villeneuve-sur-lot

Le Point

Par Hugo Domenach le 22/06/2013

Le front républicain a du plomb dans l'aile. Et si la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a réitéré vendredi son intention de "faire barrage au Front national", cette position n'a pas été clairement assumée par tous les membres du Parti socialiste, notamment au niveau local. Interrogée dans les colonnes de Libération, Nicole Gérion, militante du PS à Villeneuve-sur-Lot, expliquait vendredi avoir reçu un mail de la section locale qui indiquait très clairement que les militants socialistes n'étaient "pas tenus de voter UMP". De son côté, le coordinateur de la campagne du candidat socialiste vaincu au premier tour, Bernard Barral, indiquait vendredi dans Le Monde qu'il voterait blanc : "On ne va quand même pas aller apporter nos voix pour qu'elles comptent comme une sanction de la politique du gouvernement que nous soutenons." De son côté, Marie-Françoise Béghin, conseillère régionale et municipale de Villeneuve-sur-Lot, a déclaré publiquement qu'elle s'estimait "déliée" de tout engagement.

Mais les membres du Parti socialiste n'ont pas été les seuls à rechigner à faire barrage au FN. Les consignes de vote du Front de gauche ont tardé à arriver. Dans un communiqué, le parti a finalement expliqué que l'élection du candidat UMP "aggraverait les politiques antipopulaires", mais que "pas une seule voix ne doit aller à l'extrême droite." Une pirouette qui ne ressemble en rien à une consigne de vote en faveur du candidat UMP et qui s'inscrit dans la ligne de la candidate du NPA, qui a refusé de trancher "entre deux candidats de droite". Les écologistes ont également refusé de se prononcer clairement : "Les électeurs, dont les voix ne nous appartiennent pas, sauront trouver l'attitude la plus conforme à leurs convictions", indiquait récemment un communiqué. 

"Ils veulent conserver l'avance de leur majorité"

Vendredi, l'ancien ministre du Budget, qui n'a pas totalement perdu son influence dans la région, a été accusé par l'ancien directeur de campagne de Bernard Barral d'avoir appelé à voter Front national. "Jérôme Cahuzac avait dit que sans lui nous aurions le Front national. Je pense que de la même manière qu'il l'a fait contre Bernard Barral au premier tour de cette élection, il va agir pour que les gens favorisent le vote FN. Je pense qu'aujourd'hui c'est la démarche dans laquelle s'est inscrite Jérôme Cahuzac", a affirmé Benoît Dupuy, au micro de BFM TV. "C'est mon sentiment, et j'ai ce sentiment-là parce que j'ai des éléments, des témoignages qui me poussent à le croire", a-t-il ajouté. L'ancien ministre du Budget, qui a l'habitude de se présenter comme l'ultime solution contre l'extrême droite, pourrait bien s'inscrire dans une telle démarche pour pousser les faits à lui donner raison. Mais comment expliquer que des élus socialistes ou faisant partie de la majorité ne donnent pas clairement de consignes de vote contre leur ennemi héréditaire ?

Le virage à droite d'une partie de l'UMP pourrait bien expliquer en partie l'absence de consignes de vote. Mais sur place, un partisan du Front national tente une autre explication : "Le Parti socialiste a intérêt à ce que nous gagnions car ils ne souhaitent pas grossir les rangs de l'UMP à l'Assemblée nationale. Ils veulent conserver l'avance de leur majorité." Alors que l'abstention s'est surtout fait ressentir du côté des électeurs socialistes lors du premier tour, ceux-ci ne semblent toujours pas prêts à se déplacer dimanche : "Je suis désabusé, je vais voter blanc. J'ai été trop énervé par l'histoire de Chirac. Je ne veux pas que ça recommence", explique Alain, un quinquagénaire interrogé sur place, en référence à la présidentielle de 2002, pendant laquelle Jean-Marie Le Pen était arrivé au second tour.

Alors que 29 % des Français pourraient voter FN à une élection locale, selon un sondage BVA pour l'émission CQFD d'i>Télé, il semblerait que le scénario de la victoire de l'UMP au détriment du FN ait peu de chances de se produire dimanche dans le Lot-et-Garonne.