Marion Maréchal-Le Pen et Pascal Erre

L’hebdo du vendredi

Par Tony Verbicaro le 14/03/2013

Le rideau de fer du bar-restaurant d’une rue du centre-ville de Dormans est baissé. Devant, et dedans, on s’affaire, le service d’ordre est en place, les sourires sont sur les visages des propriétaires des lieux, visiblement ravis de la visite.

« Tout le monde la demande, Marion, en France, toutes les fédérations, et il y en a une centaine. Je suis très heureux qu’elle vienne dans la Marne. » L’accueil de Pascal Erre, patron FN dans la Marne, fait à Marion Maréchal-Le Pen, 23 ans, élue en juin dernier dans la troisième circonscription du Vaucluse, ne cache pas le réel bonheur qu’il a de recevoir la « troisième génération Le Pen du parti ».
En dehors de ses études – un master de droit public -, Marion Maréchal-Le Pen, 23 ans, « fait le boulot » de députée. Elle est membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. « Je fais ce déplacement dans la Marne avec beaucoup de plaisir. Je viens ici pour rencontrer les adhérents, pour me présenter, parce que je ne suis pas connue d’eux, aussi pour présenter le fonctionnement de l’Assemblée nationale, ou encore raconter des anecdotes personnelles. »

Et la cadette raconte l’évolution depuis ses premiers pas au palais Bourbon. « Au début, nous souffrions d’une politique de l’indifférence volontaire. Et puis au fur et à mesure, voyant le sérieux de notre travail, et que nous n’étions pas là par provocation, ni pour les effets de manche, mais que nous avions réellement du fonds, eh bien maintenant, on constate que certains députés me proposent des amendements à la co-signature, j’ai co-signé une proposition de loi, un député UMP a voté l’une de mes motions de renvoi en commission, certaines de mes propositions sont reprises par l’UMP… Maintenant, le gouvernement prend le temps de nous répondre, même si, je ne vais pas mentir, les réponses ne me satisfont pas. Certains restent irrattrapables et définitivement rustres comme M. Coppé, mais on ne souffre pas, très honnêtement, d’un ostracisme absolument abject. Il m’est même arrivé d’être applaudie lors d’une intervention dans le cadre du mariage homosexuel. Il y a une évolution, et c’est ça que je viens porter aux adhérents. »

Questionnée sur les propos récents du porte-parole d’Aube dorée, parti qui a fait son entrée au parlement à Athènes, souvent qualifié de néonazi, et qui présentait son organisation comme le Front national grec, Marion Maréchal-Le Pen réfute. Elle affiche la nouvelle identité du parti créé par son grand-père, présidé par sa tante : fréquentable. « C’est une ineptie. Nous n’avons absolument aucun contact avec l’Aube dorée en Grèce. »

On ne peut pas cacher qu’on va à la rencontre de Marion Maréchal-Le Pen avec beaucoup de curiosité. Famille, parti, jeunesse. Pascal Erre ne tarit pas d’éloges : « Elle travaille énormément, contrairement à un certain nombre de députés de la Marne, qui sont plus souvent en circonscription pour faire du clientélisme que pour faire leur travail de parlementaire. » Et la jeune fille confirme, mais avec ses mots, moins provocants, moins accusateurs : « Je ne serai pas dans une opposition dogmatique. Il m’est arrivé de voter pour des lois de gauche, comme le contrat de génération, ou de voter des amendements UMP. C’est quelque chose que m’a appris mon grand-père : la politique, ça s’incarne. Ça ne se fait pas avec des statistiques ou des études. Il faut partir du vrai, de la réalité du quotidien des gens. J’ai pu constater une évolution dans les questionnements des gens. L’Union européenne en fait partie, l’emploi reste la priorité. » « Marion a raison, renchérit Pascal Erre, l’Union européenne, c’est le problème numéro un des Français. Nous on veut changer d’Europe, non pas pour en sortir, mais pour un retour à l’Europe des patries, pas l’Etat fédéral qu’on est en train de construire au détriment des nos libertés et de notre souveraineté. (…) Préférence locale, préférence régionale, préférence nationale… Ou priorité nationale », finit Pascal Erre. Marion Maréchal-Le Pen n’insiste pas.

Le chemin du changement d’image sera encore long, différences de générations obligent.