Police VL 3

L'Express

Par Matthieu Beigbeder et Julie Saulnier le 29/05/2013

Ce qui frappe, c'est son âge. L'homme interpellé tôt ce mercredi matin dans le cadre de l'enquête sur l'agression d'un militaire à la Défense, samedi dernier, aura 22 ans demain.  

Alexandre, né le 30 mai 1991, est à cette heure interrogé dans les locaux de la brigade criminelle et sa garde à vue peut durer jusqu'à 96 heures.  

Selon le procureur de la République de Paris, François Molins, le suspect a reconnu les faits. Aux policiers qui le cueillent au domicile "d'une amie", dans les Yvelines, il déclare: "Je sais pourquoi vous êtes là." Une "forme de reconnaissance implicite", souligne le magistrat. 

"Prière musulmane huit minutes avant l'agression"

C'est au terme d'une traque de quatre jours et d'un "remarquable travail de la police judiciaire de Paris", a souligné le procureur, que les enquêteurs ont remonté la piste de ce principal suspect.  

Tout est parti de l'examen de la vidéosurveillance. Les bandes apportent de précieux éléments. On y voit l'agresseur faire une "prière musulmane" huit minutes seulement avant de porter "plusieurs coups de "couteau Laguiole" à sa victime.  

Profitant de la configuration des lieux, on le voit également se fondre dans la foule et prendre la fuite, en abandonnant derrière lui un sac. A l'intérieur, des effets personnels - "une bouteille de jus d'orange, un étui de couteau de type Laguiole et un couteau" achetés l'après-midi même dans le centre commercial de la Défense - permettent de relever des empreintes génétiques.

Fiché au Fnaeg

Et l'ADN parle. "Dès dimanche soir, détaille le procureur de Paris, les enquêteurs ont isolé un profil génétique, celui d'un individu fiché au Fnaeg [Fichier national automatisé des empreintes génétiques, NDLR]." Un certain Alexandre, né le 30 mai 1991...  

Le jeune homme en question est connu pour des petits délits, commis alors qu'il était encore mineur. Ces actes de délinquance débouchent sur de simples rappels à la loi, son casier judiciaire n'en porte pas trace. "A l'époque, les services compétents ne l'avait pas perçu comme présentant "un caractère de dangerosité", a précisé le magistrat.  

Pourtant, selon Le Monde, le suspect était connu de la sous-direction de l'information générale (SDIG) des Yvelines. Le service en question aurait même dressé une note détaillée sur la dérive - comportement étrange, rupture familiale, voyage à l'étranger, sans domicile... - du jeune homme. Alexandre est "considéré comme proche de la mouvance piétiste du Tabligh, réputée moins politique et moins violente que certaines branches du salafisme", écrit le quotidien du soir. Quant à la note, elle aurait été transférée au bureau de liaison avec la DCRI, qui n'aurait pas donné suite. 

Avant sa majorité, Alexandre avait fait l'objet d'un suivi éducatif à cause de "son refus de l'autorité, notamment parentale". Il n'avait pas de domicile régulier et plus récemment, il avait fait l'objet d'un contrôle d'identité à l'issue d'une prière de rue.  

"On a sans doute affaire à un individu qui dérive et qui appliquait les préceptes d'un islam radical", analyse le procureur Molins qui ajoute que le jeune homme s'est "converti à l'islam à la fin de sa minorité". "On suppose qu'il a agi au nom de son idéologie religieuse et qu'il avait l'intention de s'en prendre à un "représentant de l'Etat", a conclu le magistrat. D'où le caractère terroriste retenu contre lui.