Ecole elementaire

Le Point

Par Marie-Sandrine Sgherri le 26/03/2013

C'est un coup de téléphone arrivé un peu avant 18 heures à la rédaction du Point. Au bout du fil, d'une voix calme, une femme explique qu'elle occupe le bureau de la directrice de l'école Marie-Curie à Bobigny. Elle s'appelle Nathalie Le Balc'h et elle est déléguée des parents d'élèves de l'école où ses deux filles de 9 et 10 ans sont scolarisées. À Marie-Curie, la maîtresse d'un CM1-CM2 enceinte a été absente cinq semaines en raison de complications. Elle n'a pas été remplacée. Cinq semaines sans école pour les élèves. Puis elle est revenue. Depuis lundi, elle est de nouveau absente, jusqu'à son accouchement... en août.

 

Dans cette école de 13 classes, la directrice bénéficie d'une totale décharge de cours. Mais elle aussi va devoir s'absenter. Elle est atteinte d'un cancer et doit être opérée. Alors Nathalie Le Balc'h, de sa voix douce, nous explique qu'elle a l'intention de monter sur le toit de l'école, seule ou avec tous ceux qui voudront bien l'accompagner, et de n'en descendre que lorsqu'elle aura obtenu l'assurance qu'une solution sera trouvée.

5 classes sans maître jusqu'à la fin de l'année

La directrice de Marie-Curie s'appelle Véronique Decker. Nous lui avons parlé au téléphone. Voici son témoignage.

"Les parents d'élèves occupent mon bureau. Je ne peux plus y accéder. Mais ce n'est pas cela qui me gêne, ce sont les deux classes que j'ai sur les bras. Il y a encore deux semaines, je n'étais pas trop inquiète. Je comptais prendre le CM1-CM2. Et puis j'ai appris que j'étais malade. Ce n'est pas un rhume des foins. Voilà 30 ans que je travaille, et je n'ai pas pris trois mois de congé maladie en toutes ces années, mais là, je ne sais pas combien de temps cela peut durer. Cette école compte 13 classes, qui toutes se situent à l'étage. Il faut quelqu'un au rez-de-chaussée pour accueillir les parents et répondre à leur demandes administratives, trouver un traducteur pour les non-francophones, signer des certificats de scolarité... Cette école ne peut pas se passer de directrice.

Il n'y a plus de remplaçants. En ce moment, sur Bobigny, cinq classes sont sans maître jusqu'à la fin de l'année. Marie-Curie arrive en 6e position sur la liste. D'autres attendent depuis plus d'un mois. Au début de l'année, tous les remplaçants titulaires de la zone ont été affectés dans une classe. Les vacataires ont été épuisés à leur tour. On prend un remplaçant dans une classe pour le mettre ailleurs, alors que le titulaire n'est pas revenu. C'est fini. Le système est à bout. On ne peut pas former un enseignant en une nuit...

Si l'on ne trouve pas de solution, il y aura le feu. Les parents sont prêts à aller sur le toit de l'école, l'émotion est très forte ici. Vous savez, j'ai l'impression de vivre dans un territoire occupé, de payer des impôts à une puissance hostile. Je paye mes impôts, et il n'y a pas de police, pas de justice, il n'y a plus d'école, pas d'assistantes sociales, d'hôpitaux, de logements sociaux. Quand j'appelle le 115, on me répond : Madame, nous sommes complets. Cette femme dont vous nous parlez couchera dehors avec son enfant. Ça suffit, ça ne peut plus durer."