Armée suisse drapeau

Le peuple n'a laissé aucune chance à l'initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Aucun canton n'a soutenu le texte, balayé dimanche par 73,2% des voix.

Un peu plus de 1,76 million de personnes ont glissé un «non» dans l'urne. Le camp du «oui» a réuni moins de 646'000 personnes. Cela va vraisemblablement de soi que l'obligation de servir perdure en Suisse, a expliqué le porte-parole du GSsA Nikolai Prawdzic à l'ats. «Nous n'avons pas réussi à convaincre les gens du contraire».

Il n'y a pas eu de «Röstigraben», même si les Romands ont été moins catégoriques. Les plus hostiles à l'initiative sont les Uranais (85%), devant les Nidwaldiens (84,3%) et les citoyens d'Appenzell Rhodes-Intérieures (84,2%). Le texte a obtenu son meilleur score dans le canton de Genève, avec seulement 57,9% de «non», et dans le Jura (58,6%). Viennent ensuite, côté romand, Neuchâtel (62,6%), Vaud (66,2%), Fribourg (70,5%) et le Valais (74,8%).

Pour le GSsA, l'un des problèmes de la votation a résidé dans le fait qu'à gauche tout le monde n'était pas convaincu par l'initiative. Le comité «Bourgeois contre l'obligation de servir», qui soutenait le texte, qualifie le score de «triste» pour la jeune génération. Celle-ci «pense différemment à propos de l'obligation de servir et de l'armée», constate son président Silvan Amberg.

Une gifle pour la gauche

Pour le comité du non à l'initiative, les efforts déployés pour expliquer les enjeux ont porté leurs fruits. Il a réussi à démontrer qu'une acceptation de l'initiative aurait eu un effet domino menant jusqu'à la suppression de l'armée, a déclaré son président, le conseiller national Jakob Büchler (PDC/SG), à la télévision SRF. Le scrutin «consolide l'armée», ajoute la Société suisse des officiers.

Le PDC interprète le scrutin comme «une vraie gifle pour la gauche». Pour son président Christophe Darbellay, il faut espérer qu'elle «nous prémunira des attaques du GSsA pour les 20 prochaines années». PDC et PLR sont convaincus qu'il faut remédier au fait que de nombreux conscrits échappent à l'arme. Selon le conseiller national Hugues Hitpold (GE), le PLR entend rallier les socialistes à une proposition de «milice plus», ouverte aux femmes et aux étrangers.

«L'armée volontaire est et demeure une illusion. Elle met en péril la sécurité du pays, de la population et du modèle suisse», souligne le PBD dans un communiqué. L'UDC quant à elle dit déjà redouter de nouvelles attaques pour la suppression de l'armée dans un proche avenir, tel le référendum annoncé contre l'achat des avions de combat Gripen.

Pas d'influence pour les Gripen

Dans les rangs de la gauche, le PS ne cache pas «une certaine déception». La question de l'armée «mobilise beaucoup moins la population», a affirmé à l'ats le conseiller national Pierre-Alain Fridez (JU). Mais les socialistes continueront à militer en faveur d'une armée plus petite et centrée sur les vrais dangers actuels, comme la cybercriminalité.

A cause du GSsA, qui n'est pas «le meilleur ambassadeur», le débat pendant la campagne ne s'est pas focalisé sur la thématique votée, mais sur le fait d'être pour ou contre l'armée, relève le conseiller national Christian van Singer (Verts/VD). Le résultat du vote n'aura toutefois pas d'influence sur celui à venir pour l'achat des Gripen, où «les gens ne devront pas décider s'ils sont pour ou contre l'armée, mais s'ils veulent débourser des milliards pour ces avions.»

L'initiative voulait remplacer la conscription par une armée de volontaires et un service civil facultatif ouvert aux femmes. Ses partisans, anti-militaristes et gauche en tête, estimaient que cette formule plus moderne mettrait fin à un gaspillage de ressources et au recrutement inégal des soldats.

Le GSsA sort affaibli de la campagne. Son échec n'est pas une surprise car le peuple a toujours refusé ses initiatives, mais les antimilitaristes ont déjà obtenu de meilleurs scores que 26,8% de «oui». Un premier texte du GSsA demandant l'abolition de l'armée avait recueilli 35,6% de votes favorables en 1989. La deuxième initiative n'avait convaincu que 22% des votants en 2001.

ATS

Le 22/09/2013