Guillotine Paris 1900

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Joris Karl le 10/03/2013

Il était une fois une bourgade oubliée, assoupie dans un coin de Bourgogne, entre Chalon et Beaune : Chagny, un peu plus de 5 000 âmes au compteur. Chagny, son pensionnat catho, son port de plaisance, ses bons vins tout autour et surtout… son « Bamboula » !

Rien que ce nom, c’est un coup de tournevis au fond des oreilles chastes.

Il faut le voir pour le croire. Chaque année, lors de la mi-carême, se tient une fête à l’ancienne, avec des reines couleur locale, des chars décorés et un défilé où rivalisent les jolis déguisements. C’est là qu’intervient Bamboula, personnage « symbole du mal ». « Après le défilé, le deuxième dimanche, on exécute Bamboula. » explique sobrement le site internet de la ville. Vous vous rendez compte du dérapage ? Caroline Fourest vite !

Vigilant gardien des valeurs modernes, le Journal de Saône et Loire avait posé la dramatique question il y a quelques années : « Faut-il interdire Bamboula ? » ou au moins, changer son nom… À notre douce époque du « vivre ensemble », cet ignoble vocable nous rappelait en effet les heures les plus sombres. « Bamboula », ça puait le colonial, ça sentait le racisme à plein nez. Du coup, ces dernières éditions au moins, les organisateurs avaient eu l’intelligence de donner un visage blanc à Bamboula. La mini polémique n’avait pas fait long feu car une partie de la population aurait été choquée que les élus touchassent à la tradition, née… en 1947 ! Bamboula survécut finalement, contrairement aux biscuits du même nom dans les années 90.

Comme l’a bien souligné Laurent Obertone dans « France orange mécanique », la presse régionale est pleine de saveurs pour les historiens du présent. En lisant un nouvel article consacré à Bamboula (JSL du 8 mars 2013) on en est convaincu : la tradition perd encore une bataille. Ils n’ont pas encore eu la peau de Bamboula, mais celle de la guillotine dont on se servait pour le zigouiller !

« C’est la fin d’une tradition, une évolution avec le temps » écrit le journaliste. « Cette année, Bamboula ne sera plus guillotiné. Non, sa peine va le faire réfléchir pendant toute une année. » Taubira serait-elle passée par là ? Le président du comité de la Mi-Carême nous donne la raison de la modification : « Il n’y a plus la peine de mort en France et en plus, on guillotinait quelqu’un qui revenait l’année d’après. » Belle trouvaille et beau foutage de gueule. On espère qu’il ira dire aux Corses qu’il n’y a plus de décapitation de Maures en France et qu’il faudrait changer leur drapeau. Et puis cette « Marseillaise » de facho avec son « sang impur », ses jours sont comptés.

Plus de guillotine, bientôt sûrement plus de Bamboula. On l’appellera peut-être Kevin, ou François « pour ne pas stigmatiser ». Dans un village tout proche, une boulangerie sert toujours des « têtes de nègres ». Pour combien de temps encore ?