Marseille (13) le port

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici. 

Par Raymond Eoulx le 16/09/2013

Sur iTélé, nos Ministres, les grands élus marseillais et autres hauts fonctionnaires ont récemment évoqué les problèmes de Marseille. « Guerre à la drogue » clament-ils en chœur. Je ne suis plus qu’un vieux retraité ayant depuis longtemps dépassé mon seuil d’incompétence mais je reste curieux.

Question 1 : Pourquoi la drogue est-elle l’un des moyens de l’économie locale ? 

Pour maintenir une relative paix sociale ? Il est vrai que, lorsqu’un réseau tombe, les offices HLM rencontrent rapidement des difficultés dans le paiement des loyers. Comme dans toute économie, s’il y a des acheteurs potentiels, un groupe de vendeurs apparaît spontanément et nécessairement, il y a du blé facile à faire. Des risques ? Bien sûr. Mais, suivant les chiffres fournis officiellement, un vendeur au sommet de la pyramide locale peut faire 100 000 € par mois.  Pris et condamné après une année d’activité (1million d’euros), il écopera peut-être de 5 ans, dont 3 effectifs. Soit 200 000 € par an minimum, (non imposables au surplus !) soit encore 10 ans de salaire comme ripeur chez Alexandre Guérini. Combien de chefs d’entreprises de l’économie réelle ont-ils de tels revenus ?

Si, plutôt que la guerre, on réinventait la concurrence ?  Assesseur au Tribunal pour enfants de Grasse il y a 30 ans, j’avais proposé, au cours d’une conversation avec les juges, de créer des lieux où la drogue pouvait être achetée (tirée des prises des douanes ou de la police et donc à des prix très cassés) et consommée sur place, sous le contrôle de médecins et psys de toutes sortes. Le drogué de base a généralement, à l’origine, une mauvaise estime de soi et veut oublier ce qu’il ressent être devenu. Certains « sniffeurs » veulent se dépasser (et dépasser les autres) dans l’illusion de capacités intellectuelles supérieures. Les cas et les motivations sont aussi divers que les individus. Mais cela pourrait permettre un suivi sanitaire et éventuellement une désintoxication pour ceux qui le désirent ou qu’on a convaincu…..

Depuis dix ans, la ville de Vancouver au Canada l’a fait, malgré les oppositions. L’anonymat y est absolu. Il n’y a pas eu d’overdose chez les utilisateurs de cette « facilité », les drogues achetées à l’extérieur étant contrôlées, et le nombre de désintoxiqués est significatif. En moyenne, 600 visiteurs par jour. En annexe de cette structure, un quasi-hôtel permet de recevoir une centaine de personnes et de les aider à redevenir eux-mêmes. Pour l’instant, cette structure n’a fait l’objet d’aucun attentat et continue son action. Accessoirement, le nombre d’agressions et de vols a également été réduit dans le quartier d’implantation.

Les drogues, comme tout excitant (alcool, coca, khât…), ne pourront jamais être éliminées, mais peut-être mieux contrôlées.

Question 2 : Des fondements différents ? 

Pourquoi, alors que les Lévantins du XIX° siècle, les Italiens (du début du XX° ), les Arméniens de 1920 et autres Espagnols de 1939 , les Pieds-Noirs de 1962, arrivés à Marseille, s’y sont intégrés, y ont travaillé en retroussant leurs manches, n’arrivons-nous pas à absorber ces populations généralement africaines ? Education « basique » inexistante ? Autres normes sociales ? Une philosophie de la vie différente ? « Des bras trop courts pour travailler la terre » (expression napolitaine pour les « disoccupati » sans volonté de s’en sortir sinon par des « combinazione » ne nécessitant pas d’effort) ? Il y a sans doute aussi une vision de l’avenir à court terme, quasiment au jour le jour. 

Petite anecdote : mon beau-père, en charge de la logistique, après le débarquement des Américains au Maroc en novembre 1942, me disait la surprise de ces derniers ne voyant pas revenir les ouvriers (qu’ils payaient au taux US, régulièrement, en fin de journée). Tout simplement : le gain d’un jour leur suffisait pour la semaine et parfois au-delà ! Ce sont les fondements de civilisation et la compréhension d’un monde qui différent. Et en conséquence, pour certains « jeunes », l’incapacité de se situer.

Si l’Islam reconnaît la prédestination comme un des éléments de la foi, il insiste aussi sur la responsabilité personnelle dans la création de son devenir. Tout n’est donc pas écrit (Mektoub) et le destin modifiable. Mais combien de ces nouveaux arrivants ont lu le Coran et l’ont compris ?  Ils n’en ont malheureusement que les notions qui leur ont été prêchées (inculquées, martellées comme seule vérité), incapables pour la plupart de lire l’arabe littéraire du 8 ° siècle. Un peu comme si on ne permettait aux Chrétiens de ne lire que la Bible des Septantes en grec ancien…

Question 3 : Le chômage (officiel), lié à l’inéducation ?

En dehors de quelques réussites indéniables, combien tentent d’apprendre véritablement ? Beaucoup n’en voient pas l’utilité. Combien de coups de pioches ou de port de parpaings pour gagner les 150 € que perçoit en moyenne par jour un « chouffeur » assis sur une chaise à regarder passer les voitures ? Comme assesseur, j’en ai vu passer quelques uns dont les réflexions faisaient peur par leur inadéquation à nos modes de vie.

Mais les « politiques » n’en sont-ils pas les principaux responsables? A force de n’agiter que des idéologies et des paroles comme moyen d’action, sans en peser les conséquences, ils oublient ce pourquoi ils ont été élus : gérer intelligemment le pays dont ils ont la charge et non faire assaut d’utopies dépassées. .

Vous souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, de ce parking public, à proximité des locaux de la région à Marseille, qu’un groupe de « jeunes » avait « appréhendé » comme source de revenus sans qu’un seul de nos élus ne s’en offusque ? Sans ordre explicite, la police ne pouvait intervenir. Ça a duré quelques mois jusqu’à ce que Vinci, délégataire, se décide à agir, à la suite d’un reportage rapidement étouffé. Degun a aùgu vergougno (Personne n’a eu de vergogne - honte, peur du ridicule-) !

Ce n’est pas en faisant l’autruche ou en appliquant l’omertà (suivant l’expression corse : « j’étais là, je n’ai rien vu, ni entendu, et je ne dirai rien ! ») que les problèmes seront résolus.