Engelmann FN Moselle

FN 57

Le 09/04/2013

A l’occasion de la sortie de son livre, Ne lâchons rien, et pour se faire une idée sur les véritables ambitions d’Edouard Martin, le nouveau syndicaliste chouchou des médias, « Minute » a interrogé Fabien Engelmann. Mosellan pur jus, ancien syndicaliste à la CGT et membre du Front national depuis 2010, il connaît bien ce lascar…

Minute: Edouard Martin déclare que le gouvernement socialiste, avec Jean-Marc Ayrault à sa tête, a trahi les ouvriers de Florange. Est-il vraiment crédible ?

Fabien Engelmann: Au second tour de la présidentielle, Edouard Martin et ses amis avaient organisé une soirée, et quand François Hollande a été élu, ils ont hurlé de joie. Et aujourd’hui, il se dit déçu du socialisme et crie à la trahison! Il faut qu’il arrête son cinéma. Comment peut-il s’estimer trahi alors qu’il partage les idées du gouvernement? En décembre dernier, à l’occasion d’une enquête de M6 sur Florange, qui doit être diffusée le mois prochain, j’ai été amené à débattre avec lui. Il s’est alors montré sous son vrai jour: un défenseur de la mondialisation et un partisan de l’immigration. Il est même favorable à l’ouverture de salles de prière musulmanes dans les entreprises. Alors après, il ne faut pas venir se plaindre. On récolte ce que l’on sème.

Dans la presse, Edouard Martin apparaît pourtant comme un syndicaliste déterminé, un chevalier blanc qui n’a qu’un but, sauver son usine ?

C’est l’image que véhiculent les médias. Sur le terrain, c’est autre chose. Edouard Martin a autour de lui un petit noyau d’agitateurs, mais la majorité des ouvriers a pris ses distances. Ils le soupçonnent de vouloir avant tout rouler pour lui. Quand il organise des rassemblements, ce sont des syndicalistes d’autres entreprises qui viennent faire la claque. Ça illustre la crise du syndicalisme, sa perte de crédibilité. Martin est un syndicaliste permanent, c’est-à-dire qu’il ne travaille plus, qu’il fait de la politique. Il est déconnecté de la base, il a perdu le contact avec les ouvriers. Et pour s’imposer, il fait régner une certaine terreur. Car l’homme est violent. Lors du débat que j’ai eu avec lui, quand je l’ai placé face à ses contradictions, il a voulu me sauter à la gorge!

Mais pourquoi, lors de la présidentielle, alors qu’en Moselle elle est très populaire, Marine Le Pen a-t-elle été décrétée « persona non grata » sur le site ?

J’avais personnellement proposé aux ouvriers de Florange de rencontrer Marine le Pen. Il faut savoir que dans la rue et à la porte des usines, quand on distribue des tracts du FN, beaucoup de mains se tendent… Mais là, les syndicats, la CFDT et la CGT en tête, ont promis une réception musclée. Il valait alors mieux ne pas tomber dans un traquenard et annuler cette visite. Marine Le Pen proposait pourtant une nationalisation temporaire de l’usine… Ce que Edouard Martin réclame aujourd’hui! La vérité, c’est qu’entre les syndicats et des partis comme le PS et l’UMP, en période électorale, il y a des accords, des petits arrangements entre amis. Non pas pour défendre les salariés et sauver des entreprises, mais pour faire barrage au Front national. Je me souviens que, lors d’une manifestation pour soutenir la sidérurgie en Lorraine, Edouard Martin a refusé que nous y participions. Il a préféré défiler bras dessus bras dessous avec le député UMP de Moselle, Anne Grommerch. Martin me l’a d’ailleurs jeté à la fa ce comme un crachat: il embrasserait plutôt un député UMP sur la bouche plutôt que de serrer la main à un représentant du FN.

Alors, pour vous, à quel jeu joue-t-il ?

Aujourd’hui, il est invité à la radio, à la télé, il sort un bouquin, il annonce qu’il veut se lancer en politique. Bref, il soigne son image, s’imagine une carrière. Il exploite la misère à son profit. Pour moi, Edouard Martin fait son petit business sur le dos des ouvriers.

Propos recueillis par Pierre Tanger
Journal minute du mercredi 10 avril 2013.