Djihadiste français

À l'instar de ces cinq Français soupçonnés d'avoir voulu braquer un restaurant Quick pour financer leur départ vers Damas, quelque 600 Européens seraient partis combattre en Syrie depuis le début du conflit.

Cinq Français étaient présentés aujourd'hui à un juge d'instruction, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour «vol avec arme en relation avec une entreprise terroriste». Ils avaient été interpellés jeudi et samedi à Paris, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), dans les Yvelines et à Chateauroux, après le braquage d'un restaurant Quick de Coignières. Suivis par les services de renseignements depuis plusieurs mois pour leurs liens avec l'islamisme radical, ces cinq jeunes hommes faisaient partie d'un groupe d'une douzaine de personnes. Leur butin aurait été destiné à financer un départ en Syrie, pour y rejoindre des groupes dijhadistes qui affrontent Bachar al-Assad. L'un des membres du groupe serait déjà sur place, selon la police.

200 Français dans les rangs djihadistes

Depuis le début de la guerre, environ 600 Européens seraient partis combattre en Syrie, selon les services spécialisés de l'Union Européenne. Parmi eux, environ quelque 200 Français ou résidents en France, qui luttent dans les rangs de la rebellion syrienne, et très majoritairement au sein de groupes islamistes radicaux. Ceux qui rentrent en France sont systématiquement interrogés par les services de renseignement, qui s'inquiètent de nouvelles tentatives de recrutement.

Si partir combattre en Syrie n'est pas légalement répréhensible, le fait que des Français partent grossir les rangs djihadistes mobilise les services anti-terroristes français. Plusieurs vidéos, traduites en français et visionnées des dizaines de milliers de fois, appellent sur YouTube les Français à la «guerre sainte» contre Bachar al-Assad. «Le Djihad en Syrie est une obligation», y répètent religieux intégristes et combattants.

France, Irlande Grande-Bretagne fournissent les plus gros contingents

Le phénomène reste limité, mais les exemples se multiplient de jeunes Européens prenant les armes contre le régime syrien. Approché dans un bar à chicha en avril dernier, un Belge de 19 ans, s'est par exemple envolé à la mi-août vers Damas. Comme la quasi-totalité de ses «frères combattants», Hicham aurait transité par la Turquie, passage le plus simple vers la Syrie. «Il était fragile au départ et maintenant qu'il a trouvé quelqu'un qui s'intéresse à lui, qui le rend un peu comme un héros, je crois que pour lui, c'est la voie qu'il cherchait», a tenté d'expliquer sa mère au micro de RTL.

Gérard B., un chef d'entreprise installé en Guyane, a lui vu partir ses deux fils. Convertis à l'islam radical courant 2013, Nicolas, 30 ans, et Jean-Daniel, 22 ans, disaient «vouloir mourir en martyrs». «Jean-Daniel avait démissionné et m'avait dit qu'il partait en Thaïlande», a confié Gérard sur RTL. «C'était de bons gamins. On les a conditionnés». Début juillet, les deux frères postaient une vidéo sur Internet, appelant François Hollande à se convertir et les musulmans français à les rejoindre.

Jean-Daniel B., qui expliquait à son père qu'il ne le «reverrait qu'au paradis s'il se convertissait et arrivait à y aller», a été tué en Syrie début août. Son frère y combattrait toujours.

Selon Gilles de Kerchove, chef de la lutte anti-terroriste de l'Union Européenne, la France, l'Irlande et la Grande-Bretagne sont les trois pays qui fournissent les plus gros contingents de combattants djihadistes européens. Ramené au nombre d'habitants, le Danemark et la Belgique sont les pays les plus touchés par ce phénomène.

Par Charles-Henry Groult le 09/09/2013