Hollande Bouteflika Tierweiler

Présent

Par Jeanne Smits le 22/12/2012

Le mot de « repentance » n’aura donc pas été prononcé. Mais c’est tout comme. François Hollande, avec l’autorité que lui confère sa charge de président de la République française, est allé devant le Parlement algérien, devant ceux qui ont combattu la France, devant cette Algérie qui, « il y a cinquante ans, (…) s’arrachait à la France », devant des protagonistes ou des approbateurs d’une guerre menée à coups d’attentats, de massacres, d’atrocités commises sur la population civile – d’origine française ou algérienne – pour y dire son admiration pour ce combat. Pour le justifier. Pour le bénir comme une insurrection face à une tyrannie insoutenable : celle de la « colonisation ».

On comprend que chacun de ces mots sur cette histoire où la « vérité » officielle règne toujours ait été reçu par les applaudissements nourris du Parlement algérien.

François Hollande a voulu faire le parallèle avec l’issue de la Seconde Guerre mondiale. « De même que la France et l’Allemagne avaient été capables après une guerre tragique qui les avait opposées d’être les moteurs de la construction européenne, eh bien l’Algérie et la France peuvent construire aussi l’union, l’unité méditerranéenne de demain. »

Mais la France en position de vaincue, la France comme l’agresseur qui se serait débarrassée des responsables de son odieuse tyrannie, et la bonne Algérie conduite par ses combattants de la liberté…

Oui, François Hollande, parlant comme chef de l’Etat, s’est exprimé devant ceux qui assument pleinement l’héritage de huit ans d’horreurs, a glorifié cette Algérie « fière, consciente de ses forces », riche de sa jeune population, « dynamique », « en développement », « un pays courageux », qui grandit dans « la dignité et l’unité », « tous ces Algériens venus à travers plusieurs générations donner leur force de travail pour permettre à la France d’être ce qu’elle est aujourd’hui ».

Et la France ?

« La vérité je vais la dire ici, devant vous. Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. »

Voilà comment François Hollande écrit l’histoire. En tous points comme si les 132 années de présence française en algérie étaient une sorte de parenthèse d’occupation nazie dans la vie d’un peuple « libre et souverain » (mais qu’était « l’Algérie » d’avant la présence française sinon un conglomérat de territoires sous domination ottomane, livrée à la violence des Barbaresques ?).

Le parallèle est insupportable. Il est un affront. Il tente d’accabler la France de « crimes contre l’humanité ». Il grossit les erreurs, les fautes, les malheurs qui ont accompagné la présence française en Algérie – il y en eut comme dans toute entreprise humaine – pour les ériger en « système » qu’il est donc possible et juste de combattre à n’importe quel prix. Il oublie la force de pacification, de civilisation, de secours aux populations, d’enrichissement qu’aura été la France en Afrique du Nord, parce que ce sont là des tabous. Tout au plus François Hollande a-t-il salué les « Français d’Algérie », « instituteurs, médecins, architectes, professeurs, artistes, commerçants, agriculteurs qui, avec le peuple algérien, avaient su nouer, dans des conditions difficiles, intolérables parfois, des relations tellement humaines ». Ce sont les gentils qui ont su le rester contre « système », alors ? Laissez-nous rire !

Et l’inestimable richesse de la langue française enseignée, offerte et laissée comme un cadeau et une assurance d’existence sur la scène internationale ? Avec Léopold Senghor, Hollande voit une Algérie qui a « su se l’approprier comme un butin de guerre ».

Et les pieds-noirs ? « Tous ces Français nés en Algérie et qui sont partis dans les conditions que chacun connaît et avec le déchirement dont ils ne se sont jamais remis mais qui portent toujours je vous l’assure, l’Algérie dans leur cœur. » Les voilà presque complices de l’indépendance. Compréhensifs. Aidant la France à renforcer « cette passion d’être ce qu’elle est aujourd’hui ».

Et les harkis ? Mot absent, mot tabou. Et absent de cette phrase du Président : « La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie. Voilà, nous avons le respect de la mémoire, de toutes les mémoires. Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture. »

Ne rêvez pas. Si Hollande a pensé aux « massacres » des harkis, c’est uniquement pour les taire. Et la « torture », on sait de quel côté il la voit.

Si c’est ainsi qu’il veut ouvrir une « nouvelle page » des relations franco-algériennes, faites de circulation facilitée et de relations économiques beaucoup plus étroites, qu’il ne parle pas de « vérité ».