Marine et Bruno Gollnisch

A quelques heures de l’ouverture demain de l’Université d’été du FN à Marseille, et avant le passage de Marine Le Pen à Hyères lundi pour y  inaugurer la permanence électorale de Bruno Gollnisch, un nouveau sondage confirme la montée en puissance du vote FN dans la perspective des municipales.  Selon une enquête CSA pour BFM TV etLe Figaro, publiée ce vendredi, le FN obtiendrait 16% des voix, soit quatre points de plus que lors de l’enquête précédente, seule formation politique à progresser dans les intentions de vote. L’attelage UMP/UDI/ Nouveau centre obtiendrait 35%, l’alliance PS/radicaux de gauche 26% , le Front de gauche/Parti de Gauche 10%, les Verts et le Modem 4% chacun. « Impôts »,  « délinquance », « stationnement et circulation » sont les trois sujets considérés comme prioritaires dans la liste soumise par cette enquête aux sondés.

Cette semaine dans Le Figaro, après la publication par le FN de sa Charte d’action municipale fixant les 10 principes essentiels de gestion des communes dans le cadre d’éventuelles alliances avec des candidats non frontistes, Guillaume Perrault analysait la carte du vote FN   lors des dernières législatives. Il notait que l’opposition nationale était ainsi en mesure « d’emporter des mairies dans les 51 villes de plus de 4000 habitants où le FN a dépassé les 43 % au second tour des législatives

« De surcroît, dans les communes de plus de 3500 habitants, chaque liste qui a pu se maintenir au second tour et qui atteint 10 % des voix est certaine d’avoir au moins un élu. Dans les quelque 450 communes de 9000 à 100.000 habitants où le FN a obtenu entre 12 % et 40 % au premier tour des législatives de 2012, Marine Le Pen peut espérer faire élire une kyrielle de conseillers municipaux d’opposition. »

Et M. Perrault d’évoquer ce qu’il croit être le scénario idéal de Marine, à savoir « dans des communes gérées par la gauche » et  « afin de mettre le candidat UMP sous pression », « de provoquer une triangulaire au second tour après avoir été en tête au premier tour. Dans l’hypothèse où la liste UMP se maintiendrait au second tour et où une partie des électeurs de droite modérée se reporteraient sur la liste Rassemblement Bleu Marine, la cohésion de l’UMP pourrait s’en trouverait ébranlée. »

En fait de cohésion, cela fait bien  longtemps qu’elle n’est plus à l’ordre du jour à l’UMP, et  l’affolement qui gagne les dirigeants rivaux de ce parti devant le dynamisme de l’opposition  nationale n’arrange rien.

Une nouvelle démonstration en a été apportée dimanche dernier, nous l’évoquions sur ce blog, avec les propos du très anti frontiste François Fillon. Il expliquait qu’il refusait toute alliance avec le FN pour battre la gauche socialo-communiste, mais qu’il n’excluait pas d’appeler à voter FN en cas de duel avec le PS lors des municipales si le candidat frontiste était «moins sectaire».

La raison de ce léger rétropédalage est à rechercher dans sa lutte contre Jean-François Copé, dans les résultats des enquêtes d’opinion.  Selon un sondage Ifop pour Valeurs actuelles publié cette semaine,  34% des Français  se sentent « proches des idées » défendues par Marine Le Pen et le FN . Pour  31% des sondés  Marine  « a des solutions pour sortir le pays de la crise » ; 44% estiment qu’elle « comprend les problèmes des gens » ;  60% qu’elle « veut vraiment changer les choses ». Significativement  11% des sympathisants  de la gauche, se sentent « proches » de la présidente  du FN, mais ce pourcentage atteint   38% chez les  sympathisants de l’UMP.  

Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir a crié au scandale en  estimant que  M. Fillon « a franchi une limite, c’est un point de rupture républicaine sur le Front National » (sic), lui intimant l’ordre de « retirer immédiatement ses propos  en tant que républicain » ; sous peine d’être « discrédité » pour l’élection présidentielle de 2017

Vachard, Jean-François Copé a expliqué «ne pas avoir très bien compris» la déclaration de son rival Fillon, réaffirmant la posture du ni-ni (ni PS ni FN). Bref  qu’aucune consigne de vote ne serait donnée dans l’hypothèse d’un duel entre un candidat de droite nationale et un communiste…

Comme Jean-Louis Borloo à la tête de son fantomatique UDIAlain Juppé nous le disions, a  rappelé sa préférence pour le PS, et qu’«en aucun cas (il  ne voterait) pour un candidat du Front National». Même son de cloche de la sœur jumelle de Anne Hidalgo, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a rappelé qu’on ne pouvait renvoyer «dos à dos PS et FN».

D’autres anciens ministres du gouvernement Fillon sont montés au créneau.   Bruno Le Maire a déclaré  mercredi qu’il restait lui aussi  sensible aux arguments  d’Harlem Désir. « Je ne mettrai jamais mon bulletin dans une urne pour un candidat du FN, jamais ! », a-t-il crié dans le studio de RTL  tout en hystérie maîtrisée…Plus sobre, son ex collègue Benoit Apparu a parlé d’une « bêtise » tandis que le frère du Grand Orient Xavier Bertrand demandait des explications à M. Fillon sur ses propos ambigus.

Des explications au vote FN, aussi incroyable que cela puisse paraître,  aujourd’hui comme il y a vingt ans,   le PS lui en cherche toujours !  Il a même consacré  à l’opposition nationale,  à « l’extrême droite »,  la plupart des ateliers de son université d’été

Nous nous faisions l’écho le 29 août de propos de Michèle Delaunay, ministre délégué aux Personnes âgées, assurant que les « séniors » , « jusqu’alors ont fait rempart au Front National », mais ajoutant « espérer et croire qu’ils ne cèderont pas aux sirènes du FN ».

Rien n’est moins sûr et signe de cette panique grandissante, a filtré sur le site d’Europe 1  « une note inquiétante » (sic) . En effet « les services du ministère des Personnes âgées ont adressé, une note de six pages au président de la République (…). Dans ce document très détaillé, François Hollande lira qu’il existe désormais un désamour des plus âgés envers l’UMP et une montée inquiétante du vote des plus de 60 ans pour le FN. Ces derniers sont aujourd’hui quatre fois plus nombreux qu’il y a dix ans à choisir le parti de Marine Le Pen. »

On l’aura compris,  « Ce n’est pas pour rien que la réforme des retraites a épargné (toute chose relative, NDLR) les actuels retraités… Ni que le projet de loi sur la dépendance est repoussé à 2014 » lequel les tapera durement au portefeuille une fois les élections passées.

Les gouvernements passent, les méthodes restent les mêmes …

Le 13/09/2013