Bundeswehr_soldatLe Figaro

Par David Philippot le 12/08/2012

Recrutement difficile, démantèlement coûteux des casernes… la transition vers une armée de métier passe mal.

À l'en croire, ce ne devait être qu'une formalité. Poussé à la démission pour avoir plagié sa thèse en droit, l'ex-ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, prétendait avoir laissé une «maison en bon ordre» sur la voie de la réforme. Était portée à son crédit la manière dont il avait mené de main de maître la future transformation de la Bundeswehr en armée de métier. Entrée en vigueur au 1er juillet 2011, la réforme prévoyait d'en faire une armée «plus légère, plus flexible et plus économe». Sur le papier, les effectifs devaient simplement passer de 220 000 soldats à 170 000 en 2017. Dans les faits, la réforme ressemble davantage à un chantier à problèmes qu'à une «maison en bon ordre».

Le nouveau ministre fédéral de la Défense a été le premier à signaler une première déconvenue: le recrutement. En décembre dernier, Thomas de Maizière révélait au Berliner Zeitung qu'un quart des recrues ne franchissait pas le cap des six mois sous l'uniforme. Soit parce qu'elles avaient trouvé mieux ailleurs, soit parce qu'elles ne satisfaisaient pas aux critères de sélection. Comme l'Allemagne, la Bundeswehr est confrontée à un problème démographique. Cinq mille jeunes volontaires, soit le strict minimum, devraient finir l'année 2012 sous les drapeaux, au lieu des 15 000 soldats espérés. Dans un pays où le chômage des jeunes n'excède pas 8 %, la grande muette doit affronter la rude concurrence du privé, en particulier dans les domaines médicaux ou techniques.

La caserne de Lütjenburg, dans le Schleswig-Holstein, est en train de fermer ses portes. Le contingent passera de mille hommes à une centaine cet été avant la dissolution complète du régiment début 2013. C'est l'une des premières fermetures des 32 bases et casernes promises à la disparition. «Le démantèlement des sites suit bien son cours», commente le ministère, mais les Länder se plaignent des coûts exorbitants de la déconstruction et la remise aux normes des sites: 1,2 milliard d'euros.

Réaffecté au dernier moment

Dans les rangs, la grogne monte car la réorganisation retombe sur les épaules des soldats d'active qui connaissent souvent leur lieu de réaffectation au dernier moment, en pleine période de rentrée scolaire en Allemagne. Certains aussi se plaignent de devoir faire davantage avec moins de moyens. Le chiffre de soldats diminue, mais pas le nombre de missions: la Bundeswehr participe à onze «opérations extérieures», du Liban au Kosovo, en passant par la mission Atalante au large de la corne de l'Afrique. Une autre source de problèmes est en vue, avec le retrait des troupes d'Afghanistan. Depuis avril, les avions de transport Illyouchine et Antonov, qui desservent la base de Masar-i-Sharif cinq fois par semaine, ne rentrent plus à vide à l'aéroport de Leipzig. Mais avec près de 4 800 soldats (le contingent allemand est le troisième plus important déployé sur place, après ceux des États-Unis et du Royaume-Uni). Faute d'effectifs suffisants, même au plus fort d'une évacuation très délicate, le grand pont aérien avec le nord de l'Afghanistan ne pourra pas mobiliser plus de 10 % des hommes.