Fillon CopéLe Point

Par Ségolène de Larquier le 11/12/2012

"C'est la semaine de la dernière chance pour obtenir un nouveau vote", soupire un partisan de François Fillon. Alors que le conflit à l'UMP est entré dans sa quatrième semaine, Jean-François Copé et François Fillon semblent décidément loin de trouver un accord pour sortir de la crise. Les deux rivaux se sont retrouvés mardi soir pour un cinquième entretien à huis clos à l'Assemblée nationale. Sans surprise, ce tête-à-tête de 35 minutes - qui s'est déroulé dans le bureau de François Fillon - a débouché sur une impasse. Les rivaux ont constaté calmement leurs désaccords sur la sortie de crise à l'UMP. François Fillon a exhorté Jean-François Copé à revoir sa position et à prendre en compte les voix qui s'élèvent pour réclamer un nouveau vote des adhérents UMP avant l'été. Lequel a répondu qu'il avait besoin de temps. Pour la forme, l'ultime rencontre devrait avoir lieu la semaine prochaine, histoire de ne pas annoncer la rupture avant le second tour des élections législatives partielles qui a lieu dimanche dans l'Hérault, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne.

Un blocage définitif semble donc prendre forme, puisque les duellistes ont toujours des positions inconciliables tant sur la nature que sur la date du nouveau vote pour la présidence de l'UMP. Sur Europe 1 mardi matin, le député de Paris a exigé que les adhérents UMP soient consultés rapidement et il a fixé l'été prochain comme nouvelle date butoir. Jusqu'à présent, il réclamait un nouveau vote "dans les trois mois". Si un nouveau vote avait lieu, François Fillon ne serait pas candidat et pousserait l'un de ses lieutenants. Mais Jean-François Copé refuse qu'un nouveau vote vienne annuler et remplacer celui du 18 novembre puisqu'il a été proclamé vainqueur de ce scrutin. Il propose donc de raccourcir son mandat de président - qui court jusqu'en novembre 2015 - en démissionnant après les élections municipales de mars 2014.

Accoyer organise un référendum

Tant que Jean-François Copé et François Fillon se parlent, on peut supposer qu'ils cherchent une solution pour sortir de cette crise vers le haut. Selon certaines sources, les rivaux auraient dernièrement tenté de conclure un accord politique (sur le partage du pouvoir, la révision des statuts du parti et sur la préparation de la primaire de 2016) avant de s'apercevoir que c'était impossible tant que la question du calendrier n'était pas résolue. Une chose est sûre : président proclamé mais contesté, Copé ne quittera pour rien au monde son fauteuil, même si les militants les plus en colère l'accusent d'avoir commis un "putsch". "Le temps joue pour Jean-François Copé : même s'il morfle en termes d'image, il a la marque, les statuts, les moyens pour l'investiture", juge un ancien ministre, neutre dans la bataille. "Copé tiendra bon jusqu'au bout. Il donne juste l'illusion qu'il travaille à une solution et qu'il est prêt à discuter avec Fillon", renchérit un copéiste.

Quant à François Fillon, il est toujours convaincu de s'être fait voler la victoire. "J'ai engagé un combat pour l'honneur de l'UMP. Mon problème n'est plus d'être déclaré vainqueur ou vaincu d'une élection à laquelle plus personne ne croit. Mon but est de rendre justice à nos adhérents" écrit-il dans une tribune publiée sur le site web du Figaro mardi soir. Le député de Paris compte sur la consultation des parlementaires UMP organisée mardi prochain au Palais-Bourbon par Bernard Accoyer pour faire céder son adversaire. L'ancien président de l'Assemblée vient en effet d'annoncer la tenue d'un référendum à bulletin secret auprès des parlementaires élus sous l'étiquette UMP sur l'organisation d'une nouvelle élection au printemps 2013. De quoi déloger Copé de son "bunker", espèrent les pro-Fillon. "Personne ne pourra s'opposer à ce qui aura été l'expression des parlementaires de notre famille politique. C'est à ce stade la meilleure solution de sortie de crise", juge le député Laurent Wauquiez. "Si jamais la majorité des parlementaires se prononce pour un nouveau vote rapide, ce sera difficile pour Copé de ne pas réagir. Il n'y aura pas de solution démocratique à cette crise sans un revote rapide", explique-t-on encore dans l'entourage de François Fillon. Dans les prochains jours, une rencontre des députés et des sénateurs pro-Fillon pourrait aussi être organisée pour faire une "démonstration de force".

Des moyens financiers pour le R-UMP

Dans les rangs du parti, nombreux sont ceux qui redoutent que l'actuelle guerre de position entre les deux camps se transforme en une "guerre totale". "Le statu quo est la solution la plus probable. Copé se dit qu'après la dinde de Noël tout se tassera", explique un ancien ministre. Jean-François Copé serait donc à la tête du parti tandis que François Fillon garderait la présidence de son groupe à l'Assemblée nationale, le Rassemblement-UMP. Mercredi matin, François Fillon et les 72 députés rattachés à son groupe devraient d'ailleurs se voir accorder par l'Assemblée nationale au minimum 47 000 euros par mois. "Son groupe permettra à François Fillon d'avoir une tribune politique et d'embaucher des collaborateurs", glisse un député UMP.

En attendant, les Xavier Bertrand, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet se voient bien dans la peau du "troisième homme" qui raflera la mise pendant que Copé et Fillon seront occupés à panser leurs plaies. Mais un ancien ministre ne cache pas ses craintes : "Si on voit passer dans la rivière les cadavres de Copé et de Fillon, le prochain cadavre sera celui de l'UMP."