Cameron DavidPrésent

Par François Franc le 26/01/2013

Est-il possible qu’on prenne davantage les Européens, et en premier lieu les Français et les Britanniques, pour des imbéciles ? Il n’y a guère d’autre explication cependant aux réactions européennes au discours du Premier ministre britannique (Présent d’hier), sauf à supposer que nos politiques soient tous de sinistres crétins. A commencer par François Hollande…

Qu’a donc dit David Cameron, qui tourneboule tellement les cervelles ? Rien ! Il n’a fait que se prononcer contre l’isolationnisme et pour l’Union européenne – « Je veux que l’Europe soit un succès » –, demandant simplement un plus grand équilibre en son sein, de peur que le fossé qui se creuse entre l’Europe et ses citoyens ne devienne tel que la Grande-Bretagne n’ait plus d’autre choix, pressée par son opinion publique, que d’en sortir.

Ah ! certes, David Cameron s’est prononcé en faveur d’un referendum sur la question. « Un aller simple, sans retour. » Et cela fait frémir un grand nombre de ses partenaires.

Et pourtant, ce qu’a déclaré le Premier ministre britannique ne contredit en rien son allégeance européenne. « Quand nous aurons négocié un nouvel accord, a-t-il en effet affirmé, nous offrirons aux Britanniques un referendum avec un choix très simple : rester au sein de l’UE sur cette nouvelle base ou en sortir complètement. Ce sera un referendum sur l’appartenance ou non à l’UE. »

Quand… Car ce n’est pas pour tout de suite. Il le dit clairement : « (…) enfin, si vous nous reconduisez au pouvoir, nous autres Conservateurs, aux prochaines élections », et le situe fin 2017 au plus tard.

C’est finement (?) joué. Parce qu’en 2014, se posera la question de l’indépendance de l’Ecosse ; et que si Edimbourg faisait sécession, l’Angleterre, qui compte la majeur partie des eurosceptiques, pourrait bien, dans le même mouvement, dire bye à Bruxelles.

Et parce qu’en 2015 David Cameron espère bien remporter de nouveau les élections, pour rester au pouvoir. En appâtant sa droite eurosceptique, et notamment l’Ukip et son leader Nigel Farage, avec un referendum à venir après les élections, David Cameron peut escompter obtenir leurs voix. Non que les eurosceptiques soient naïfs. Mais, comme l’observe Nigel Farage, « il laisse le génie sortir de sa boîte ». A l’Ukip de savoir saisir l’occasion…

Entre-temps, le Premier ministre espère bien obtenir quelque hochet de ses partenaires européens, histoire de pouvoir dénaturer l’intérêt du referendum promis. Oh ! certes pas, comme il a feint de le promettre, quelques « rapatriements de compétences » – qui ont fait hurler certains de ses partenaires – puisqu’il est impossible, en l’absence en tout cas d’un nouveau traité le prévoyant, que Bruxelles y consente jamais. Mais peut-être en discutant quelque exception britannique, comme Londres en a, depuis des décennies, une sorte de coutume. Par exemple dans la mise en place de la fameuse taxe sur les transactions financières, serpent de mer longtemps contesté, mais finalement mis sur les rails cette semaine, du moins pour onze Etats-membres – dont la France fait bien sûr partie… Si la Grande-Bretagne n’est pas encore concernée, le FMI l’a bien compris, qui lui propose de… tempérer la rigueur…

A Davos, qui a débuté dans la foulée, David Cameron a cependant tenté de calmer l’émoi de certains de ses partenaires. « Il ne s’agit pas de tourner le dos à l’Europe, bien au contraire. Il s’agit de savoir comment parvenir à une Europe plus compétitive, plus ouverte et plus flexible, et assurer la place du Royaume-Uni en son sein », a-t-il affirmé. Un discours qui n’est pas, il faut le noter, tout à fait inaudible pour Angela Merkel, qui, mercredi, se disait « prête à discuter des souhaits britanniques ». Bref ! à aider son homologue à satisfaire, au moins en apparence, ses compatriotes.

Cela n’ira pas plus loin, quoi qu’il en soit. Et Bruxelles l’a bien noté qui, au lieu de joindre ses piaillements à ceux de certains dirigeants européens, a salué, par la voix de Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission européenne, « la déclaration sans équivoque du Premier ministre indiquant qu’il veut maintenir la Grande-Bretagne dans l’Union européenne ».

Ainsi, David Cameron espère-t-il gagner sur les deux tableaux, avec son discours, prononcé cinq jours après son report sine die, destiné à calmer son opposition, tout en rassurant Bruxelles. Une sorte de porridge pour les chats – ou de claptrap, comme disent les Britanniques.

Il pourrait ainsi organiser un plagiat, digne de son homonyme réalisateur, du referendum organisé pour les Français et les Néerlandais en 2005, mais qui aurait au moins l’avantage de le dédouaner vis-à-vis de son opinion publique.