Batho PS

Le Monde

Le 02/07/2013

Epilogue d'une journée sous tension pour Delphine Batho qui s'était permis de critiquer les arbitrages défavorables à son ministère : mardi 2 juillet au soir, "sur proposition du premier ministre", le président de la République a mis fin à ses fonctions de ministre de l'écologie en raison de ses critiques publiques du budget 2014. Philippe Martin, député PS du Gers et membre de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée, lui succède.

En déclarant que le budget 2014 était "mauvais" concernant son ministère, l'un des plus touchés par les restrictions (il subit une baisse de 7 % des crédits, soit 500 millions d'euros sur 7,6 milliards ), Delphine Batho avait lancé un pavé dans la mare dès lundi, dans Le Monde.

Elle enfonçait le clou en réitérant ses propos mardi matin, dans la matinale de RTL quelques heures avant l'ouverture de la discussion sur le budget à l'Assemblée. "Ce budget est mauvais (...) Dans le moment actuel, quand tout va mal, les Français ont besoin d'espoir, de perspectives d'avenir et, donc, c'est un chantier très important dans ce quinquennat [...] Il y a un affichage qui n'est pas bon. (...) L'écologie est-elle bien une priorité ?"

Dans l'après-midi, le compte Twitter de Matignon indiquait que la ministre de l'écologie était "convoquée par le premier ministre à l'hôtel de Matignon". Une "convocation" publique à Matignon d'un ministre du gouvernement qui faisait office de première sous le quinquennat Hollande.

L'intéressée avait, elle, été prévenue par téléphone, alors qu'elle se trouvait déjà à l'Assemblée nationale – ce qui a provoqué une suspension de séance. Une façon de faire qui a choqué plus d'un député : "Non mais on marche sur la tête", a-t-on pu entendre.

"JE NE VEUX PAS DIRE QU'ON EXCUSE BATHO, MAIS ON LA COMPREND"

Venant d'une ministre qui se caractérisait par sa retenue, la virulence de ses critiques avait surpris.Selon l'un des piliers de la majorité à l'Assemblée, Louis Gallois aurait annoncé lors d'une réunion qui a eu lieu lundi 1er juillet qu'aucun projet d'investissement d'avenir ne figurerait dans le budget du ministère de Mme Batho, ce qui aurait expliqué la colère de la ministre. "C'est tout de même une aberration qu'on mette plusieurs milliards d'euros dans des investissements d'avenir, sans rien donner à l'écologie, a estimé ce député. Je ne veux pas dire qu'on excuse Delphine Batho, mais on la comprend."

Plusieurs députés de la majorité s'étaient montré plutôt conciliants à son égard mardi après-midi. Une des porte-parole des députés PS, Annick Lepetit, avait ainsi relativisé, expliquant n'avoir "pas été choquée" par ces propos. "On est dans un exercice classique en période de calage budgétaire, Delphine Batho défend son ministère", a-t-elle répondu au Monde.

Le porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée, Thierry Mandon, avait également confié au Monde que "Delphine Batho [avait] raison de se battre pour son budget, même si les termes qu'elle a choisis ne sont pas forcément appropriés". Et de rappeler que "le groupe socialiste ne soutient pas tous les ministres quand il tiennent ce genre de propos pour critiquer leur budget, il soutient la ministre de l'écologie qui se bat pour avoir les moyens de réussir la transition énergétique".

"LÀ, ON N'EST PAS LOIN DE LA SORTIE"

Les Verts avaient quant à eux vivement salué son cri d'alarme. La ministre Cécile Duflot avait saisi l'occasion de souligner que la transition écologique était un "cap politique à réaffirmer très fortement". Mais le chef de file des sénateurs d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Jean-Vincent Placé, s'était montré plus offensif. "Il est clair que, pour les écologistes, il est impossible de voter un budget où l'écologie baisse autant, avait-il affirmé quelques heures avant qu'on apprenne son limogeage. Là, on n'est pas loin de la sortie."

Les porte-parole des associations France Nature Environnement et de la Fondation Nicolas-Hulot lui avaient également apporté leur soutien.

Sans surprise, à droite, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, avait pour sa part déclaré qu'il "ne comprenait pas" que Delphine Batho "soit encore au gouvernement". "Quand on est ministre et que l'on conteste ouvertement la décision du gouvernement, on quitte le gouvernement ou alors le premier ministre vous invite à le quitter dans les heures qui viennent", avait ajouté le député de Seine-et-Marne.

L'Union des démocrates et indépendants était à l'unisson : son porte-parole, Jean-Christophe Lagarde, avait lui aussi estimé que la ministre de l'écologie "devrait quitter le gouvernement".

Son limogeage a été annoncé par l'Elysée, dans un communiqué, peu après 18 heures.