Hollande Merkel Tuba

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.
 
 
Par Michel Lhomme le 31/05/2013
 
Les chiffres du chômage d’avril ne sont pas bons. Pour la France métropolitaine, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A, B, C progresse de 1,2 % soit une augmentation de + 10,8 % en un an, 40 000 demandeurs d’emplois supplémentaires en plus. Le chômage des jeunes est particulièrement touché : il s’élève à 26,5 %. Dans trois mois, ce seront des milliers de jeunes qui, comme tous les ans, après leurs diplômes s’inscriront à  Pôle Emploi. Plus de 22 millions de jeunes sont privés d'emploi en Europe et se retrouvent sans formation. L’OCDE préconise que les États prennent des mesures et lancent des réformes structurelles pour agir sur le long terme. François Hollande a fait écho à cet « état d'urgence». Quelles sont les mesures envisagées en France, en dehors des emplois-jeunes de la rentrée ?
François Hollande aux côtés d’Angela Merkel a parlé de chercher une meilleure adéquation entre les niveaux de compétences des jeunes et les besoins des entreprises. Il a réitéré cette idée qu’on ressort depuis près de trente ans au Ministère de l’Education nationale : la lune des « passerelles nécessaires», le «développement nécessaire des filières d'alternance et d'apprentissage ». On entendait déjà cela sous Jospin du temps de Julien Dray ou quand Mélenchon était secrétaire d’état à l’enseignement technique. Là encore, pourquoi ce dossier prioritaire n’a-t-il pas avancé ? Parce que la rue de Grenelle et ses conseillers s’arc-boutent sur le collège unique au lieu d’envisager un collège modulaire, parce qu’on a préféré croire avec Luc Châtel aux vertus du lycée light qui entrera en application l’année prochaine et qui augure d’un vrai désastre culturel et pédagogique à venir. 
Quel est donc le projet « jeunesse » du gouvernement ? Des emplois jeunes , des stages à répétition, des super smic-jeunes, comme cela se fait aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou en Australie. En fait, le modèle est germanique. Ceci étant dit, on vante Angéla Merkel, on vante l’excédent commercial allemand mais connaît-on vraiment le visage social de la « réussite économique » allemande ?
L’Allemagne, c’est 12 millions de pauvres 
François Hollande et Angela Merkel se sont évertués à présenter un front uni face au chômage et à la récession en Europe. Si la chancelière s'est montrée inflexible sur la discipline budgétaire, elle s’est bien gardée, en effet, de dessiner à François Hollande le portrait réaliste de l’Allemagne d’aujourd’hui. Angela Merkel a carrément sermonné Hollande et exigé que le délai de deux ans accordé par la commission européenne pour que la France puisse régler son déficit soit couplé à des "réformes structurelles". Hollande s’est d’ailleurs un peu fâché : mercredi, le président français a déclaré que Bruxelles n'avait "pas à dicter" à la France ce qu'elle a "à faire", en réagissant aux recommandations de la Commission qui suggérait à Paris d'entamer dès cette année la réforme des retraites et celle de son marché du travail. Interrogé sur le bond du chômage enregistré en avril le président Hollande a maintenu son objectif d'inverser la courbe du chômage fin 2013 en soulignant que deux "spécificités" françaises l'expliquent: "le manque de solidarité envers les jeunes et les seniors" et le "défaut de compétitivité".
La chancelière a alors observé qu'il y a 10 ans l'Allemagne était l'homme malade de l'Europe et qu'aujourd'hui "nous n'avons jamais eu autant de personnes qui ont un emploi même si certains jugent que les salaires ne sont pas assez élevés". C’est effectivement là qu’il faut demander à Mme Merkel si des salaires aussi bas pouvaient constituer un projet de société crédible. Angéla Merkel anticipant, telle une Maggie au mieux de sa forme, a maintenu ferme ses fondamentaux . "Si l'Allemagne avait des salaires plus élevés, elle ne pourrait pas exporter davantage, et le chômage augmenterait de nouveau ce dont personne ne profiterait" a répliqué la chancelière qui, ne l’oublions pas, est en campagne électorale.
Confrontée à une paupérisation croissante de sa population, l’Allemagne, élève modèle de l’Europe, paye, en fait, très chère sa croissance et ses exportations record. L’Allemagne compte aujourd’hui 12 millions de pauvres... soit plus que la population grecque ! Ces 12 millions de pauvres germaniques sont la face cachée du « modèle » économique qu’on voudrait maintenant nous imposer. A Berlin, Spandau est devenu l’une des zones misérables de la capitale, qui accumule des taux de chômage, de criminalité, de suicide et de surendettement parmi les plus élevés du territoire. Les zones commerciales ont été colonisées par des baraques à frites et à kebab, des magasins discount qui vendent tout à 1 € et des coiffeurs qui coupent les cheveux pour 5 € ! Avec la présence des usines BMW et de nombreux sous-traitants, Spandau a certes toujours été une des principales zones industrielles et populaires de Berlin mais on y croisait encore il y vingt ans une classe moyenne relativement aisée. Cette classe moyenne a complètement disparu.
La pauvreté en Allemagne, Merkel et nos économistes médiatiques n’en parlent pas : c’est une pauvreté cachée, une pauvreté de l’exclusion que l’on n’ose parfois même pas avouer au visiteur de passage. Ce sont, près de 12 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Sur 82 millions d’habitants, cela représente quinze pour cent de la population. Cette nouvelle pauvreté d’outre-Rhin n’est plus marquée par l’ancienne partition entre l’Est et l’Ouest. La région de la Ruhr et des villes comme Dortmund ou Duisburg ont autant de pauvres que le Land du Mecklembourg de l’ex-RDA et le phénomène touche majoritairement les chômeurs, les personnes en emploi précaire et les femmes seules avec enfants. Deux millions et demi d’enfants vivent dans un foyer pauvre en Allemagne. 
D’où vient cette paupérisation de l’Allemagne moderne ? 
Elle est très précisément datée. Le phénomène de paupérisation de la population allemande s’est nettement accéléré à partir de 2005 lorsque deux ans auparavant, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder avait lancé l’Agenda 2010, ce train de réformes sans précédent connues sous le nom de « lois Hartz » que Merkel souhaite voir appliquer au plus vite en France Avec l’Agenda 2010, il s’agissait de « flexibiliser le très rigide marché de l’emploi allemand » et de rendre « le chômage moins intéressant que le travail ». Lors de la présentation de l’Agenda 2010 à la tribune du Bundestag, Schröder avait expliqué que, pour lui, « ce qui est social, c’est ce qui créé de l’emploi » quel que soit l’emploi... La dernière des lois en question, dite « Hartz IV », avait fusionné l’allocation chômage longue durée et l’aide sociale. C’était une réforme apparemment technique mais elle a accéléré le processus d’appauvrissement de toute une partie de la population car par cette loi, depuis 2005, seule l’allocation chômage perçue pendant la première année de chômage reste indexée sur le dernier salaire. Après douze mois, on ne perçoit plus que l’allocation dite « Hartz IV » (850 € pour une personne seule, aide au logement comprise). La baisse des revenus a été d’autant plus brutale que la nouvelle loi a introduit une subtilité de taille : ne peut toucher cette allocation que celui qui dispose de moins de 9 750 € d’économies. Aujourd’hui, les mots « Hartz Vier » (Hartz IV) sont passés dans le langage courant allemand pour désigner les plus pauvres, au même titre que « RMiste » en français. Il y a environ 7 millions de « Hartz Vier » en Allemagne. 
Chez BMW, comme dans la plupart des usines allemandes, on recourt massivement au travail précaire et à l’intérim car outre l’appauvrissement de millions d’Allemands, l’Agenda 2010 a provoqué aussi une explosion des emplois précaires, du temps partiel et de l’intérim. C’est ainsi qu’aujourd’hui, on recense outre-Rhin près de 6,5 millions de « mini-jobers » avec des emplois à 400 € pour 60 heures par mois, dans des secteurs aussi variés que la distribution, le nettoyage industriel, les soins aux personnes âgés, l’artisanat, la coiffure... On compte 1 million d’intérimaires. 
Contrairement à l’opinion reçue, dans certains secteurs économiques, on peut donc qualifier l’Allemagne de pays à bas salaires. Toutes les personnes qui se sont retrouvées au chômage mais ont eu ensuite la chance de retrouver un emploi, ont perdu carrément la moitié de leurs revenus. Elles ont dû accepter des salaires tournant autour de 1 500 euros par mois quand elles en touchaient presque le double. Les intérimaires peuvent être mieux payés mais ils sont sans primes et sans sécurité de l’emploi. Ce triste panorama, c’est la face cachée, le papier occulté de l’Allemagne par les pages économiques des journaux qui ne recensent que les records d’exportation de l’industrie allemande. Ce sont douze millions de pauvres allemands, douze millions qui ne sortiront jamais en fait de “Hartz IV”.