Kalachnikov avec chargeurs

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici. 

Atlantico

Par Benoit Rayski le 31/08/2013

Le regretté général soviétique Mikhaïl Kalachnikov vécut heureux et eut beaucoup d’enfants.

Sa progéniture se compte en effet par dizaines de millions essaimés sur toute la planète. Aucune arme n’est aussi connue et aussi aimée que l’emblématique kalach. Rien à voir avec notre pitoyable Mas, avec les détestés M16 américains et le très, très haïssable Uzi israélien.

On se pâma d’admiration devant l’image du combattant palestinien, la kalachnikov à la main. Ah qu’il était beau, ah qu’elle était belle ! On la couva d’un regard amoureux dès lors qu’elle devient l’arme favorite des guérilleros sud-américains. Elle fit merveille aussi dans les guerres de l’ex-Yougoslavie. Et en Tchétchénie. Mais là les élans furent moins passionnels car c’était quand même un peu compliqué. Il n’empêche que dans Underground de Kusturica une chanson lui est consacrée. Avant de mourir, il y de ça quelques années, Mikhail Kalachnikov exprima la peine qu’il avait de voir que son enfant était devenu le jouet favori des terroristes. Ce brave général connaissant le Proche-Orient, l’Amérique latine, le Caucase. Mais il n’avait jamais entendu parler de Sevran, du Mirail ou des quartiers Nord de Marseille. Ce qui est pour le moins une grave lacune. Elle peut être réparée.

La Kalach, naguère exotique et lointaine, est devenue en France ce qu’on pourrait appeler une arme de proximité. Pas bien de chez nous certes. Mais près de chez nous. Et sous nos cieux, elle est tout aussi efficace qu’à Beyrouth, Grozny ou Srebrenica. Dans certaines agglomérations urbaines, elle plait beaucoup. De surcroit, elle constitue un réel signe de reconnaissance identitaire. Pour nombre de voyous de banlieue, elle est ce que la Rolex est aux riches bling-bling. Un jour, Jacques Séguéla voulant défendre son ami Sarkozy qui portait une de ces montres onéreuses jugea bon de déclarer « si à 50 ans on n’a pas sa Rolex, on est un homme qui n’a pas réussi dans la vie ».

Dans certaines cités, un homme qui n’a pas sa Kalach n’est peut-être pas tout à fait un homme… Les mauvais coucheurs diront que les voyous en question pourraient eux aussi s’acheter une Rolex. Ce sont des ignares. Une kalach vaut sur le marché entre 500 et 1500€. Une Rolex évolue dans une fourchette située entre 6000 et 15 000 €. Beaucoup, beaucoup trop cher pour des jeunes gens issus de milieux défavorisés. Et voilà pourquoi ils achètent des kalach.

Ps : Finalement cet article est un peu trop restrictif. Au Mirail une école a été brûlée et sur ses murs calcinés on a trouvé des tags hostiles à la police et à la France. Comme quoi il n'y a pas que la Kalachnikov pour devenir un homme.