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Le Figaro

Par Delphine de Mallevoüe le 14./05/2013

Les avocats de Yannick Noah et de Marine Le Pen ont croisé le fer mardi après-midi devant la cour de la 17e chambre correctionnelle du palais de justice de Paris.

L'accusée n'est pas là, le plaignant non plus. Après une joute médiatique livrée par télévisions interposées, ce sont les avocats de Yannick Noah et de Marine Le Pen qui ont croisé le fer mardi après-midi devant la cour de la 17e chambre correctionnelle du palais de justice de Paris. Depuis le 9 mars 2012, le chanteur accuse la présidente du Front national d'avoir «gravement porté atteinte à son honneur, sa réputation et son image» en tenant publiquement des propos diffamatoires dans une émission de Canal+, notamment en le qualifiant d'«exilé fiscal» ayant «planqué son argent à l'étranger». «Au lieu de payer ses impôts en France, ce monsieur se permet de donner des leçons de morale, des leçons de charité et de partage alors que lui, il ne partage rien, que son argent est planqué et qu'il n'en fait pas profiter les malheureux Français, je trouve ça lamentable», avait alors dit Marine Le Pen.

«Marine Le Pen n'ignore pas les engagements publics de monsieur Yannick Noah en faveur d'actions caritatives. Ses propos ont ainsi pour objet d'écorner un des éléments constitutifs de sa notoriété auprès du grand public», justifie Me William Bourdon dans la citation à comparaître, l'avocat de l'ex-tennisman. Pour l'avocat, le «torrent de boue» visant à salir son client avait commencé après sa participation à la campagne de François Hollande quand la vedette était montée sur scène lors d'un meeting pour interpréter une chanson. Des élus UMP s'étaient alors élevé pour dire que le candidat socialiste ne pouvait pas prôner une République exemplaire et convier un chanteur qui était en contentieux avec l'administration fiscale. En effet, Yannick Noah a engagé en 1996 une procédure à l'encontre de cette dernière, qui conteste la domiciliation du chanteur en Suisse pour l'année 1993. Toujours devant le Conseil d'État, cette procédure «a déjà abouti à une réduction de plus de la moitié des sommes réclamées», stipule l'avocat de Yannick Noah. À ses yeux, le préjudice serait aggravé par cet «amalgame» entre les propos diffamatoires de Marine Le Pen et le contentieux existant, «laissant croire à l'opinion que ces accusations seraient parfaitement fondées». Yannick Noah a également intenté un procès en diffamation contre le sénateur UMP Pierre Charon et l'ancienne députée UMP Valérie Rosso-Debord.

«Ma cliente ne comprend pas le procès de monsieur Noah qui est en vérité bien plus épidermique que légalement fondé», défend Me Wallerand de Saint-Just, avocat de Marine Le Pen. Ses propos n'étaient pas diffamatoires ni même contraires à son honneur car elle n'a jamais dit qu'il était fraudeur. Elle a simplement fait observer sur le plan moral qu'une personne qui planquait son argent à l'étranger n'avait pas la légitimité de donner des leçons de solidarité et d'humanitarisme aux Français. Comme dit le proverbe, quand on veut monter au cocotier, il ne faut pas avoir le caleçon breneux. On est dans la polémique politique, une fois de plus.»

«Marine Le Pen est une chatte qui s'aiguise les griffes avec gourmandise et qui a la diffamation dans les gènes, soutient pour sa part Me Bourdon. Mon client accepte le débat d'idée mais pas d'être sali en étant jeté dans le sac à linge des grands fraudeurs du fisc.» Au titre des dommages et intérêts, l'accusation demande 50.000 euros à la présidente du Front national et 5000 euros à titre d'indemnité.