Alexandre Dhaussy

Le Figaro

Par Christophe Cornevin le 31/05/2013

Selon l'Intérieur, ces radicaux pourraient basculer dans l'action violente. Parmi eux figurent une trentaine de combattants français revenus de Syrie.

Si l'arrestation d'Alexandre Dhaussy marque un incontestable succès de la police judiciaire de Paris, la polémique enfle sur le suivi par les services de renseignement de ce marginal à la dérive et converti à l'islam. De fait, le jeune homme, qui a avoué avoir frappé au cutter un militaire le 25 mai dernier à la Défense, faisait l'objet d'une note rédigée le 20 février 2013 par la sous-direction de l'information générale (Sdig) des Yvelines où réside ce jeune adepte du mouvement fondamentaliste du Tabligh.

Mentionnant notamment sa participation à de démonstratives prières de rue aux côtés d'éléments radicaux en 2009, puis son refus en 2011, à la mission d'insertion, de travailler avec des femmes ou encore d'attendre le bus sous le même Abribus qu'elles - ce qui vaudra l'intervention de la police -, la note des ex-Renseignements généraux a été transmise à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, contre-espionnage) qui n'a pas donné de suite particulière. «Ce n'est pas parce que quelqu'un porte la barbe, a fait un voyage de trois jours au Maroc et pratique un islam rigoureux que cela en fait un terro­riste, confie au Figaro Christian Flaesch, patron de la police judiciaire. C'est le genre de raccourci dangereux que nous, policiers, nous refusons à faire. Dès le début de l'affaire de la Défense, nous avons travaillé avec la DCRI, et rien ne laissait entrevoir que l'homme que l'on a arrêté allait passer à l'acte…»

«De toutes les façons, que dirait-on si l'on commençait dans notre République à placer sur écoute tous les types en djellaba qui tiennent des propos radicaux et se massent pour la prière du vendredi? s'interroge un officier du renseignement.

D'ailleurs, aurait-on les moyens de le faire?» De fait, l'agresseur de la Défense est loin d'être un cas isolé. Entre janvier et avril dernier, la nouvelle cellule de coordination de la Sdig, qui centralise des signalements recueillis par les services de police et de gendarmerie à travers le pays, a brassé pas moins de 500 notes concernant des individus dont les trajectoires religieuses ont soudain mis les voyants au rouge. Ce qui correspond à 40 % de sa production, qui s'établit selon nos informations à 1 100 notes en tous genres traitées dans la même période.

«Dès qu'un inspecteur d'académie, un maire ou correspondant de mission locale remarque une bizarrerie, une brutale rupture familiale ou une modification substantielle du comportement manifestement inspirée par une conception intégriste de la religion, les services écrivent et analysent», note un préfet. Sous la houlette d'un commissaire, une demi-douzaine d'officiers à Paris, relayés par deux homologues dans chacune des zones de défense à Lille, Metz ou Marseille, les «tuyaux» sont transmis aux correspondants de la DCRI.Ceux-là ne donnent une suite au dossier que si l'un des noms mentionnés figure dans leur fichier «secret-défense» Cristina, où sont recensées toutes les données sur les djihadistes convaincus, les apôtres de la haine contre les Juifs et l'Occident, les illuminés considérant l'attentat comme un moyen faire progresser la «cause» religieuse. «Des échanges périodiques, organisés et hiérarchisés irriguent tant l'information générale que le renseignement intérieur.

Plus que jamais, les services doivent apprendre à partager l'information tout en protégeant leurs sources, martèle-t-on au ministère de l'Intérieur. On ne peut mobiliser vingt policiers par jour sur un objectif qui n'aurait pas de liens tangibles avec des individus ayant basculé idéologiquement dans la doctrine d'al-Qaida.»

En clair, la DCRI concentre ses moyens sur sa «mission prioritaire» qui, rappelle la Place Beauvau, consiste à pister des «islamistes djihadistes soutenant le recours à la violence, se reconnaissant dans la mouvance djihadiste incarnée par al-Qaida, actifs dans le domaine du cyberdjihadisme ou s'inscrivant dans les filières de combat à l'étranger». Au total, plus d'une centaine de cibles évoluent actuellement sur les écrans radars du contre-espionnage. Parmi eux figurent une trentaine de combattants français revenus de Syrie, placés depuis lors sous surveillance. Avec comme impérieux objectif de les intercepter avant qu'ils ne commettent l'indicible.

Islamiste barbu