Marine Le Pen, D

Le Nouvel Observateur

Par Estelle Gross le 03/07/2013

Le bureau politique de l'UMP s'est prononcé ce mercredi matin pour la suspension de Denis Vigouroux, élu municipal de Gonesse qui a annoncé rejoindre une liste Rassemblement Bleu Marine pour les élections municipales lors d'une conférence de presse aux côtés de Marine Le Pen.

Et le parti pourrait bien prochainement avoir à statuer sur d'autres de ses membres puisque plusieurs colistiers de Denis Vigouroux ont décidé de suivre le même chemin. "Mes colistiers de 2008 me suivent", assure l'intéressé au "Nouvel Observateur". Trois autres élus d'opposition, Serge Lebegue, Geneviève Carrette et Eric Charlot devraient donc eux aussi figurer sur la liste Rassemblement Bleu Marine.

"Les élus UMP du conseil municipal de Gonesse vont se fondre dans cette liste", confirme Eric Charlot. "Les électeurs Front national sont près de 20% et ne sont absolument pas représentés et pour l’intérêt général je trouve que ce n’est pas normal", argumente-t-il.

"On est dans une ville qui subit des contraintes extrêmement forte"

La décision a été prise "il y a deux, trois mois", raconte Denis Vigouroux qui dit n'avoir jamais été reçu par la commission d'investiture de la fédération malgré ses demandes répétées. "On m'a simplement dit de m'entendre avec Claude Tibi qui mènera une liste UDI", poursuit-il. Quand on lui demande pourquoi il a choisi de rejoindre une liste proche du Front national plutôt que de s'accorder avec le candidat centriste, ce pharmacien de formation également membre du mouvement de François Fillon, Force républicaine, évoque des questions de personnes. "Monsieur Tibi a appartenu à quatre partis différents, il fait parti de l'UDI depuis quelques mois seulement, avant il était au MoDem, et il a même été dans le parti de Bernard Tapie ! C’est quelqu’un d’inconstant. Il ne peut pas gagner".

Selon Denis Vigouroux, l'UMP, même au niveau de la fédération, "ne comprend pas les enjeux locaux". "On est dans une ville située en marge de la région parisienne qui subit des contraintes extrêmement forte. Ce qui nous réuni là, c’est notre combat contre Jean-Paul Blazy le maire actuel en poste depuis 20 ans", développe-t-il.

Eric Charlot est du même avis. Il estime avoir "plus de valeurs communes avec cette liste de rassemblement" même si des membres du Front national en feront probablement partie. Et dénonce la volonté de la gauche de les "culpabiliser". 

L'ancien socialiste, l'élu UMP et Marine Le Pen 

C’est avec un ancien socialiste, Karim Ouchikh, désormais président éxecutif du SIEL, une formation souverainiste proche du FN que l’idée d’une liste de rassemblement est venue. Les deux hommes se côtoient depuis plusieurs années. Et c’est donc entourée d’un ancien socialiste et d’un élu UMP que Marine Le Pen est apparue tout sourire lors de la conférence de presse pour une photo tout en symbole. Une forme d’instrumentalisation que l’élu UMP relativise : "c’est le jeu", balaye-t-il.

Denis Vigouroux ne comprend pas ce qui motive la décision de l'UMP de l'exclure. "Rien juridiquement ne leur permet de le faire. Marine Le Pen nous a simplement apporté son soutien", estime-t-il avant d’ajouter : “je ne suis pas Front national, c’est l’UMP qui me cherche des problèmes”. Il dit toutefois comprendre la crainte de la direction d’une “contagion".

"Il y aura d'autres situations comme celle-là"

Axel Poniatowski qui dirige la fédération UMP du Val d’Oise a été "très surpris" par la décision de Denis Vigouroux. "J’y vois quelqu’un qui est un peu aigri de ne pas avoir reçu l’investiture qu’il avait demandé, c’est un cas particulier”, explique-t-il, avant d’évoquer "un certain rejet des militants UMP de Gonesse" vis à vis de Denis Vigouroux. Mais "il y aura d’autres situations comme celle-là, surtout dans le sud de la France", reconnaît toutefois l’élu. 

Si c’est pour lui le signe que Marine Le Pen est "moins diabolisée que son père", c’est aussi la marque de l’échec du PS et de l’UMP. "Au cours des dix années passées, nous n’avons pas suffisament réformé le pays”, regrette Axel Poniatowski, qui ne croit pas à un "vote d’adhésion au FN" notamment en raison du programme économique du parti frontiste.

S’il est exclu, Denis Vigouroux ne compte pas en rester là. Il ne souhaite pas rejoindre le FN "pour l’instant" mais espère bien engager un dialogue avec le parti en rassemblant le maximum d’UMP sur sa liste pour "faire bouger les mentalités".