Suisse_romande_carteLes Observateurs

Par Uli Windisch le 17/12/2012

François Hollande  vient de faire acte de repentance en Algérie pour plus d’un siècle  de colonisation.

En fera-t-il de même lorsqu’il viendra en visite en Suisse, à la demande de notre ( naïve et trompeuse ?) ex-présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf ?

Comment cela ? s’excuser? s’excuser pour quoi ? Pour les brutales et parfois illégales pressions sur notre pays qui ne sait plus se défendre, situation dont Hollande profite pour exiger toutes sortes de mesures permettant de faire rentrer de l’argent dans son pays ? Alors même qu’il n’accepte pas nos propositions qui, elles,  lui rapporteraient à coup sûr beaucoup d’argent.

Non, vous n’y êtes pas. Contrairement à la colonisation de l’Algérie, la colonisation de la Suisse romande serait culturelle. « Notre » radio vient en effet de consacrer un bout d’émission spécial au fait qu’un grand nombre de responsables culturels nommés à la tête de  nombre de nos institutions culturelles sont français. Serait-ce là une nouvelle forme de colonisation?

Les causes de la présence française massive ?

Diverses causes ont été évoquées à cette présence française massive : La France est presque dix fois plus peuplée, le réservoir de personnel disponible plus important. Ensuite, il existe en France toutes sortes de formations culturelles qui n’existent pas en Suisse et ces spécialistes mieux formés seraient plus indiqués. Ces éléments d’explication sont certes à retenir.

Il y a sans doute aussi quelque chose de l’ordre du snobisme chic de certaines de nos autorités pénétrées du politiquement correct internationaliste.

Et le complexe d’infériorité suisse, et l’autoflagellation…

A quoi il faut encore ajouter cette espèce de complexe suisse doublé d’un manque de confiance, voire d’autodénigrement,  puissamment entretenu par bien des intellectuels, écrivains, et autres gens dits de culture, qui n’ont qu’un désir ; se faire reconnaître à Paris, fuir la Suisse et une fois partis et établis ailleurs, parler de la Suisse en termes négatifs. Un exemple récent : le dernier  « Samedi culturel » du journal Le Temps (22.12.2012) qui demande  à une personne active dans le domaine culturel de questionner une dizaine d’artistes, d’intellectuels et d’écrivains sur la Suisse. A quelques rares exceptions, on se trouve face à une critique automatique et mécanique du pays. Tel écrivain tient même à rappeler que : « ces derniers temps, j’ai dû comme jamais auparavant avoir honte du pays et me justifier », etc, etc. Bref un intellectuel suisse, ou dit tel, doit se montrer critique envers son pays, et profiter de s’autoflageller un petit coup ; de montrer que la Suisse n’est « qu’ennui, tristesse et imprégné d’un matérialisme forcené », qui bien sûr n’est pas favorable à l’épanouissement culturel.

Face à ce courant négativiste, si quelqu’un développe, à l’opposé, un travail qui montre la richesse et les atouts de nombre de caractéristiques culturelles, linguistiques et politiques et autres de ce petit pays, caractéristiques en plus admirées et enviées par nombre d’autres pays, il sera tout de suite considéré comme conservateur, réactionnaire, nostalgique de temps révolus,  décalé, hors sujet, etc. Or, des enquêtes sérieuses et fondées, montrent régulièrement le contraire de ce qu’affirme cette gent culturelle. Est-elle mélancolique ou déprimée ? ou les deux à la fois ? Ces enquêtes  montrent en tout cas que la Suisse est et reste toujours très admirée et enviée.

Ces lamentos ne peuvent pas faire oublier qu’ il existe évidemment de grandes oeuvres, actuelles et surtout passées, qui restent des références et qui sont constamment revisitées, relues, revues, etc. A quand de telles œuvres chez nos actuels déprimés pour qui, chez l’un «La Suisse, c’était la non-vie » ; « il y avait cette laideur de la médiocrité » ; la bourgeoisie, c’est la mort vivante », etc.  Certains n’arrivent même pas écrire en Suisse…

D’autres pourtant y ont produit des chefs-d’œuvre.

Un tel climat rend plus difficile le travail de ceux qui veulent aller à contre-courant ou tout simplement explorer des mondes moins déprimants et qui n’ont pas besoin du réflexe pavlovien qui leur fait croire que seule la fuite stimulera leur impuissance.

C’est sans doute aussi une question de génération, car des créateurs existent. Il faut les encourager. Ils ne doivent pas se laisser intimider par ceux qui chercheront à les culpabiliser.

Nous nous réjouissons d’ailleurs de contribuer à les mettre en valeur et à les faire connaître davantage.

Retour à la colonisation culturelle, à la prétendue absence de têtes pour les postes culturels importants et d’écrivains établis marquants.

Partout ailleurs les colonisés relèvent la tête et ne passent plus leur temps à s’auto-dévaloriser. Ils affirment leurs spécificités et enrichissent ainsi le concert et le patrimoine culturel mondial.

Il y a un autre domaine qui est lui réellement touché par la colonisation. Les médias, qui ont posé cette question, en sont eux-mêmes les premières victimes.

Dans certaines émissions de « notre » radio et de « notre » télévision, un réflexe amène nombre de journalistes à se tourner quasi automatiquement et mécaniquement vers la France,  surtout vers Paris évidemment, lorsqu’ils cherchent un avis d’expert. Ce réflexe est tellement ancré qu’ils ne se rendent même plus compte de leur comportement, un peu comme les colonisés qui intériorisaient leur statut inférieur imposé. Jusqu’au jour où ces derniers ont passé au stade de l’affirmation. Passons sur le fait que sont choisis par nos médias en bien plus grand nombre des experts de gauche et « progressistes », les rares références de droite étant surtout convoquées  pour tenter de montrer que l’on n’est pas monomaniaque.

Que l’on nous comprenne bien (même si certains ne le veulent en aucun cas !),  il ne s’agit nullement de s’opposer aux invitations d’experts étrangers. C’est l’ampleur du phénomène qui pose problème et ensuite le fait que l’on ne prend pas la peine de chercher également parmi  les innombrables compétences présentes par exemple dans nos propres Hautes Ecoles. On retrouve toujours ce complexe d’infériorité, cette tradition d’autodénigrement et de manque de confiance en soi. En plus cela fait tellement plus chic d’inviter un expert français ou, mieux, de pouvoir faire un déplacement à Paris plutôt que de se rendre à l’Université d’à côté.

Plus généralement, il est vrai que la sous-estimation de soi et le manque de confiance vont souvent de pair avec une admiration béate pour tout ce qui vient d’ailleurs. C’était là aussi la mentalité du colonisé  avant qu’il ne prenne conscience de sa propre richesse et spécificité.

Même situation pour la francophonie

J’avais attiré l’attention sur ce même type d’attitude dans le domaine de la francophonie(ici). Pour la France, la défense de la francophonie passe encore bien souvent par la nécessaire et automatique adaptation unilatérale, de type ethnocentrique, de tous les autres pays et communautés francophones à « la France modèle », alors que ces autres communautés francophones ont pris conscience depuis longtemps de leur spécificités et de leur contribution originale et de plus en plus déterminante à la francophonie.

De même, le fait que les médias francophones, de Suisse, de Belgique, et d’ailleurs, invitent des personnalités françaises, va de soi pour la France, de même que pour nos «néo-colonisés». Mais l’invitation de francophones suisses ou de belges de la part des médias français apparaîtrait aujourd’hui encore comme une incongruité, une singularité ethnologique, alors qu’il est évident que de tels spécialistes existent dans toutes les communautés francophones et que de tels échanges et invitations réciproques contribueraient à renforcer la francophonie dans son ensemble. Dont profiterait donc aussi la France !

Oui des formes de néo-colonialisme culturel et médiatique existent bel et bien, même en Suisse. La solution ne réside pas dans un renfermement sur soi, nostalgique, protecteur, défensif, mais bien dans des échanges plus fréquents et surtout réciproques.

C’est la fin de la circulation culturelle à sens unique qui est revendiquée ici et non un renforcement du repli sur soi.

Réservons une surprise à F. Hollande

Lorsque François Hollande viendra en Suisse, il pourra bien sûr s’excuser pour ce néo-colonialisme culturel et médiatique français, puisqu’il aime tant la repentance et l’excuse. Mais, plus concrètement, nous pourrions lui donner une longue liste de noms de Suisses francophones qui pourraient être de temps en temps invités dans les médias français et nommés à des postes importants en France, plutôt qu’une liste de Français qui ont fui leur pays parce que le fisc les saignait à blanc et les décourageait d’entreprendre et d’investir dans leur propre pays.