UMP tribune sombre

C'est clair et net: l'UMP ne touchera pas un euro de financement public en remboursement des sommes engagées pendant la dernière campagne présidentielle. Aucun recours n'est possible. 10 691 775 euros viennent de s'envoler en poussière, dans un nuage noir qui enveloppe désormais le siège du premier parti de l'opposition. Quant à Nicolas Sarkozy, il devra rembourser une avance forfaitaire déjà perçue de 153 000 euros, plus la somme de 363 615 euros, qui constitue l'excédent par rapport au plafond légal des frais de campagne.

 

Dire que la décision du Conseil constitutionnel est un désastre pour l'UMP relève de l'euphémisme. Les finances sont dans le rouge. L'été dernier, rue de Vaugirard, un plan de réduction des dépenses avait déjà été enclenché alors que le parti comptait encore sur ces 10,7 millions d'euros pour rembourser les prêts contractés pendant la présidentielle. 

L'UMP avait coupé dans les dépenses jusqu'à l'os: limitation à l'extrême des stages, non-renouvellement des CDD, suppression des Journées d'été. Il va désormais falloir trouver de nouvelles solutions. D'autant qu'avant même la décision du Conseil constitutionnel, la situation s'était dégradée. L'organisation de la primaire parisienne a laissé un trou d'au moins 80 000 euros. A cela, il faut ajouter la perte d'environ 10 millions d'euros de dotations publiques après la défaite aux législatives et le non-respect de la parité lors de ce scrutin. Le budget de 50 millions a, au total, fondu d'un quart. 

L'UMP déboussolée

Financièrement, l'addition est salée. Politiquement, le coup est dur. Confirmé président jusqu'à l'automne 2015, Jean-François Copé doit mener l'opposition à François Hollande et préparer les prochaines élections. Mais avec quels moyens? L'UMP est déboussolée. En témoigne ce mail envoyé à tout le personnel du parti et signé de Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé, et d'Eric Césari, directeur général, les convoquant à une réunion d'urgence à 16h45 ... annulée quelques minutes plus tard. 

La décision du Conseil constitutionnel va également brouiller les relations entre l'UMP et Nicolas Sarkozy. Si les bons comptes font les bons amis, l'inverse est également vrai. 

Qui va rembourser les quelque 500 000 euros réclamés à Nicolas Sarkozy? Le candidat ou le parti? Avant même l'annonce de la décision, Jean-François Copé confiait à L'Express que le parti ne pourrait pas s'acquitter d'une telle somme. L'ancien chef de l'Etat peut-il la prendre à son compte? Peut-il, sur ses propres fonds, rembourser des prêts accordés à l'UMP et garantis par l'aide publique? Déjà, en décembre 2011, l'accord entre la Ville de Paris et l'UMP, conclu au moment du jugement de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs, avait fait grincer des dents. On parlait alors de 2,2 millions d'euros. Une paille, comparée à la somme d'aujourd'hui. 

2017 en ligne de mire

Tout cela semble réjouir la gauche. A l'Assemblée, le porte-parole du groupe PS, le député Thierry Mandon jugeait ce rejet "légitime parce que les comptes de Sarkozy étaient truqués".  

En fait, la décision des Sages bouleverse toute la classe politique. Le député PS Malek Boutih l'a bien compris: "Il faut tracer une frontière claire entre les moyens alloués au mandat du président et les moyens de campagne."  

La question que pose le Conseil concerne tous les partis: un président sortant peut-il faire campagne? Soyons sûrs qu'à l'Elysée, on se gratte déjà la tête en pensant à 2017

 

  • L'Express
  • Par Matthieu Deprieck le 04/07/2013