GhaliPrésent

Par Caroline Parmentier le 01/09/2012

C’est bien une omerta qu’a brisée Samia Ghali, sénatrice et maire du 8e secteur de Marseille, en demandant l’intervention de l’armée dans certains quartiers de sa ville. C’est parce qu’elle est elle-même d’origine maghrébine et a grandi dans une cité qu’elle peut réclamer cela sans se faire insulter : « face aux engins de guerre, il faut l’armée ». Elle réclame un coup d’arrêt spectaculaire à la spirale effarante du terrorisme des gangs et des moyens exceptionnels pour une situation qui ne l’est pas moins.

Il y a à peine 30 ans que Présent le dit : « si on laisse la situation dans les cités ethniques continuer à se dégrader dans de telles proportions, il faudra l’armée ».

Dans les quartiers nord de Marseille, on en est là : c’est la guerre des gangs des trafiquants de drogue, la tuerie, les litiges qui se règlent au gros calibre, l’enchaînement d’assassinats à la kalachnikov.

Dix-neuf morts en moins d’un an, abattus à l’arme de guerre, exécutés dans des règlements de compte sauvage avant que leur voiture ne soit brûlée et les indices dispersés. Des bandes enfouraillées comme des porte-avions qui ouvrent le feu en plein jour, en pleine rue et assassinent impunément.

Est-ce que l’on imagine ce que cela représente pour les habitants ? Est-ce que François Hollande et Valérie Trierweiler qui se remettent difficilement du psychodrame d’un tweet imaginent seulement ce que cela peut signifier au quotidien ?

Des hommes et des femmes qui rentrent chez eux la peur au ventre, qui ne vivent plus, qui ont peur d’une balle perdue ou de la voiture folle d’un tueur. Peur pour eux et pour leurs enfants.

C’est la mafia de la drogue qui règne en maître là-bas et l’économie de la dope. Ce laboratoire du grand banditisme fabrique des castes, des notables, des fortunes parfois, qui achètent ainsi une conduite, une nouvelle virginité, des réussites sociales. On parle bien de Marseille, la ville de Raimu et de Pagnol, pas du cartel de Medellin.

Pour faire réagir l’Etat, c’est une bombe que lance l’élue du terrain, Samia Ghali (les arrondissements dont elle est maire viennent d’être classés parmi les Zones de sécurité prioritaire du ministère de l’Intérieur) : « Aujourd’hui, face aux engins de guerre utilisés par les réseaux, il n’y a que l’armée qui puisse intervenir. Pour désarmer les dealers d’abord. Et puis pour bloquer l’accès des quartiers aux clients, comme en temps de guerre, avec des barrages. Même si cela doit durer un an ou deux, il faut tenir. Ça ne sert plus à rien d’envoyer un car de CRS pour arrêter des dealers. Quand dix d’entre eux sont arrêtés, dix autres reprennent le flambeau. C’est comme combattre une fourmilière. Après ce nouvel été sanglant, il faut que les vérités soient dites. Je pense que les autorités ne mesurent pas la gravité de la situation (…) La vérité, c’est qu’aujourd’hui, le premier employeur des jeunes dans certaines cités, c’est le trafic de stupéfiants. La drogue fait vivre des familles entières. Les armes prolifèrent. On se tue pour un oui ou pour un non. Si rien ne bouge, on se dirige tout droit vers un système à l’américaine, avec des gangs qui se font la guerre sur des territoires où la loi n’a plus cours. »

La sénatrice-maire souhaite aussi un retour « d’une forme de service militaire » permettant aux jeunes de sortir de leur quartier « pour apprendre la discipline » et « découvrir un autre univers, une autre réalité que celle de la cité ».

Sa belle harangue à l’adresse de sa famille d’idée socialiste, championne de la culture de l’excuse, épidermiquement allergique à la seule pensée du tout sécuritaire et de la tolérance zéro, n’a pour le moment recueilli que des cris d’indignation de la part des membres du gouvernement qui lui répondent police de proximité et densification des services sociaux…