Marine et une partie de son équipe

L'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 14/01/2013

Comme l’a excellemment analysé mon camarade Leroy dans ces colonnes vendredi dernier, le FN a passé une semaine un peu agitée sur fond de débat sur le mariage gay. Jérôme a très bien expliqué pourquoi il n’est pas dans l’intérêt de Marine Le Pen de participer à la surenchère politique à laquelle se livrent PS et UMP, tout heureux de ressusciter le vieux clivage droite-gauche. De ce constat, mon confrère en conclut que la présidente du Front National « a choisi de ne pas choisir, ce qui n’est pas forcément, d’un point de vue tactique, la plus mauvaise solution ».

Qu’on me permette tout de même de poursuivre cette réflexion déjà entamée depuis quelques jours, en l’enrichissant des entretiens que j’ai pu avoir avec certains acteurs de la pièce, qu’ils dirigent tout en haut, ou qu’ils votent tout en bas.

Primo, l’entourage de Marine Le Pen est-il colonisé par un lobby gay ? Cette question, à la vérité, est scandaleuse et on ne peut que l’approuver quand elle s’en scandalise elle-même. On savait que Minute, journal habitué aux unes provocantes, luttait avec persévérance contre la marinisation des esprits frontistes. Mais voilà que la une du titre ultra-droitier est reprise avec entrain par des organes plutôt inattendus. On a ainsi pu entendre Christine Boutin fustiger la non-participation de Marine Le Pen à la manifestation du 13 janvier et déplorer l’influence de ce prétendu lobby gay qui en serait la cause. La présidente du PCD -lequel ne survit que grâce aux subsides de l’UMP- devrait plutôt balayer devant sa porte. Si le président en titre de l’UMP défilait ce dimanche, d’autres, à l’instar de François Fillon, ont imité Marine Le Pen. D’autres membres de ce parti, de surcroît, participeront à la manifestation du 27 janvier soutenant le projet de loi.

On a aussi pu lire Nicolas Lebourg, un chercheur en histoire, classé à gauche et spécialiste de l’extrême droite, valider la thèse de Minute, expliquant que Marine Le Pen était devenue une icône gay à l’instar de Dalida. Comme si un homosexuel (ou un hétérosexuel) agissait en politique, votant et/ou militant, en fonction de son orientation sexuelle ! Il a été rejoint par Eric Zemmour qui a également questionné Marine Le Pen sur ce point, faisant référence à la chanteuse de Bambino. On l’imagine, tiens, le DJ d’une boîte du Marais, troquant Salma ya Salama1 contre le dernier discours de la patronne frontiste place des Pyramides ! Nicolas et Eric2, vous n’avez pas honte ?

Secundo, Marine Le Pen tenterait-elle d’imiter la stratégie hollandaise de Fortuyn et Wilders ? Jérôme Leroy semble y croire légèrement, évoquant « l’hédonisme sécuritaire » théorisé par Brustier et Huelin. Je le suivrai pas sur ce terrain là. Le PVV néerlandais est ultra-libéral sur le plan économique. En ce sens, son libéralisme moral est tout à fait cohérent avec cette vision du rôle de l’Etat dans l’économie. Le FN mariniste, quant à lui, est devenu étatiste. Bien que n’ayant pas appelé à la « manif’ pour tous », il est unanimement opposé au projet de loi, et appelait, lors de la dernière élection présidentielle, au déremboursement de certaines IVG. Si, aujourd’hui, on devait trouver un équivalent français de Geert Wilders, il faudrait davantage aller du côté de Jean-François Copé, beaucoup plus libéral que la présidente du FN et qui épouse aujourd’hui – au moins dans les discours – les préoccupations identitaires.

Tertio, cette décision de ne pas manifester risque-t-elle de mécontenter son électorat ? Florian Philippot nous affirme le contraire. Arguant de sa connaissance du terrain3, il explique que les électeurs marinistes ne lui parlent pas du mariage pour tous mais de l’insécurité et du chômage. Les études d’opinion tendent à lui donner largement raison. Les « nouveaux électeurs » marinistes4, que j’ai interrogés ne tiennent pas rigueur à la présidente frontiste de sa stratégie même s’ils auraient préféré qu’elle se joigne à la manifestation dont ils trouvent la chef de file, Frigide Barjot, beaucoup plus estimable que les intégristes de Civitas, avec lesquels Bruno Gollnisch manifestait en novembre dernier.

Ces réactions montrent que le duo Marine Le Pen-Florian Philippot a pris la bonne décision de son point de vue, en dépit de tout ce qui a pu être écrit la semaine dernière. Le jeune numéro 2 du FN s’est même payé le luxe de dénoncer le dossier de Minute consacré au « lobby gay » en des termes particulièrement choisis. Celui dont Jean-Marie Le Pen dit, avec une once de regret dans la voix, « qu’il passe beaucoup dans les médias » a été dépeint comme le vaincu de la semaine passée. Nous n’y croyons pas une seconde. Ce dont nous sommes certains, en revanche, c’est qu’il est un des grands vainqueurs de l’année politique 2012. Certes, et bien qu’il minimise ce point, certains aux FN ne lui facilitent pas la tâche, président d’honneur en tête. Mais nous ne sommes plus en 1999. On ne coupera plus la tête des numéros 2 au Front National5. Pour une bonne et simple raison : le numéro 1 a changé.

  1. Oui ! J’ai vu Pédale douce.
  2. Je précise que j’apprécie l’un et l’autre avec lesquels j’ai toujours eu du plaisir à échanger.
  3. Florian Philippot insiste beaucoup, lors de ses dernières interventions, sur ses visites hebdomadaires en Moselle. Les portraits de techno qu’on fait de lui commenceraient-ils à l’agacer ?
  4. Nous les avons choisis péri-urbains, plutôt féminins et n’ayant jamais voté FN avant 2012.
  5. À ce propos, il paraît que le dernier livre du chercheur que nous avons quelque peu éreinté dans ce papier est excellent. Nous renvoyons volontiers à sa lecture :  Dans l’ombre des Le Pen. Une histoire des numéros 2 du FN. Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard. Ed. Nouveau monde. 8€.