Seysses (31) prison

La Dépêche

Le 09/06/2013

Les familles des détenus de Seysses sont régulièrement contraintes de payer sous la menace des dettes liées au trafic de drogue et de téléphones qui prospère en prison.

Il y a deux semaines, une bagarre a éclaté entre des familles qui attendaient la visite, dans l'abri installé à l’entrée du centre de détention de Muret. Dans un autre établissement pénitentiaire de Haute-Garonne, une enquête est en cours pour identifier le ou les auteurs du racket exercé contre les parents d’un détenu. Ces propriétaires d’un grand restaurant sur la Côte d’Azur se sont vus proposer le marché suivant : «Vous payez et nous «protégeons» votre fils en prison».

60 fouilles inopinées

Pour le personnel pénitentiaire, les fréquentes échauffourées devant l’entrée des parloirs, et les visites menaçantes rendues aux proches des détenus sont la conséquence, hors les murs, de l’intense trafic qui prospère à l’intérieur. Au premier trimestre 2013, une soixantaine de fouilles inopinées sur 450 détenus d’un même bâtiment de la prison de Seysses ont abouti à la saisie de 40 grammes de shit, 57 téléphones portables, 37 cartes Sim, 8 clés USB, 18 chargeurs de batteries et une quinzaine de batteries. La routine pour Jérôme Massip, le délégué du syndicat «SPS non gradés», gardien pendant sept ans à la prison de Seysses. «L’administration sait que le shit circule. Même chose avec les portables. Elle ferme les yeux pour ne pas voir le manque de moyens.» Pour les surveillants, la thèse selon laquelle on achèterait une sorte de paix sociale en laissant les 930 détenus de Seysses (pour 580 places prévues) s’étourdir d’un petit pétard et téléphoner discrètement est une fiction. «La drogue calmerait tout le monde. C’est faux, la drogue, c’est le moteur du trafic qui génère l’essentiel des tensions». Pour introduire et faire circuler haschisch, comprimés Subutex distribués par l’administration aux détenus toxicomanes puis détournés de leur usage thérapeutique , et téléphones, des détenus réactivent les réseaux et les rapports de domination du dehors.

Ils choisissent «une mule»

À Seysses, tout se passe à la sortie du parloir. «Lorsque les détenus se retrouvent dans la même salle avant de regagner leurs cellules, ceux qui ont récupéré du shit et qui se savent repérés choisissent une «mule» parmi les prisonniers discrets et souvent les plus démunis. Celle-ci est chargée de planquer et de transporter la drogue, contre un peu de cantine ou une boulette de shit», explique Jérôme Massip.

Même principe pour les téléphones jetés par les familles, jusque dans les cours de promenade: «Il n’est pas rare d’en trouver plusieurs lors de la ronde du matin». Là encore, un détenu est chargé de les cacher et de les transporter. «S’il se fait prendre, il ne balance jamais son commanditaire, de peur des représailles.» Cette «nourrice» est responsable de sa cargaison, «elle se prend une trempe si le téléphone est saisi, et on lui explique que sa famille devra remettre 300 ou 400 € à une personne qui la contactera» raconte Laurent Maffre, délégué UFAP-UNSA. Dans les courriers interceptés par l’administration, des familles dénoncent d’ailleurs régulièrement les visites de relance qu’elles reçoivent à domicile. «Certaines d’entre elles préfèrent attendre l’heure du parloir sous la pluie, plutôt que d’affronter les menaces des proches des caïds dans les abris familles».