UEdictature 1

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Causeur

Par Théophane Le Méné le 04/06/2013

Souvenez-vous, c’était il y a huit ans, les Français étaient appelés à se prononcer par référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Dès 2004, ce texte avait recueilli la signature de l’ensemble des ministres des Affaires étrangères et devait entrer en vigueur le 1er novembre 2006, sous réserve que tous les Etats membres le ratifient. A cette époque, la droite était au pouvoir et le président Chirac faisait alors vaillamment campagne pour l’adoption de ce texte, véritable catéchisme néolibéral d’une complexité étonnante (448 articles et 440 pages d’annexes) qui réduisait les fonctions essentielles des Etats à celles sécuritaires et subordonnait toutes les politiques sociales aux lois du marché. De son côté, le Parti socialiste organisait un référendum interne pour déterminer sa position officielle et obtenait un « oui » massif en faveur du texte, notamment grâce à l’appui de hiérarques tels que François Hollande (à l’époque premier secrétaire), Jean-Marc Ayrault, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal, François Rebsamen, Harlem Désir. Quelques irréductibles s’élevaient alors contre cette tangente sociale-démocrate que prenait le Parti socialiste. On y retrouvait l’inénarrable Jean-Luc Mélenchon, Laurent Fabius ou encore Henri Emmanuelli…

Le soir du 29 mai 2005, le couperet tombe. Pas loin de 55% des Français refusent ce texte qu’on leur vend pourtant comme la panacée. Trois jours plus tard, les Pays-Bas emboîtent le pas à la France et le traité est renvoyé aux oubliettes, pour longtemps croit-on alors. Pour les deux principaux partis politiques français, c’est la douche froide. Jusqu’au bout ils y ont cru oubliant peut-être la bonne formule d’Ernest Renan qui disait de la France qu’elle excellait dans l’exquis mais qu’elle était médiocre dans le commun. Mais plus que cela, les Français ont enfin compris qu’avec l’Europe, cache-sexe de l’impéritie et du libéralisme de leurs dirigeants, on ne les y prendrait plus.

Mais en 2007, Nicolas Sarkozy est élu et remet sur la table le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Si le texte est moins long, la dénomination différente, il n’en demeure pas moins extrêmement technique et reprend en substance la plupart des dispositions contenues dans le traité rejeté par référendum. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février 2008 permet la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février de la même année. A ceux qui hurlent au déni du choix du peuple français deux ans plus tôt, le message du Président Sarkozy est clair : « C’était une promesse de campagne ». Et à l’exception de quelques nonistes, l’ensemble du parti socialiste approuve le traité de Lisbonne.

Depuis le 29 mai 2005, aucun appel à l’expression de la souveraineté nationale n’est revenu solliciter les Français, excepté quelques référendums locaux sans enjeux réels. Subsistent dans les deux partis majoritaires du pays des syndromes post-traumatiques, une certaine angoisse référendaire, qui semblent donner raison au professeur Jacques Robert lorsqu’il affirmait au lendemain du référendum en question : “Sans risquer de se tromper beaucoup, d’aucuns affirment, non sans arguments, que le référendum est mort en France, le 29 mai 2005 “. L’enfermement de la classe politique semble être devenu une réalité sans cesse justifiée. Au référendum, on oppose désormais l’argument imparable selon lequel  l’abolition de la peine de mort n’aurait jamais été votée par voie référendaire.

Et alors on croit entendre en écho les paroles  de Bertolt Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». Et on voudrait en appeler à Pasolini lorsqu’il note dans ses Ecrits corsaires : « Il ne faut jamais, en aucun cas, craindre l’immaturité des électeurs : cela est brutalement paternaliste ; c’est le même raisonnement que font les censeurs et les magistrats quand ils considèrent que le public n’est pas « mûr » pour voir certaines œuvres ».

Dernièrement, la question du référendum a ressurgi, à l’occasion du projet de loi du mariage pour tous. Mais y croire un seul instant, c’était oublier le soir du 29 mai 2005 qui avait sonné le glas du référendum et c’était oublier que le mariage homosexuel « constituait une promesse de campagne ».