Crash Froideconche

Le Pays

Par Jean Becker le 04/10/2012

Le lieutenant-colonel Tung-Yi Wang, aux commandes d’un Mirage 2000-5 F de la BA 116 de Luxeuil, est mort dans le crash de son avion, hier matin, non loin du village de Froideconche, en Haute-Saône, juste après son décollage. Le pilote taïwanais se serait sacrifié pour que l’avion ne s’écrase pas sur les maisons.

« Nous avons perdu tout contact avec le pilote deux minutes après son décollage de la BA 116 », affirmait hier soir le colonel Gilles Bertrand, commandant de la base aérienne de Luxeuil/Saint-Sauveur, lors d’une conférence de presse donnée sur le tarmac de la base en présence du général Hugues Neret, représentant l’Armée de l’Air.

L’avion, un Mirage 2000-5 arrivé à Luxeuil en août 2011, a décollé de la BA 116 et s’est écrasé à quelques kilomètres, à l’orée d’un bois, près d’un étang, sur la commune de Froideconche, à une centaine de mètres d’une maison.

Le pilote, le lieutenant-colonel Tung-Yi Wang, de nationalité taïwanaise, âgé de 37 ans, totalisait 1800 heures, dont 1500 sur Mirage 2000-5. Il aurait, selon des témoins à Froideconche, tout fait pour éviter les maisons. Au dernier moment, il aurait essayé de s’éjecter. Sébastien Galmiche, qui travaillait à la fonderie qui se trouve à proximité du crash, s’est rendu immédiatement sur les lieux de l’accident et affirme avoir vu le parachute du pilote déployé. Ce qui veut dire que le siège éjectable aurait bien fonctionné, mais trop tard. Le pilote aurait dirigé jusqu’au dernier moment son appareil vers les bois. « Il nous a sauvé la vie », souligne le patron de la fonderie.

L’avion a littéralement explosé en touchant le sol. L’un des enquêteurs sur place expliquait qu’il y avait des débris sur des centaines de mètres. Aussitôt après l’accident, les gendarmes de l’air, ainsi que les pompiers dépêchés sur les lieux, ont installé un périmètre de sécurité sur un rayon de 500 mètres du point d’impact. En effet, le Mirage 2000-5, qui venait de décoller, avait emporté près de 7000 litres de kérosène et environ 250 obus. « Quatre avions ont décollé de la BA 116 en patrouille pour une mission d‘entraînement », explique le colonel Gilles Bertrand. Les quatre appareils devaient venir se reposer à Luxeuil. Le pilote taïwanais était le quatrième de la patrouille. « Son avion était chargé de munitions dans la mesure où il était en état d’alerte ». Il transportait notamment 250 obus de 30 mm destinés à alimenter deux canons qui, précise le colonel, « n’étaient pas armés ». En effet, cet avion, qui était en alerte aérienne, devait être prêt à décoller pour se mettre en posture permanence de sécurité dans le cadre de la défense aérienne.

Le pilote taïwanais appartenait à l’escadron de chasse 2/4 Cigognes, un des escadrons les plus prestigieux de l’armée de l’air française, qui a fêté vendredi dernier son centenaire sur la BA 166.

Le colonel Gilles Bertrand a affirmé hier soir que la pollution due au kérosène, qui s’était répandu dans l’étang de Labbé, au lieu-dit « le Bois d’Emery » était entièrement circonscrite grâce à l’effort des services spécialisé du service départemental d’incendie et de secours de Haute-Saône, qui ont disposé deux barrages pour contenir le carburant.

Par ailleurs, des équipes de démineurs ont sécurisé le site, notamment à cause des munitions afin que les enquêteurs puissent se rendre sur les lieux du drame en toute sécurité. Des gendarmes de la brigade des accidents de l’air, basés à Villacoublay, sont arrivés sur les lieux en hélicoptère pour déterminer les circonstances de ce drame, qui endeuille la base aérienne, mais aussi toute la famille du pilote, qui était domicilié à Luxeuil depuis plus d’un an, son épouse Thing-Yi et sa petite fille Zhe-Shin.

Le porte-parole du Sirpa Air, le colonel Jean-Pascal Bonnet, a souligné que l’officier taïwanais était un pilote confirmé. « Il était en France dans le cadre d’un accord technique entre la France et Taïwan. Il y a dans l’armée de l’air un certain nombre d’étrangers qui viennent voler. On a un accord technique qui a conduit à accueillir un pilote à Luxeuil ».