Bamako MaliL'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres -à ma connaissance- du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici

Boulevard Voltaire

Par José Meidinger le 20/01/2013

Beaucoup de commentateurs qui palabrent ou écrivent sur l’Afrique ont lu « Tintin au Congo » ou visionné d’un œil distrait « La Légion saute sur Kolwezi ». Mais la plupart n’y ont jamais mis les pieds, si ce n’est pour le Paris-Dakar ou les parasols du Club Med…

Sans vouloir vous décliner mes états de service, il se trouve que l’Afrique ne m’est pas totalement inconnue. J’y ai passé quelques années de ma vie professionnelle, journaliste en coopération auprès des autorités gabonaises souhaitant à l’époque publier un quotidien national digne de ce nom. En réalité, je fus le « nègre » contraint et forcé de la presse du parti unique gabonais et le scribe réquisitionné d’un conseil de ministres auquel je n’assistais pas. C’était ça ou le retour au régiment de chars à Mourmelon…

L’intervention de nos troupes au Mali se situe, bien sûr, à un autre niveau, mais elle s’inscrit dans une même logique des effets dévoyés de la Françafrique. Que ce soit modestement pour la presse ou plus sérieusement pour la guerre, en Afrique, il faut toujours intervenir à la place de nos amis africains, se substituer à eux qui ont pris l’habitude que « le blanc fasse le travail ». Ou bien jouer au « souteneur », comme au Gabon où c’est l’héritier de la dynastie Bongo, Ali le fils controversé, que nous portons à bout de bras et confortons par notre présence militaire… Comme nous venons de conforter au Mali un gouvernement issu d’un putsch en mars 2012, secouru in extremis par nos troupes qui, en Afrique, ne sont jamais très loin…

Certes, au Mali, il y avait péril en la demeure : il valait mieux que les islamistes les plus radicaux ne puissent pas prendre le pouvoir à Bamako ; il valait mieux frapper fort et tout de suite, pour éviter que la case ne brûle. Mais il aurait encore mieux valu que les pays africains, toujours prompts à nous faire la leçon, envoient immédiatement leurs propres troupes, pour prendre la relève. L’Algérie la première, qui compte près de 1 400 km de frontières avec le Mali, aurait pu s’éviter, en intervenant préventivement, que le conflit ne s’exporte sur son territoire. La prise d’otages devrait lui faire réviser fissa sa doctrine stratégique de non-intervention.

Outre cet engagement contraint et forcé, les renforts africains ne se bousculent pas au portillon. On signale cependant que le salut pourrait venir du Togo, dont 40 valeureux guerriers sont arrivés ce jeudi à Bamako, et du Ghana qui annonce généreusement l’envoi de… 120 soldats « formés et bien équipés pour la tâche à accomplir »

Et la tâche à accomplir est plurielle : lutter contre le péril islamiste sous toutes ses formes, assurer la sécurité de nos compatriotes, voilà au moins deux bonnes raisons que nous avions d’intervenir. On est moins disert sur la troisième, le nerf de la guerre en quelque sorte, qui est la protection des intérêts occidentaux dont la France demeure le gendarme vigilant sous les cocotiers. « L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur ; la France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant » avait ironisé un jour l’ineffable feu Omar Bongo.

Le pétrole, nul n’en disconvient, c’est le Gabon ; le gaz, c’est le Cameroun ; alors que le Mali est actuellement le troisième producteur d’or en Afrique et que son sous-sol recèlerait entre 5 000 et 11 000 tonnes d’uranium. Avec celui du Niger voisin, ce précieux minerai devrait ravitailler nos centrales nucléaires qui alimentent l’essentiel de notre réseau électrique (il en a bien besoin en ce moment…). Alors, honni soit qui Mali pense ? Ce détournement de la devise de l’ordre de la Jarretière fleurit actuellement sur les sites opposés à l’intervention française au Mali. Sans partager leur hostilité, il n’est pas superfétatoire de s’interroger sur ce « maliwar », en se disant que décidément, la Françafrique a encore de beaux jours devant elle…

Une Françafrique avec laquelle Hollande avait pourtant voulu rompre en octobre dernier dans son discours de Dakar en proclamant que « cette époque était révolue ». Bien mal lui en prit, comme à son prédécesseur… Dakar, décidément, ne réussit pas à nos glorieux chefs de tribu gaulois qui, pas plus que l’homme africain, ne sont encore « entrés dans l’Histoire ».