Melanchon grimaceValeurs Actuelles

Par Geoffroy Lejeune et Arnaud Folch le 10/01/2013

En berne dans les sondages, le président du Parti de gauche a enchaîné les échecs depuis la présidentielle.

C’est l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf. “Révélation” de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon s’était promis de « tous les bouffer ». Nicolas Sarkozy et l’UMP, à qui il rêvait de « régler leur compte » ; Marine Le Pen et le Front national, dont il prophétisait « l’effondrement » ; François Hollande et plus encore le Parti socialiste, condamnés à voir fuir vers lui son électorat populaire ; ses alliés communistes, dont il allait siphonner les voix au profit de son Parti de gauche… C’était le temps où Mélenchon culminait, en mai 2012, à 46 % de cote d’avenir dans le baromètre mensuel TNS-Sofres-Figaro Magazine.

Huit mois plus tard, le même est retombé à 30 % : 16 points de perdus. Et au moins autant de désillusions. Certains l’avaient prédit : « Il va s’enfermer dans une opposition stérile », confiait ainsi à Valeurs actuelles, peu avant le premier tour, Jean-Vincent Placé, le président du groupe Europe Écologie-Les Verts au Sénat. Opposant stérile : le mot est cruel, mais résume, ô combien, ce que Mélenchon est devenu. Opposant stérile, il l’est face à tous ceux qu’il voulait faire chuter. La droite, d’abord, contre lequel il n’a pas prise. Lors de la législative partielle de décembre dans les Hauts-de-Seine, et malgré la désaffection des électeurs socialistes, le candidat du Front de gauche n’a progressé que d’un point (6,2 %) contre le député UMP sortant – et réélu – Patrick Devedjian.

Opposant stérile, Mélenchon l’est aussi vis-à-vis de Marine Le Pen. Non seulement il a été (largement) devancé par la présidente du FN à la présidentielle, mais encore celle-ci l’a-t-elle éliminé, dès le premier tour, lors de l’élection législative d’Hénin-Beaumont. « Le PS et le FN, c’est Plouf et Chocolat ! », pérorait-il quelques jours avant son échec. Et son appel, la mort dans l’âme, à voter pour le candidat socialiste.

C’est face à ce PS, son ancien parti, que le président du Parti de gauche se révèle le plus stérile opposant. Comparant Hollande à Louis XVI, Mélenchon n’a eu de cesse, depuis huit mois, de tirer à boulets rouges sur celui qu’il a, à contrecoeur là encore, soutenu au second tour. Le nouveau chef de l’État ? « Pourquoi s’entête-t-il à faire une politique qui échoue partout ? » Ayrault ? « Un problème. » Le gouvernement ? « Il n’est jamais l’allié des salariés. » Le PS ? « Un astre mort. » L’affaire Mittal ? Une « pantalonnade médiocre »

France 2 – tout un symbole ! – est allée jusqu’à le choisir, lui, l’ex-électeur de Hollande, pour débattre lundi dernier face à Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget. Rien, pourtant, n’y a fait : si l’exécutif n’a cessé de dégringoler dans les sondages, le “peuple de gauche” n’a pas fait pour autant de Mélenchon son “recours”. Au contraire : c’est chez les sympathisants socialistes, sa cible, qu’il a le plus chuté… Comme le résume Benoît Hamon, au diapason des électeurs de gauche : « Mélenchon ne sert à rien. »

Opposant stérile, Mélenchon l’est enfin avec le Parti communiste. Là encore, il n’est pas parvenu à ses fins. C’est Pierre Laurent, le numéro un du PC, qui occupe le poste de président du conseil national du Front de gauche (union des communistes et du Parti de gauche). Le PC, également, qui truste les élus. Qui dirige les groupes parlementaires à l’Assemblée et au Sénat. Qui négocie avec le pouvoir. Le Parti communiste a beau ne pas compter de ministres au gouvernement et s’être opposé à nombre de ses textes, il devrait prochainement être admis aux petits déjeuners de la majorité à Matignon. Dont Mélenchon est exclu. Aux municipales de 2014, le PC le sait, pour conserver ses derniers bastions mieux vaudra passer des alliances avec le PS qu’avec les amis de Mélenchon…

Inoffensif pour ses ennemis, lâché par ses amis

Non stérile, en revanche, est l’opposition qu’il rencontre désormais dans son propre parti. Cofondateur du Parti de gauche, Marc Dolez vient de le quitter, à l’unisson de centaines de militants. Son réquisitoire dans Libération est implacable. Sur la stratégie suivie par Mélenchon qui « critique le plus souvent le président de la République » au lieu de « s’attaquer à la droite ». Mais aussi sur son style, préférant « l’outrance du verbe » aux « propositions ». « Des membres fondateurs, assure Dolez, il ne reste plus que les amis de Mélenchon. » Idem, demain, pour ses électeurs ?