Auxonne (21) hopital

Face au manque de médecins, certains hôpitaux font appel à des médecins étrangers. Parfois ces collaborations s’avèrent délicates.

La Côte-d’Or, et la France, manqueraient-elles de médecins ? La question se pose, car en Bourgogne, entre 2007 et 2013, la part des médecins ayant eu leur diplôme hors de France a grimpé de 43 %. Avant tout dans les hôpitaux, qui vivent souvent à flux tendu, et ont toujours besoin d’un remplaçant. Parmi les médecins à diplômes étrangers en effet, 63 % sont salariés. Et ce n’est pas sans créer, parfois, certains problèmes dans les hôpitaux, surtout les plus petits, qui peinent à recruter.

Dans certains services, pas de problème. Pour travailler aux urgences par exemple, « l’inscription à l’ordre est obligatoire, et les médecins qui ont eu leur diplôme à l’étranger doivent passer une équivalence », explique cet urgentiste côte-d’orien.

« Le problème, c’est que ceux qui ont fait leurs études dans l’Union européenne ont une équivalence automatique », remarque tout de même ce médecin hospitalier installé dans le nord du département. « Des fois, c’est difficile, car en France on a 9 ans d’étude, mais dans certains pays, c’est seulement cinq ou six ans. Forcément, les compétences ne sont pas les mêmes. » Une problématique qui concerne avant tout les hôpitaux de petites villes. « Au CHU à Dijon, les médecins étrangers qui ne sont pas inscrits à l’ordre ne sont jamais seuls », explique Didier Honnart, chef du service des Urgences à Dijon. « C’est parfois le cas dans de plus petits hôpitaux, et cela est difficile à gérer car ils n’ont pas le droit de réaliser certains actes comme les actes de décès où les placements en psychiatrie. »

Des problèmes de compréhension…

Autre souci important, la langue. Car si les médecins qui viennent du Maghreb — qui représentent un tiers des médecins étrangers en France — « font pratiquement les mêmes études, et en français, c’est plus difficile avec les Roumains (17,7 % des médecins étrangers en France). Parfois, on doit même donner des cours de français avant de les mettre devant un patient », poursuit l’hospitalier du nord du département. « Au CHU, on travaille beaucoup avec des médecins venus d’une université en Tunisie, et il n’y a donc pas de problème », constate Didier Honnart. « Surtout qu’ils sont bien formés. En revanche, nous avons eu il y a quelques années deux internes lituanien et roumain. Ils ne parlaient pas français, c’était impossible de travailler dans ces conditions. »

…Et de formation

Mais plus que de simples problèmes de compréhension, parfois, c’est la médecine qui se trouve perturbée par la présence de médecins formés différemment. « En France, en cas d’infarctus du myocarde, on file le plus rapidement possible vers un plateau coronarien », détaille ce médecin d’un hôpital du nord du département. « On a eu un médecin qui avait fait ses études en Russie, il n’avait pas ce réflexe, car les méthodes ne sont pas toujours mises à jour. » Reste que dans beaucoup de cas, la collaboration se passe très bien. Tout dépend de l’apprentissage. « Comme pour les médecins diplômés en France, il y a des bons et des mauvais », tempère Didier Honnart.

Mais plus que la formation des médecins étrangers, le problème, pour tous les concernés, vient surtout d’un numerus clausus en place dans les universités françaises et « beaucoup trop contraignant. Beaucoup rêvent d’être médecin, mais on ne leur laisse pas leur chance pour des raisons économiques », explique l’hospitalier côte-d’orien. Et parfois, ce sont les patients qui trinquent.

Le 26/07/2013