NofriSIEL

Par Gaël Nofri, responsable du RBM sur Nice le 25/12/2012

Le projet de mariage et d’adoption pour les homosexuels est un de ces débats délicats pour lesquels chacun sent bien que la réponse est évidente, mais où beaucoup tentent de complexifier l’énoncé de la question afin de justifier leurs atermoiements, voire leurs compromissions… la peur de ne pas être à la page, de ne pas appartenir à la petite communauté des gens biens !

La palme en la matière revient sans doute au sémillant Bernard Cazeneuve pour qui « Il s’agit de tenir un engagement dicté par notre conception de la République. » Les grands mots sont donc de sortie, l’appel aux valeurs sacrées, les soldats de l’an II, les Moulins de Valmy et Victor Hugo sur son rocher de Jersey… tout donc plaiderait pour ce fameux texte.

On avait bien compris qu’avec le terme « mariage pour tous », repris avec une complicité certaine par toute la Presse, il s’agissait de convoquer aux agapes des bons sentiments et de la République outragée la sacro-sainte « Egalité » afin de renforcer un peu l’argumentation faiblarde et blafarde des partisans du texte, jusqu’alors arc-boutée sur le « droit à l’Amour ».

Il serait facile de faire remarquer que l’Egalité n’est pas remise en cause puisque tout homme peut aujourd’hui se marier et qu’à ma connaissance aucune femme ne naît avec l’obligation de demeurer toute sa vie durant célibataire… sauf que la Loi exige, pour tout le monde, de le faire avec un individu du sexe opposé. De même pour ce qui serait du respect des sentiments : tout prouve, et notamment l’Elysée, que l’on peut s’aimer en dehors du mariage.

Ce serait facile, mais en réalité, nous le savons tous, le débat n’est pas là. Le débat, et Monsieur Cazeneuve a bien raison sur ce point, porte sur la République (le modèle de société aurais-je préféré écrire) que nous voulons. Le véritable débat, pour moi, c’est ce que représente le mariage pour nous. Faut-il le rappeler, le mariage est une institution, avec son origine, son sens, son histoire, son acceptation sociale. Il n’est pas seulement une histoire d’amour, ce n’est pas un simple contrat de gestion de fortune, c’est autre chose, c’est quelque chose de beaucoup plus grave, plus profond, plus symbolique. Pacte Civile de Solidarité, union libre, concubinage qu’importent ce ne sont là que des créations ad hoc faites pour l’instant et sans symbolique aucune. Mais le mariage républicain, héritier de notre identité chrétienne, c’est la force et l’ossature de notre société, il signifie quelque chose, le dénaturer serait en changer le sens, et avec lui notre vision de la société tout entière. Le mariage c’est la base de la famille, c’est la cellule première de la société ; comme elle, il a vocation à se tourner résolument vers la vie, la préservation de celle-ci, la perpétuation des générations, la construction d’un avenir pérenne qui nous ressemble.

Or, la nature est ainsi faite que deux hommes ou deux femmes ne peuvent pas faire d’enfants. Ces derniers ont besoin dans leur développement et la construction de leur identité d’un père et d’une mère, de cet équilibre qui, s’il n’est pas toujours parfait, demeure absolument essentiel.

Alors, peut-être, qu’une extrême minorité d’homosexuels désireux de se marier se trouve aujourd’hui frustrée par l’impossibilité qui est faite aujourd’hui de se marier, d’avoir des enfants… Peut-être, mais la Loi n’a-t-elle pas pour vocation de protéger d’abord le bien public face aux caprices communautaristes de quelques uns ; de protéger l’intérêt du plus faible, l’enfant à venir, face aux passions du plus fort…

Sauf à considérer l’homosexualité comme une maladie, ce que je ne crois pas, il convient de la considérer comme un choix de vie et de sexualité. Or, dans un système libre comme celui dans lequel nous évoluons, dans un système « républicain » puisque tel est le mot du Ministre, chaque choix entraine forcément des conséquences et chaque individu a le devoir d’assumer les conséquences de ses choix : point de liberté sans responsabilité !

Une fois encore, les existentialistes qui ont fait main basse sur le pays et le débat d’idée depuis tant et tant d’années voudraient faire comme si… comme si rien n’avait d’importance, comme si l’on pouvait choisir son sexe, l’imposer à la société, se construire (ou se détruire) en dehors de toute réalité, de toute vérité… passer outre l’essence de ce que nous sommes !

C’est pour cette raison que cette prétendue réformette est une révolution.