Koen DillenPolémia

Fils de Karel Dillen, le fondateur du Vlaamsblok, Koen Dillen, ancien député européen, est écrivain et essayiste aussi bien en néerlandais qu’en français. Il donne ici son éclairage sur les élections belges du 14 octobre qui ont été marquées par la percée du parti nationaliste N-VA, au détriment du Vlaaamsblok et des partis centristes. Pour la première fois depuis un siècle Anvers va échapper au Parti socialiste.

Polémia.

Par Koen Dillen le 20/10/2012

La N-VA premier parti flamand

Les élections municipales de dimanche 14 octobre en Belgique ont consacré, dans la partie nord du pays, la victoire de la jeune formation nationaliste et conservatrice N-VA et de son président charismatique Bart De Wever qui triomphe dans la ville d’Anvers : son parti y obtient un résultat de 37,8% des voix contre 28,6% pour la liste du maire sortant, le socialiste Patrick Janssens, qui s’était allié pour l’occasion, en vain, aux maigres troupes restantes des chrétiens-démocrates de la métropole. On observe aussi une percée de l’extrême gauche du PVDA (anciennement maoïste), qui obtient 4 sièges, et un bon résultat des Verts, les deux partis profitant du discrédit qui a frappé le maire auprès de l’électorat immigré et a également affaibli les sortants.

De Wever a réussi son pari : ancrer définitivement sa jeune formation dans le paysage politique flamand afin de préparer les échéances électorales qui s’annoncent. La N-VA fut jusqu’à dimanche 14 octobre un géant aux pieds d’argile. Elle a réussi à se débarrasser de ses pieds d’argile. Elle est le premier parti de Flandre.

Le Vlaams Belang, victime de l’usure et de la concurrence…

Le grand perdant de ces élections est le Vlaams Belang, fondé en 1977 et longtemps un des partis nationalistes les plus en vue en Europe. Le Vlaams Belang avait obtenu près de 34% aux élections municipales de 2006 mais franchit aujourd’hui à peine la barre des 10% : une déconfiture et un effondrement dont on voit mal comment le parti de Filip Dewinter pourra se relever, d’autant que la chute ininterrompue du Vlaams Belang a commencé en 2008 lorsqu’un nouveau président, Bruno Valkeniers, qui n’avait ni les qualités humaines ni les qualités politiques nécessaires pour diriger un parti politique, a succédé à Frank Vanhecke qui était à sa tête depuis 1996 et l’avait mené à sa victoire historique de 2004.

La cause de cette défaite est triple. Je vois d’abord deux raisons extérieures.

D’abord il faut souligner l’incontestable talent de Bart De Wever, combiné à un humour corrosif et sa relative nouveauté dans le paysage politique. De Wever, historien de formation, est un habile animal politique qui a su éviter les provocations et les vulgarités inutiles qui contaminaient depuis trop longtemps le style du Vlaams Belang. Il profite aussi de l’usure de ses dirigeants dont certains sont en place depuis un quart de siècle. Parallèlement, force est de constater que le fameux « cordon sanitaire » des partis dits « démocratiques » contre le Vlaams Belang a fini par payer.

Les électeurs se détournent du Vlaams Belang parce qu’ils voient qu’il existe aujourd’hui une alternative crédible qui peut se targuer de vraiment peser sur l’échiquier politique voire d’obtenir des résultats politiques concrets. L’espoir des nationalistes et des électeurs flamands de voir devenir la Flandre indépendante n’est plus une simple chimère, grâce à Bart De Wever. Historiquement, les mérites du Vlaams Belang ne sont pas négligeables, il ne faut pas l’oublier : le Vlaams Belang a osé aborder les sujets tabous de l’immigration et de l’islamisme et a maintenu pendant de longues années dans le cœur de milliers de nationalistes la flamme de l’indépendance flamande.

…et des divisions internes

Malheureusement, cette analyse ne serait pas complète si l’on ne mentionnait pas la troisième et peut-être la plus importante raison qui explique cette nouvelle défaite du Vlaams Belang : elle a trait au fonctionnement interne du parti et à des querelles humaines.

Car quand seul le « clan anversois » a fini par contrôler l’appareil et les finances du Vlaams Belang, quand ce même « clan anversois » a de plus en plus accaparé les places et les responsabilités au sein du bureau politique et des autres instances dirigeantes, quand ce même « clan anversois » a lancé, par jalousie, une croisade contre la talentueuse nouvelle recrue Marie-Rose Morel qui avait rejoint le parti en 2004 après un passage dans les rangs de la N-VA et qui savait séduire de nouveaux électeurs en leur proposant un nouveau style, plus civilisé, sans renier les fondements du programme mais osant dire que de nouveaux cadres devraient pouvoir obtenir des responsabilités, et, finalement, quand ce « clan anversois » a continué à poursuivre Marie-Rose Morel de sa vindicte lorsqu’elle est tombée gravement malade, beaucoup de gens de qualité, à commencer par son président d’honneur Frank Vanhecke, ont quitté, amers et dégoûtés, une formation que certains d’entre eux avaient servie pendant trente ans. Des centaines de milliers d’électeurs ont suivi.

Le Vlaams Belang meurt aujourd’hui de son impuissance. Il meurt aussi de son arrogance. [NDLR : Rendant compte, en 2007, de la très belle cérémonie d’obsèques de Karel Dillen, fondateur du Vlaamsbelang, Jean-Yves Le Gallou avait, avec prémonition, fait allusion à un tableau de Rubens, présent au Musée d’Anvers : « Minerve terrassant la discorde ». Comme le FN en 1999, le Vlaams Belang n’a pas su terrasser la discorde.]

Les médias en guerre contre la N-VA

Mais la relève est assurée avec la N-VA. D’ores et déjà, les médias essaient de boycotter ce parti en lui réservant un traitement moins neutre qu’aux autres partis, les Verts, les socialistes du SP.a, les chrétiens-démocrates du CD&V et les libéraux du VLD. Des analyses « sociologiques » doivent démontrer que la N-VA est d’extrême droite. L’ancien premier ministre et actuel chef de groupe des libéraux au Parlement européen Guy Verhofstadt déclame que le nationalisme – entendez le programme de la N-VA – mène aux chambres à gaz. Bart De Wever a déjà été traité de « négationniste » dans la presse francophone, ses origines familiales sont « suspectes », on insinue qu’il « ne montre pas son vrai visage », on le dépeint comme « froid et asocial » voire « inféodé aux chefs d’entreprise flamands ». Bref, la chasse aux sorcières est ouverte, même s’il est difficile de l’enfermer lui aussi dans un cordon sanitaire : la ficelle serait un peu trop grosse.

La presse nationale et internationale a bien compris que le résultat historique de la Nouvelle Alliance flamande change la donne.

Les hommes politiques wallons l’ont compris aussi, semble-t-il.

Après « l’apéro » en 2012, le « plat principal » en 2014 ? Vers une scission de la Belgique ?

Quand les premiers résultats de la N-VA sont tombés, Francis Delpérée, éminent constitutionnaliste et chef de groupe du chrétien-démocrate CDH (Centre démocrate et humaniste) au Sénat, a réagi en prédisant que le succès fracassant des nationalistes flamands lors de ces municipales ne serait que « l’apéro », le « plat principal » devant suivre en 2014 quand auront lieu, le même jour, les élections européennes, législatives et flamandes. C’est à ce moment-là, estime F. Delpérée, que la N-VA deviendra incontournable et pourra imposer des réformes qui risquent d’aboutir à une scission de la Belgique, avec, d’un côté, une Flandre indépendante et, de l’autre côté, un Etat Wallon-Bruxellois.

Francis Delpérée et d’autres analystes avec lui sont convaincus que ce scénario devient de plus en plus probable et c’est pourquoi le sud du pays se prépare à ce qu’on appelle maintenant le « plan B ». Si aucun compromis entre Flamands et francophones n’est plus possible, si les institutions devaient être paralysées durablement, l’Europe devra accepter pour la Belgique un scénario confédéral voire tchécoslovaque, c’est-à-dire l’indépendance flamande.

Ce serait la meilleure solution pour sortir de l’impasse. Il y va de l’avenir et de la prospérité des Flamands et des Wallons.