Plume écriture 1L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membree du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

« La France Orange Mécanique », un fourre-tout mal fait…

Par Marie Delarue le 29/01/2013

Avec « La France Orange mécanique », Laurent Obertone a voulu nous plonger dans la réalité criminelle où la France, dit-il, a sombré avec la complicité de la justice et des élites. Pourquoi pas. L’idée en soi est bonne, mais hélas son livre est extrêmement mal fait. C’est un fourre-tout, quelque chose qui ne sait pas se situer entre article-fleuve, essai ou pamphlet.

Essentiellement, Obertone a passé le râteau sur les faits divers qu’il aligne au fil des pages pour démontrer que nous vivons un temps d’horreur absolue auprès de quoi tout ce qui a pu se dérouler dans le passé n’est que du pipi de chat. Il en est sûr : l’homme est intrinsèquement mauvais, les enfants sont des ordures, la justice est pourrie, le gouvernement est nul, les Arabes et les Noirs sont tous des assassins et, sans la criminalité, la France ne serait pas en déficit (sic). Il bombarde des statistiques sans les étayer par un référencement correct et, de chemins de traverse en raccourcis, il balance à tout va des assertions fumeuses comme des vérités d’évidence (c’est sans doute ce que certains louent comme un « humour » extraordinaire ?). Globalement, il n’y a pas de réflexion calme et étayée, et encore moins de pistes vers des solutions pour sortir de cet enfer où nous sommes tous supposés vivre. En effet, à part la prison pour tous et les camps de rééducation pour les autres, on ne voit pas bien ce qui serait susceptible d’apaiser les angoisses funestes et atrabilaires de ce jeune homme.

Plus que Houellebecq ramené ici dans l’arène – et quel rapport y a-t-il entre ce bouquin et un roman de Houellebecq, sinon qu’on a reproché à ce dernier de haïr l’islam ? –, Laurent Obertone lorgnerait plutôt du côté de Céline, mais il est bien loin d’en avoir le souffle. Et pas non plus celui de Philippe Muray dont il se réclame aussi. Surtout, on ne sait pas – lui le premier, semble-t-il – ce qu’est ce livre, sinon un fourre-tout à vocation apocalyptique qui ressemble plus à une interminable compilation de faits divers qu’à un essai. En cela, on serait tenté d’avancer l’idée que c’est un livre dangereux. Non pas, comme l’affirme l’auteur, parce qu’en révélant des vérités que tout le monde s’applique à cacher il déjouerait le « grand complot » qui nous menace, mais parce qu’il va alimenter la boîte à fantasmes déjà pleine du café du commerce. Le complotisme a ses limites et l’on ne peut prétendre faire un portrait objectif de notre société en se bornant à la recension exclusive des crimes et délits qui s’y commettent. Avec la même technique, on pourrait tout aussi bien en brosser un tableau parfaitement idyllique qui ne serait pas plus honnête.

Bref, et pour finir : si ce jeune homme de 28 ans voit réellement la vie comme il prétend nous la décrire, il ferait mieux de courir se jeter dans la Seine toutes affaires cessantes ! Et qu’il se console : on ne lui veut aucun mal.

Obertone« France Orange mécanique » : la réponse de Laurent Obertone

Par Laurent Obertone le 31/01/2013

Chère Marie Delarue,

Pardon, mille fois pardon de vous incommoder à table avec mes victimes et mes fait divers — 10 % du livre — qui sont là pour illustrer la réalité dans toute sa chair, réalité que nos médias compilent depuis des décennies avec autant d’égards que les résultats du Tiercé, la météo ou les cotations boursières.

Votre critique m’embarrasse. On a beau être le meilleur des alpinistes : on ne peut pas escalader une plaine. Si j’avais écrit que « les Arabes et les Noirs étaient tous des assassins », pensez-vous que les gens de SOS racisme seraient encore en train de se curer le cervelet avec mon livre ?

« Les pistes vers des solutions », pas besoin d’avoir fait l’ENA pour les entrapercevoir : on constate qu’il manque des places de prison, on constate que le laxisme est catastrophique, on constate qu’une nation hétérogène se porte bien plus mal qu’une nation homogène, on constate que la morale progressiste nous pousse au suicide… Qu’en concluez-vous ? Dois-je vous démontrer que 1 + 1 = 2 ?

Je ne sais pas si je dois me réjouir d’avoir, dans mon « fourre-tout », détaillé la dépendance intellectuelle dans laquelle se débattaient nos concitoyens, tant celle-ci semble irrémédiable. L’Homme sait qu’il sait ce qu’il sait. Vous êtes, chère Madame, l’incarnation du contraire. La preuve que les mal-comprenants ne comprennent pas qu’ils ne comprennent pas.

C’est une « angoisse funeste » d’exiger de la société qu’enfin elle remplisse son devoir de sécurité, en nous épargnant par tous les moyens de croiser la route d’individus qui ne demandent qu’à nous réduire la tête en steak tartare ?

En bonne artiste contemporaine, vous dites que « la France orange mécanique » est un livre « dangereux ». Je prends acte que, selon vous, l’ensauvagement de la France est infiniment moins dangereux que le livre qui ose en parler.

Vous dites carrément que je suis un « complotiste ». Les fantômes, les ovnis et l’insécurité, même combat ? L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, les criminologues, les policiers, les victimes, les citoyens inquiets, tous des illuminés. Il n’y a pas de prisonniers, que des innocents sacrifiés. Que vous répondre, Madame, sinon que la secte des yeux ouverts vous salue.

La criminalité ne dit absolument rien de notre société, c’est évident. En 1950, on ne brûlait pas de voitures pour fêter le réveillon. En 1950, on ne tabassait par les gens qui n’avaient pas de cigarette. En 1950, on ne violait pas collectivement les adolescentes en fugue. Mais tout ça ne veut rien dire, on ne va tout de même pas commencer à analyser les choses, à se servir de faits pour poser un diagnostic, ce serait empirique, tout à fait contre-utopiste. La criminalité s’est officiellement multipliée par 7 depuis le laxisme judiciaire et l’immigration massive, c’est le cas dans tous les pays d’Europe, mais tout ça relève du hasard le plus total. Allez, je le dis pour vous : « faut pas généraliser ». « Padamalgam ».

J’entrevois dans votre terreur des « fantasmes » celle de la réalité qui, justement, ne peut plus être enfermée à double tour dans le café du commerce. Les monstres engendrés par l’utopie progressiste font chaque jour plus de dégâts. Vos mensonges seront chaque jour plus grossiers et suicidaires. Mais, rassurez-vous, c’est votre monde à vous qui est installé aux manettes. Ce n’est pas moi qui suis garde des Sceaux. Ce n’est pas moi qui ai annoncé lundi qu’on ne parlerait plus de récidive mais de « recondamnation », qu’on ne parlerait plus de réinsertion mais de « facteurs de désistance », et qu’on ferait tout pour encore moins enfermer les criminels qu’on n’enferme plus.

Non, chère Marie, je ne me jetterai pas dans la Seine, même si j’ai bien compris que c’était votre prescription essentielle. Je suis bien trop occupé à regarder la France s’ensauvager, et les miens se zombifier.

Je crois qu’en fin de compte votre amour des squelettes habillés vous a trahi.