctionne plus », affirme-t-il. Selon lui, l’euro est responsable d’une diminution de 30 % du pouvoir d’achat des Italiens : « Si nous avions la lire, en une nuit nous pourrions écrire deux lignes sur un bout de papier et dévaluer de 30 % et ainsi repartir de zéro. »

Aux Pays-Bas, le populiste Geert Wilders, président du Parti pour la liberté (PVV), plus connu pour ses diatribes contre l’islamisation de la société, a fait du retour au florin son nouveau cheval de bataille. En juin 2010, sa formation s’était hissée à la troisième place aux élections législatives en obtenant 15,5 % des voix. Opposé aux nouvelles mesures d’austérité du gouvernement du libéral Mark Rutte, Wilders a fait chuter le gouvernement le 21 avril en retirant son soutien parlementaire à la coalition des libéraux et des chrétiens-démocrates. « Nous n’allons pas laisser nos vieux payer la note des fraudeurs grecs, s’est-il justifié. Pendant qu’on trime, eux ne pensent qu’à boire de l’ouzo. Au PVV, nous disons : pas un sou pour la Grèce ! Et pas plus pour les Portugais ou les Espagnols ! »

Parti en croisade contre les “diktats” de Bruxelles, Wilders a d’ores et déjà imposé le thème de campagne des élections législatives anticipées de septembre prochain : l’Europe et l’euro. L’Union chrétienne (5 députés) s’est ainsi prononcée pour la création d’un euro pour les pays du Nord, le “neuro”, et d’une monnaie pour les pays du Sud, le “zeuro”. Bien qu’il soit isolé sur la scène politique, les enquêtes d’opinion accordent à Geert Wilders 20 % d’intentions de vote. Pour étayer ses arguments contre l’euro, il a commandé un rapport à un cabinet d’études économiques britannique eurosceptique, le Lombard Street Research. Selon lui, la monnaie unique est la cause de la perte de la compétitivité des Pays-Bas.

55 % des Polonais pensent que l’euro ne leur sera pas bénéfique

La Finlande voit monter une autre figure du scepticisme européen : le nationaliste et europhobe finlandais Timo Soini, président du parti des Vrais Finlandais, surprise des élections législatives d’avril 2011 (19 %, 39 députés). Soini ne verrait pas d’un mauvais oeil le retour au mark finlandais. « Notre parti n’est pas favorable à une sortie immédiate de la zone euro, dit-il. Mais nous sommes hostiles à la mise en place de tout nouveau mécanisme d’aide dans le cadre de ce système. »

Fier du triple A de son pays, Timo Soini ne veut pas payer pour les autres : « Ceux qui ne peuvent pas suivre les règles doivent sortir du système. Ou alors il faut que des pays comme la Finlande, les Pays-Bas ou peut-être l’Allemagne quittent la zone euro, parce qu’ils ne peuvent plus payer pour les autres. » Son modèle est la Norvège.

L’euro s’est invité dans la campagne présidentielle, remportée par le conservateur Sauli Niinistö le 5 février dernier. Le scrutin s’est transformé en référendum pour ou contre l’euro. Outre Timo Soini, arrivé quatrième avec 9,4 % des voix, un autre candidat n’a pas ménagé ses critiques contre la monnaie unique : Paavo Väyrynen, du Parti du centre (au pou voir en 2010 et 2011), arrivé en troisième position avec 17,5 % des voix. « La Finlande devrait sortir de l’euro où elle n’est pas en bonne compagnie », a-t-il répété au cours de la campagne.

L’Autriche devrait, elle également, être happée par les questions européennes lors des législatives en 2013. Heinz-Christian Strache (photo ci-dessus), le successeur de Jörg Haider à la tête du Parti autrichien de la liberté (FPO), a le vent en poupe. Il a obtenu 27 % des voix pour la mairie de Vienne en octobre 2010. Hostile à l’Union, Strache veut que l’Autriche retrouve sa neutralité.

Ailleurs, dans les sept pays de l’Est obligés de rejoindre l’euro (Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque et Roumanie), la monnaie unique ne fait plus rêver. Selon un sondage, 55 % des Polonais pensent que l’introduction de l’euro ne sera pas bénéfique à leur pays. Un rapport de la Banque centrale européenne (BCE), publié le 30 mai, estime qu’aucun de ces États ne remplit les critères économiques pour adopter l’euro. Une chance pour les gouvernements de ces pays, qui évitent ainsi des débats houleux.

Plus aucun ne s’aventure à fixer une date. Ils renvoient tous à 2015. Le premier ministre tchèque Petr Necas a même promis l’organisation d’un référendum. Mais d’ici là, la question ne se posera peut-être plus…