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Par François-Xavier Ajavon le 06/07/2012

A l’instar des Galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose en Corée du Nord. Pas plus tard que la semaine dernière, nous apprenions par diverses sources proches du dossier que le nouveau leader joufflu Kim Jong-Un avait autorisé le port des chaussures à talons compensés et des boucles d’oreilles. Nous apprenions également que le digne fils du grand et regretté Kim Jong-Il encourageait avec insistance son peuple à la consommation du « hamburger frites » – dans un pays qu’il aimerait transformer en « paradis des enfants ». Si Ronald, le clown boursouflé, et toutes les autres mascottes de la Mc Donald’s Company restent pour l’instant à la frontière, l’esprit Happy Meal est là. Une information somme toute peu étonnante, qui est à rapprocher de la grande offensive de communication ridicule lancée par Kim Jong-un il y a quelques mois visant à promouvoir les parcs d’attractions pour le divertissement populaire des masses. Une initiative qui lui permettra de s’assurer une bonne place dans l’histoire internationale du grotesque.

Dans le même temps, l’AFP nous rapportait une désolante fable propagandiste, dont seule la Corée du Nord a le secret. C’est l’histoire exotique d’une fillette qui est morte noyée pour avoir voulu sauver du torrent les portraits des chers leaders de son pays adoré. On apprend ainsi que « Han Hyon-Gyong, 14 ans, a reçu à titre posthume la décoration Honneur de la jeunesse Kim Jong-Il (nom du précédent dirigeant, mort en décembre 2011) et que son école portera son nom » Ses parents, ses professeurs ainsi que quelques cadres locaux du parti ont été récompensés dans la foulée. « L’adolescente est morte le 11 juin dans la province du Hamkyong du sud (est), alors qu’elle tentait de sortir de sa maison inondée les portraits des deux anciens dirigeants. Selon le journal officiel, Han Hyon-Gyong maintenait au-dessus de sa tête les portraits enveloppés dans du plastique lorsqu’elle a été emportée par les flots. »

L’AFP précise que les médias officiels rapportent régulièrement des histoires édifiantes de coréens qui sont prêts à donner leur vie (ou celles de leurs proches…) pour sauver les portraits sacrés des « Kim » des périls les plus divers.

On aimerait rire de bon cœur de toutes ces pitreries dictatoriales exotiques et du tour bouffon que prend systématiquement le culte de la personnalité dans ce pays maudit, mais ce serait oublier que nous ne sommes pas dans un film de Sacha Baron Cohen, mais dans la vie réelle. Les historiens nous diront peut-être un jour quel fut le destin véritable de la jeune Han Hyon-Gyong, et ce qu’elle cherchait à sauver des eaux… simplement sa vie ?