François Hollande

Présent

Par Jean Cochet le 07/05/2013

Célébration au goût amer pour la première année de l’élection du candidat socialiste à l’Elysée. Une année de promesses non tenues et de paris perdus, qui n’en finit plus de grisailler. François Hollande voulait  « renégocier » le traité budgétaire européen et, assurait-il,  « réorienter l’Europe par la croissance », en mettant un terme aux « politiques budgétaires  restrictives ». Les partenaires de la France l’ont très  sèchement renvoyé à ses songeries. Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, on enregistre « plus de 1 000 chômeurs de plus par jour ». En  comptant l’Outre-mer, ont franchi cette année le cap des cinq millions. Voilà au moins un cap dont on connaît avec certitude la trajectoire. Même si ce n’est pas exactement celui annoncé, puisque le candidat Hollande promettait à ses dupes « d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013 ». La seule inversion qu’il aura réussi c’est celle du mariage gay. Celui qui voulait « réorienter l’Europe » aura désorienté tout le monde. Notamment en desserrant, en une « tension amicale », les liens qui unissaient la France à l’Allemagne. Le promoteur du mariage pour tous s’est révélé, en cette occasion, un redoutable briseur de ménage diplomatique… 

Mais si le président des Français s’est fait remettre à sa place de chef d’un Etat en faillite, il vient tout de même de recevoir une petite obole. Bruxelles lui a accordé vendredi deux ans de sursis pour ses objectifs mal engagés de réduction budgétaire. Un petit cadeau d’anniversaire, mais empoisonné…  

La religion de l’impôt 

Pour les Français, ces douze mois de gouvernance socialiste auront d’abord  été une année terrible d’incessant matraquage fiscal : TVA, cotisations sociales, impôts directs et indirects… « Les prélèvements représenteront 46,3 % de la richesse nationale, contre 44,9 % en 2012 . » Hausses et taxes en alternance… Même Le Monde, soutient du régime,  dénonçait dans son éditorial du 2 mai dernier cette France qui a « la religion de l’impôt », allant jusqu’à s’inquiéter : « En  France la question du bon usage de l’argent public est trop rarement posée. » Après trente ans de gaspillages insensés il serait temps, en effet, de la mettre sur le tapis. Religion de l’impôt ? Disons un dogme, dont les ministres socialistes sont les desservants fanatiques et qui a ses persécutés, en l’occurrence les contribuables. Et ne parlons pas des prévaricateurs, comme Cahuzac, prédicateur défroqué …  

François Hollande, qui accusait Nicolas Sarkozy d’avoir, « divisé » les Français, voulait lui « rassembler » et « apaiser ». D’une provocation l’autre, notamment avec son mariage pour tous, il s’est en fait comporté comme un incendiaire.   

Hollande, ce fut l’un de ses slogans de campagne les plus porteurs, se targuait aussi, s’il était élu, et par contraste avec son prédécesseur jugé trop « bling-bling », d’être un président « normal ». Mais des tweets de sa compagne au « Mariage pour tous », en passant par toutes sortes d’incongruités – le fait par exemple d’envoyer un ministre aux obsèques de Chavez, mais pas à celles de Margaret Thatcher – le président de la République s’est enfermé, jour après jour, dans une sorte d’anormalité, soulignée par toutes les diplomaties étrangères. A moins que la normalité ne consiste, pour François Hollande,  à abaisser la fonction de président de la République en une présidence « pépère » de conseil régional ? Avec un comportement d’élu local discourant dans les comices agricoles ? Sa « normalité » semble de plus en plus anormale à  de plus en plus de Français. Elle l’est d’ailleurs tout autant au-delà de nos frontières. Comment trouver « normale » une ligne politique qui paraît de plus en plus  incompréhensible, y compris aux  électeurs et aux élus de gauche ? En un an, Hollande a rétréci la majorité de Français qui lui faisaient confiance en un minuscule 24 %… Un exploit. Ah ! si seulement il réduisait nos déficits avec le même talent ! 

Jean-François Copé résume : « L’échec de François Hollande se constate sur le plan régalien (la délinquance explose), social (chômage et effondrement du pouvoir d’achat), économique (la récession nous menace), international (isolement de la France). Question : Peut-on encore gouverner en étant aussi impopulaire ? Difficilement. En revanche les institutions de la cinquième République, combattues en leurs temps par les socialistes, permettent à ce président discrédité de se maintenir et de durer… » 

Monsieur bricolage ou François la honte ?  

La presse américaine a trouvé une formule pour décrire l’impression d’hébétude  que lui donne François Hollande sur la scène internationale : « Un lapin ébloui par les phares… ». Hollande aura, plus que tout autre, collectionné les surnoms : Flanby, Guimauve le conquérant, couilles molles (dixit Martine Aubry), Lapin Duracell (à qui il manque les piles), Fraise des bois, Monsieur Petites blagues, Pépère, le Commandant de pédalo, Le louvoyeur, Monsieur bricolage, le pingouin… A noter qu’à part le dernier sobriquet, dû à l’inspiration chansonnière de Carla Bruni, tous les autres sobriquets lui ont été attribués, en toute camaraderie, par des hiérarques du PS. Des gens qui le connaissent trop bien depuis longtemps.  

Mélenchon et ses balayeurs 

« Il fait honte à la France »  clamait cette semaine Valeurs Actuelles, accusant le chef de l’Etat de faire de la France « la risée du monde ». Toutefois pour être juste il faut ajouter que depuis quarante ans  Hollande n’est malheureusement pas le seul chef de l’Etat français contribuant à jeter l’opprobre sur son pays. Mais lui ajoute à cet abaissement une notion de ridicule. Et d’ailleurs ce sont des électeurs de gauche trompés, « ridicoculisés » en quelque sorte, pour reprendre un vieux néologisme forgé par Edmond Rostand, qui se montrent les plus virulents à l’égard de « François la honte ». Ce sont eux qui dimanche, ont en quelque sorte, autour de Jean-Luc Mélenchon, soufflé la bougie vacillante de ce triste anniversaire… Le « camarade Méluche » proposait à ses troupes de donner « un coup de balai pour purifier l’atmosphère politique ». Mot d’ordre qui, ayant déplu aux communistes – on balaie la poussière, des déchets, des ordures – a été ramené à l’expression plus civilisée de « défilé contre l’austérité et pour une VIe République ». Néanmoins beaucoup de sympathisants de Mélenchon étaient venus avec leurs balais. Ils auraient pu aussi amener des serpillières pour éponger les déficits.  

Et dire que toute la presse avait stigmatisé une militante qui, mercredi dernier, avait défilé dans les rangs du Front national avec un saucisson accroché à son drapeau. Au Pays du boudin noir et de la Rosette de Lyon, le saucisson est tout de même moins subversif que le balai destiné à nettoyer le gouvernement de ses détritus sociaux-démocrates…   

Mélenchon et ses alliés communistes espéraient réunir cent mille manifestants. Ils en ont rassemblé à peine la moitié, ce qui, pour autant, est loin d’être négligeable. Comme le soulignait l’éditorialiste du JDD : « Jamais la gauche n’a manifesté contre François Mitterrand durant ses deux septennats. » C’est pourtant ce qui arrive à François Hollande après seulement un an d’exercice du pouvoir. « La période d’essai est terminée. Le compte n’y est pas. Si vous ne savez pas comment faire, nous nous savons », a lancé le tribun du Front de gauche, reprenant ainsi son antienne du coup de balai : Qu’ils partent tous ! Mélenchon, qui a réitéré dimanche son offre de devenir  Premier ministre (d’un président de la République qu’il méprise ?) a terminé son laïus sur une phrase de Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée  dont l’heure est venue. »  Mais l’heure qui arrive au cadran des prochaines élections, est plus celle de Marine Le Pen que de Jean-Luc Mélenchon. La première inquiète l’UMPS tout entière. Tandis que le second  agace un peu l’Elysée et  fait sourire la droite.  

A noter la prise de parole dimanche  à la Bastille d’Eva Joly, qui ressemble de plus en plus à une caricature d’elle-même : « Je suis heureuse d’être ici, avec ceux qui veulent que ça change vraiment. » L’ancienne magistrate a notamment exhorté François Hollande à « retrouver l’esprit du Bourget », quand le candidat socialiste prétendait vouloir déclarer la guerre à la finance. Les financiers à la lanterne ! Eva Joly promenait dimanche à la Batille, avec ses lunettes et son écharpe verte, l’esprit subversif  du « Mur des cons » cher aux juges rouges du syndicat de la magistrature.  

Cacophonie, déception, colère… Un an après son accession (par défaut) à la présidence de la République, François Hollande, ce brise-tout,  n’a plus autour de lui  qu’une majorité fracassée dont il essaie, tel un  raccommodeur de faïence maladroit,  de recoller les morceaux…

Le jardinier de Matignon  

François Hollande s’étant prudemment défilé, Jean-Marc Ayrault est venu dimanche soir à la télévision assumer seul  le bilan calamiteux de ce premier anniversaire de gouvernement. Exercice difficile. Le Premier ministre s’en est tiré par une métaphore bucolique. « Quand vous semez, quand vous êtes jardinier, ça ne pousse pas dans les minutes qui suivent. » Un jardinier peut-être, mais sans méthode de jardinage, dont l’instrument favori (sorti de la boîte à outils présidentielle) est le ratissoire fiscal …