Bulletins FN 2VSD

Par Julie Gardett le 23/01/2013

Séduits par Marine Le Pen, les homosexuels sont de plus en plus nombreux à adhérer au parti d’extrême droite, divisé à l’heure du débat sur le mariage pour tous.

Marine a un peu le cul entre deux chaises », convient Stéphane Lorménil, un Lorrain de 46 ans, encarté au FN depuis 1986. « Elle ne veut pas se fâcher avec l’électorat gay, explique-t-il, il y a des gays au Front qu’il ne faut pas froisser et ceux de la droite dure, comme Bruno Gollnisch, qu’il faut ménager. » Début 2011, ce militant avait créé la page Facebook Gay et FN, qu’il a dû supprimer fissa… avant d’en créer une autre, Gays et patriotes, plus politiquement correcte. Jusqu’au dernier moment, certains militants déboussolés ont espéré que Marine Le Pen battrait le pavé parisien lors de l’importante manifestation organisée le 13 janvier contre le mariage pour tous. Las ! La leader du Front a brillé par son absence. Marine Le Pen n’a pas appelé à manifester, le bureau politique si. Un grand écart qui en dit long sur les dissensions internes, à quelques jours de débats qui s’annoncent houleux à l’Assemblée nationale.

Sur France Culture, Florian Philippot, vice-président du parti, affirmait que les électeurs du FN étaient « 50-50 » sur la question du mariage pour tous. Et les frontistes gays ? Damien, un Bordelais de 20 ans encarté au FN depuis trois ans, en couple, est « ouvertement pour » : « Le gouvernement socialiste doit être courageux pour faire passer la loi. Je l’encourage. » Certains de ses petits camarades lui ont conseillé… de prendre sa carte au PS. « Je ne vois pas pourquoi deux personnes du même sexe n’auraient pas le droit de se marier, on n’a pas choisi d’être comme ça ! », clame Nicolas, rencontré dans le quartier du Marais, à Paris. Cet étudiant de 21 ans, inscrit en septembre au FN, sort depuis neuf mois « et demi » avec Mickaël. Il est pour le mariage, l’adoption et la PMA, mais contre la préférence nationale qui lui « fait trop penser à la xénophobie ».

Mickaël, son copain, secrétaire FN et FNJ des 1er, 2e et 4e arrondissements de Paris, suit la ligne officielle du parti. Quoique. Il est contre le mariage pour tous, « mais s’il n’y avait pas d’autres problèmes plus urgents comme la crise, on pourrait en discuter ». Contre l’adoption et la PMA, il ajoute que « les homos sont autant capables que les hétéros d’élever des enfants. Le problème, c’est le regard des autres ». Même son de cloche mitigé chez Stéphane Lorménil. Papa d’une fille née d’un passé hétéro, le militant est contre le mariage gay, mais « s’il est voté, ça ne va pas perturber ma vie. Les hétéros continueront à faire des enfants, je ne vois pas en quoi la famille est en danger ». Stéphane Lorménil est blessé que le débat soit entaché de relents antigays, y compris dans son propre parti : « J’ai fait remonter des copies d’écrans homophobes de responsables départementaux au bureau politique, mais le Front fait l’autruche. Je n’ai pas manifesté car je ne voulais pas défiler avec les groupuscules d’extrême droite qui confondent zoophilie, pédophilie et homosexualité. »

Note BYR : Le titre est provocateur à souhait. Il n'y a absolument pas de "gay pride" au sein du mouvement national.On connaît mes opinions quant au "mariage pour tous" et à ce qu'il amènera par la suite. Toutefois, chacun est bien libre de vivre comme il l'entend et il faut bien dire que ces militants frontistes sont assez courageux. De plus, il me semble beaucoup plus utile de se rassembler que de s'exclure comme certains voudraient le voir. GS.