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Atlantico

Entretien avec Vincent Laborderie, chercheur à l'Université Catholique de Louvain, Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure le 17/10/2012

Flandre ou Catalogne, ces régions invoquent des motifs économiques pour justifier des revendications d'indépendance. Ces combats politiques représentent plus que jamais une préoccupation à l'échelle européenne, l'Union ne pouvant pas concevoir des morcellements de pays. Les motivations réelles des électeurs sont pourtant souvent éloignées des discours pour lesquels ils votent.

Atlantico : La question des régionalismes puis des indépendances régionales en Europe ont longtemps été considérées comme minoritaires voire ridicules. Pourtant, la victoire électorale des indépendantistes à Anvers, mais aussi les manifestations catalanes tendent à montrer que la situation n’a jamais été aussi proche de la scission. Ce risque est-il réel ?

 

Vincent Laborderie : Pas du tout. En réalité, cette victoire, il n'y a pas signe d’une volonté majoritaire de scission entre la Flandre et la Wallonie. Des études universitaires très sérieuses sont menées régulièrement et elles montrent que le pourcentage des véritables indépendantistes se monte à 15%. Depuis 2007 et le début de la crise, ce chiffre n’a pas augmenté. Bien que la victoire de la N-VA, le parti indépendantiste, ait été spectaculaire, l'indépendance complète de la Flandre reste n'est quasiment pas abordé dans le débat public en Belgique. Le parti sait parfaitement qu’il ne s’agit pas d’une volonté populaire réelle. La NVA veut une autonomie beaucoup plus forte plutôt qu'une véritable indépendance.

 

Ce vote exprime surtout un ras-le-bol général de la façon dont est faite la politique belge et l’envie de soutenir un leader politique qui est probablement le meilleur communiquant de toute la scène politique flamand, un véritable tribun qui s'appuie sur un discours populiste. La N-VA a aussi su se placer sur le créneau d’une droite conservatrice qui n’existait pas, entre les Chrétiens démocrates - conservateurs sur le plan social mais centristes avec une aile à gauche importante au niveau économique - et les Libéraux qui sont eux très ouverts sur les sujets de société comme le mariage gay ou le vote des étrangers mais très à droite économiquement. Ce vote ne démontre en aucun cas un véritable projet majoritaire de scission et encore moins un rejet des francophones.

 

Dans le cas de la Catalogne face à l’Espagne c’est un peu différent. Après les récentes manifestations de Barcelone qui ont regroupé près de 500 000 personnes, les sondages montrent une volonté indépendantistes d’environ 50% des catalans. Cependant, derrière ces chiffres, il est complexe de comprendre l’objectif réel des indépendantistes. Le plus probable me semble être que le véritable objectif est plutôt d’aller vers une autonomie toujours plus grande afin de garder le contrôle des flux financiers et de leur attribution. Je ne suis pas convaincu que le gouvernement catalan cherche vraiment à quitter purement et simplement l’Espagne. Le véritable risque dans tout cela est le refus presque total de discussion du gouvernement de M.Rajoy qui créé une cristallisation favorable au sentiment indépendantiste. Mariano Rajoy se forge une posture intransigeante dans ce contexte de crise et d'austérité. Il pense que s'il cède sur ce sujet, il finira par céder pour beaucoup d'autres choses.

 

Que les torts soient reprochés à la Wallonie, à l’Andalousie ou encore à la Sicile, ils sont presque toujours économiques. L’indépendantisme est-il donc plus économique qu’idéologique, d’un égoïsme régional ?

 

Il est indéniable que la question financière est presque toujours lourdement liée à la montée des indépendantismes notamment dans les pays peu centralisés politiquement. Les revendications d’Italie du nord par exemple ont moins de portée à cause du fait de l'absence de régions autonomes. En Belgique, il ne faut pas non plus oublier la question de la cohérence politique. La Flandre vote majoritairement à droite et la Wallonnie majoritairement à gauche. Au delà des transferts d'argent Nord-Sud, cela donne un argument à Bart de Wever pour donner plus d'autonomie aux régions. Dans le cas de l’Ecosse, par exemple, le motif économique est quasiment inexistant, l’Ecosse n’est pas plus riche que le reste du Royaume-Uni, au contraire même. Une fois de plus, que ce soit en Catalogne ou ailleurs, l’égoïsme économique pousse vers l’autonomie plutôt que vers l’indépendance totale. Agiter le drapeau de l’indépendance est plutôt un moyen de faire peur, un argument politique destiné à faire plier le gouvernement central.

Imaginons pourtant que l’un de ces pays arrive à la situation critique de la scission comme ce fut le cas de la Serbie-Montenegro. Quelle forme prendrait cette scission ? Les nouveaux états seraient-ils automatiquement inclus dans l’UE ou au contraire exclus ?

L’exemple de la Serbie et du Monténégro est très révélateur de la politique de l’Union Européenne à ce sujet. De manière générale, l’UE est très réticente à toute nouvelle indépendance pour la simple et bonne raison que tous les pays ont peur pour leur propre intégrité territoriale. La question a d’ailleurs été posée à Monsieur Barroso au Parlement européen et sa réponse a été très clair : il n’y aura aucune intégration automatique, le nouvel État devra déposer sa candidature comme n’importe quel autre qui voudrait intégrer l'Union. Le nouveau candidat devra donc normalement remplir toutes les conditions économiques d’adhésion mais devra surtout se soumettre à la condition d’accès politique qui est l’acceptation par les autres États membres.

Il est donc peu probable qu’un Etat qui se serait autoproclamé indépendant sans accord avec le gouvernement central soit admis au sein de l’UE, il pourrait même être complètement boycotté. Dans le cas de la Serbie et du Monténégro, l’UE s’était imposée dans la discussion avec pour objectif d'empêcher la scission. Une fois qu'il est apparu que ce n'était plus possible, elle l'a encadré en étant aussi restrictive que possible. Il est donc presque impossible de voir apparaître des déclarations d’indépendances intempestives sans qu’il n’y ait eu de longues négociations éventuellement encadrés par l'Union Européenne. Ce n’est surement pas le parlement catalan qui déclarera l’indépendance du jour au lendemain.