Flamme grimpante

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Dominique Jamet le 26/03/2013

C’était en septembre 1983, il y a vingt-huit ans. Avec 17 % des voix, la liste conduite par Jean-Pierre Stirbois arrivait en troisième position au premier tour de l’élection municipale de Dreux, contraignant le candidat local du RPR à contracter une alliance inédite avec le Front national. Jusqu’alors marginal et groupusculaire, le parti de Jean-Marie Le Pen faisait une entrée fracassante sur le devant de la scène politique française, qu’il n’a plus quitté depuis. C’était, dans le ciel encore relativement serein de l’Hexagone, un coup de tonnerre. Tonnerre de Dreux…

Que retenir du second tour de l’élection législative de Beauvais, dimanche dernier ? Qu’il ne s’agit que d’une élection partielle dont il n’y a pas lieu de s’inquiéter autrement, et d’autant moins que le niveau élevé de l’abstention (65 % des inscrits) la prive de toute signification générale ? Ou que, d’un dimanche à l’autre, la candidate du Front national, dont on peut dire sans malveillance que la notoriété, dans la meilleure hypothèse, ne dépasse pas les limites de sa circonscription, a gagné 6.000 voix, soit vingt-deux points et qu’il ne lui a manqué que 800 suffrages, soit un point et demi, pour l’emporter sur son adversaire et créer l’événement ?

Certes, au vu des législatives de juin 2012, de la montée du Front national dans les sondages, du discrédit de la majorité et du président actuels et de la conjoncture générale, le succès inattendu et inquiétant de Mme Florence Italiani (c’est le nom de cette militante inconnue) peut s’expliquer, et cet afflux sur son nom confirme la porosité croissante et abondamment dénoncée entre la droite jadis républicaine et l’extrême droite toujours fasciste… Mais qu’est-ce que je raconte ?

Car ce que je viens d’écrire dans un moment de distraction, c’est le commentaire précuisiné — et aussi bien conditionné que des raviolis au cheval — que l’on aurait pu lire sous la plume des observateurs et autres politologues encartés dans les médias comme il faut, si ce second tour avait opposé le Front national et un candidat de gauche. Or, il n’en était rien puisque, dès le premier tour, la représentante du Parti socialiste avait été proprement éliminée.

Il est vrai qu’elle avait refusé, en dépit des consignes nationales, d’appeler à faire barrage à la bête immonde, et que Jean-François Mancel, vainqueur d’extrême justesse, est à la fois un symbole fort de la corruption de la classe politique et un partisan de l’entente avec… le Front national. Ce n’est donc pas des rangs de l’UMP que sont venus les milliers d’électeurs qui ont toutes réflexions faites préféré la peste blonde au choléra Sarkozy, mais bel et bien, pour l’essentiel, d’un électorat socialiste, mélenchoniste, communiste et populaire laissé en déshérence. Et ce comportement sans précédent, ce qui ne veut pas dire qu’il sera sans suite, en dit plus long que n’importe quel discours sur la déception, le désarroi, le désespoir de cette partie sans cesse grossissante de la population qui a vu sa situation se détériorer sous la droite puis s’aggraver sous la gauche, qui n’attend rien des uns et n’espère rien des autres, et qui n’adhère plus aux anathèmes et aux excommunications lancés par des prêtres faillis contre les hérétiques de l’extrême. Voilà pourquoi, à plus juste titre qu’en 1983, et dans un ciel chargé de nuages singulièrement plus menaçants, on peut de nouveau parler d’un coup de tonnerre.

Tonnerre de Beauvais.

Note BYR : Au soir du second tour de l'élection de Beauvais, j'ai écrit "en filigrane" que les socialistes n'avaient pas voté pour Florence Italiani. Oui, les socialistes encartés, ceux qui obéissent gentiments et avec loyauté au mot d'ordre donné par Harlem Désir. Ce n'est évidemment pas le cas des personnes qui, traditionnellement, votent à gauche, et je suis tout à fait d'accord avec Dominique Jamet qui nous parle là d'un coup de tonnerre.